D.R.
L’image du « pompier », vivant et exerçant dans des conditions difficiles, avec des moyens pour le moins dérisoires pour faire face aux risques comme cette autre image caricaturale de l’ambulance ou du camion incendie « garés » dans une pente pour que le moteur réponde aussitôt le véhicule lancé, et intervenir à temps pour secourir, éteindre un feu ou transporter un accidenté est désormais révolue. C’est que le corps de la protection civile, à l’instar des autres secteurs a connu un développement remarquable et s’est considérablement déployé partout à travers le pays avec des moyens humains, matériels et infrastructurels tout aussi conséquents en adéquation avec sa mission ou plutôt ses missions tant ce corps est partout sur la brèche pour faire face aux nombreux risques qui menacent la vie humaine, les biens et les infrastructures ainsi que l’environnement naturel.
Une protection civile nationale
Le voyage d’étude organisé par la direction générale de la protection civile et auquel El Moudjahid a été convié aura été une opportunité de voyager en fait au cœur même de ce corps, d’en connaître plus profondément le fonctionnement, les difficultés et les spécificités de sa mission tant celle-ci diffère en terme de risque majeur d’une wilaya à une autre, d’une région à l’autre tant vaste est le territoire national et tant sont nombreux et grands les risques auxquels font face quotidiennement les soldats du feu au regard de la diversité naturelle du pays où, de la Méditerranée au nord à l’autre mer,celle de sable au sud, on passe par les massifs montagneux. Une tournée de plus de 4 000 km le long de la RN n°1 qui nous a permis de constater de visu et in situ les conditions dans lesquelles ils vivent, tant il est vrai que le corps est une véritable famille, les agents de la protection civile, tous grades, confondus dorment et se restaurent au niveau de l’unité et répondent à l’appel quand bien même en congés ou en récupérations, des conditions qui se sont nettement améliorées de par les travaux de réhabilitation et la création de nouvelles unités aussi bien secondaires que de postes avancés, des infrastructures modernes agencées de façon à offrir toutes les commodités y compris celles ayant trait au maintien de la forme physique, de la formation continue, aussi bien théorique que pratique. Les conditions de travail et d’exercice de cette noble mission pour leur part ont également changé, avec des moyens d’intervention modernes, des véhicules équipés pour tout genre d’intervention y compris celle d’urgence médicale, le secours médicalisé étant désormais d’usage avec la présence aussi bien de médecins au sein du corps que d’ambulance équipée, véritable bloc opératoire mobile. De Médéa au nord, à Tamenghest au Sud en passant par Djelfa, Ghardaïa, Ouargla, nous avons trouvé le même état d’esprit, la même disponibilité, le même engagement et surtout cette même discipline ou chacun sait ce qu’il a à faire. De structure dépendante des communes au lendemain de l’indépendance, la protection civile s’est développée en un corps autonome, particulièrement ces dix dernières années et, Ce développement a permis à la protection civile d’avoir une autonomie complète financièrement parlant et les coudées franches pour se redéployer en une stratégie établie pour asseoir son implantation partout à travers le pays, se rapprocher davantage du citoyen, étoffer son effectif quantitativement et qualitativement avec une formation poussée et une spécialisation à même de répondre et de faire face aux risques spécifiques comme le sauvetage en montagne, en mer ou les noyades dans les plans d’eau au niveau des barrages et autres retenues collinaires, les accidents liés aux explosions de matières dangereuses, y compris la radioactivité. La prochaine acquisition d’hélicoptères va renforcer davantage le champ d’intervention de la protection civile. En effet le corps va se doter d’une flotte aérienne composée de six hélicoptères médicalisés nous apprend le colonel Lahcene Hocine, un vétéran du corps qui entame sa quarante deuxième année de service et qui est en charge de la structure des missions spécifiques au niveau de la direction générale. Le projet en état avancé comprend également la formation des pilotes, la construction et l’aménagement d’un hangar au niveau de l’aéroport de Dar El Beïda sur une superficie de 5.000 ha. De fait tant au Nord de par la concentration urbaine et le grand trafic routier, qu’au Sud au regard de l’immensité du territoire et des grandes distances entre les agglomérations, ces moyens aériens seront d’un grand apport pour une réduction du temps dans la chaîne de secours.
Le risque spécifique
C’est par Djelfa, que ce voyage d’étude a commencé. Une wilaya des hauts plateaux, une des portes du Grand Sud. La protection civile y compte une unité principale et dix unités secondaires pour couvrir une wilaya qui compte près de 1.100.000 habitants pour une superficie de 32.280 km2. Une couverture qui touche dix des douze daïras englobant les 36 communes que compte la wilaya. Une nouvelle unité au niveau de Ain-El-Ibel a été accordée au secteur au titre du présent programme sectoriel de développement, de fait seule la Daïra de Feid-El-Botma reste à pourvoir. En 1999, le secteur ne disposait que de 6 ambulances et 21 véhicules tous types confondus. Avec l’application du programme présidentiel de développement, ce sont au total aujourd’hui 19 ambulances et 53 véhicules d’intervention qui composent le parc des différentes unités. Au niveau de l’unité de Sidi-Laâdjel, nous avons vu un de ces véhicules flambants neufs qui font la fierté du corps, un camion urbain et semi rural d’un coût qui avoisine les deux milliards de centimes. Pouvant transporter à bord de sa double cabine six agents, le véhicule est doté d’équipements spécifiques pour faire face à tous les risques, matériels de désincarcération, groupes électrogènes, cordages, valises de secours en plus évidemment de sa citerne d’eau. Dans l’effectif qui a pratiquement doublé depuis 1999, atteignant pour l’heure 526 agents tous grades confondus, on compte 4 médecins et un conseiller en risques chimiques et radiologiques, un ingénieur en génie mécanique recruté et formé expressément au regard du risque que présente le réacteur nucléaire de Birine. Un aléa pour lequel la protection civile a pris ses devants. Pour le lieutenant colonel Amar Boukhnifer, directeur de la protection civile au niveau de cette wilaya, l’apport des autorités locales est indéniable quant au développement qu’a connu le secteur. Djelfa affiche également sa fierté, une fierté communément partagée devant ce bijou architectural et superbement agencé, en faisant visiter sa nouvelle unité principale. Assurant et l’intervention et la formation, cette unité s’étalant sur 1,5 ha dispose de toutes les commodités et de tous les équipements matériel et pédagogique pour cela, y compris celles d’hébergement et de restauration. Le jour de notre visite, la sélection nationale de boxe de la protection civile qui compte en son sein deux filles y étaient d’ailleurs en stage.
…Les inondations...
Ghardaïa, ce sont les terribles inondations du 1er octobre 2008 qui ont ravi la vie à 43 personnes et causé de grand dégâts matériels, avec l’évacuation de pas moins de 24.000 habitations qui reviennent en mémoire. Pour le commandant Mohamadi Brahim, directeur au niveau de cette wilaya de la protection civile c’est évidemment le risque numéro un. D’ouest en est, pratiquement chacune des 9 daïras qui chapeautent les 13 communes est traversée par un oued qui à son tour compte plusieurs affluents. Des oueds qui se déversent tous dans l’oued Mia de Ouargla, alimentant ainsi la nappe d’où, la remontée des eaux. Un risque pour lequel 2/3 des communes à l’échelle nationale sont concernées, l’oued M’Zab et l’oued Chlef étant considérés comme les plus dangereux en période de crue. La protection civile s’est équipée en matériels comme l’acquisition d’une centaine d’embarcations semi-rigides et à fond plat et des motopompes, pour y faire face, pour sauver des vies humaines, parallèlement à des campagnes de sensibilisation. Un projet est en cours également pour la mise en place d’un réseau de surveillance souligne M. Medjkane Mohamed, cadre central au niveau de la sous direction de l’information et des statistiques. Relevés pluviométriques, surveillance du niveau des eaux ainsi que la vitesse de leur écoulement pour pouvoir prévenir et alerter les riverains à temps aux moyens de sirènes. Chaque quartier, chaque agglomération située de part et d’autre des cours classés comme dangereux auront des zones tampons, des zones d’évacuation. Ce projet vise pratiquement tous les grands bassins versants du pays, à l’instar de la vallée du M’Zab et de l’oued Sersou. Dans ce même contexte, signalons l’élaboration en cours d’une cartographie de toutes les zones inondables à travers le pays au niveau du ministère des ressources en eaux.
…Cette route qui tue chaque jour…
Entre Ghardaïa et El-Ménéa, le poste avancé de Hassi-El-Fhel, à 150 kilomètres de cette dernière. Une implantation dictée par l’effarant bilan qu’offre annuellement la RN n°1 qui les traverse et bien sur le facteur grande distance. Opérationnel depuis 2005, ce poste a un champ d’intervention de plus de 150 km jusqu’aux limites avec les wilayas de Ouargla et El-Bayadh ainsi que une distance sur piste de 200 km pour rallier la localité de Brezina. En 2009, cette structure a eu à effectuer 340 interventions dont 21 accidents de la circulation qui ont totalisé 11 morts et 4 blessés, macabre bilan qui s’ajoute aux milliers de morts annuellement sur le réseau routier national. A El-Ménéa, pour cette seule première semaine de janvier, le compteur macabre affiche déjà 16 morts. La terrible collision, le 10 janvier peu avant l’aube entre un minibus de voyageurs et un camion qui s’était « couché » sur la voie après avoir dérapé et s’être renversé avait fait 15 morts. Des passagers calcinés, brûlés vifs dans l’incendie qui s’était déclenché 30 minutes après l’impact, prisonniers qu’ils étaient de l’enchevêtrement de ferraille, du macabre linceul qui les retenait. La RN 1 ne « pardonne » pas, la route de la mort. Entre fatigue au volant, ensablement de la chaussée du fait des dunes chassées par le vent et les dromadaires qui « traversent » sans prévenir, ou qui se vautrent carrément sur la chaussée, les dangers sont là, bien réels, présent au détour de chaque virage, au sommet de chaque côte. A ce sujet note le Commandant Achour Farouk en charge de la sensibilisation au niveau de la direction générale , les recommandations faites pour la correction des points noirs sur les routes, notamment l’adéquation des virages et la nécessité d’une signalisation, aussi bien verticale qu’horizontale, dans les normes. « L’application de la peinture phosphorescente est une de nos recommandations » souligne t-il. Une peinture il est vrai réfléchissante et qui permet d’avoir une meilleure visibilité dans la conduite de nuit. L’intervention des éléments de la protection civile se heurte au problème des distances et à l’évacuation des blessés, tout comme pour les grands brûlés. A Djelfa on nous a fait part du calvaire subi par un grand brûlé qu’il fallait évacuer sur l’hôpital de Douera. Neuf heures de routes, et des douleurs atroces. Une fois le projet de flotte aérienne opérationnel, l’intervention pourra se faire dans les plus brefs délais.
...Palmeraies en feu, crues estivales et envenimement scorpionique…
A El-Ménéa, tout comme d’ailleurs pour les autres localités du Sud comme Ghardaïa, Ouargla ou encore Biskra, autre risque auquel font face les éléments de la protection civile, non sans grande difficulté, les feux de palmeraies. Des feux de cimes qui se propagent à grande vitesse dans des palmeraies où l’accès des véhicules d’intervention est pratiquement impossible au regard de la densité des palmiers, plus de 200 à l’hectare, et de l’exiguïté des passages. Dans la plupart des cas, ce sont des palmeraies abandonnées par les héritiers et qui ne font de fait l’attention d’aucun entretien comme les primordiaux travaux de débroussaillage. Ce sont ainsi des milliers de palmiers qui sont ravagés chaque été par les flammes, une perte énorme.
Contrairement au Nord du pays, au Sud la saison des pluies c’est l’été avec son lot de crues des oueds, des oueds asséchés dont les eaux retrouvant leur lit gonflent rapidement et de façon spectaculaire et imprévisible, emportant tout sur leur passage. A Arak, une toute petite agglomération engoncée au fond d’une gorge, à 270 km au sud de In Salah et distante de plus de 400 km de la ville de Tamenghest, plus au sud, la protection civile dispose d’un poste avancé. Un investissement considérable certes mais qui obéit aux principes mêmes de sa mission fondamentale. C’est que à Arak, quand l’oued éponyme est en crue, c’est carrément la route nationale qui est fermée, « parfois jusqu’à une quinzaine de jours » souligne les agents en poste. Les crues, la hantise des localités du Sud. A Tamenghest, dès qu’il pleut sur l’Assekrem, c’est le branle-bas de combat note le Lieutenant colonel Benkadour Azzedine, directeur de la protection civile au niveau de la wilaya, les eaux en furie déferlent sur un dénivelé de près de 2 000 mètres . Une force terrible qui peut réduire en quelques secondes à peine un véhicule en un amas de ferraille. Les victimes prises dans le piège de ces eaux tumultueuses sont traînées sur des dizaines de kilomètres en aval. Tout comme pour les villes du Nord, Ghardaïa et Tamanrasset ont bénéficié de travaux d’aménagement et de protection des berges. A l’échelle nationale, c’est une enveloppe de prés de 40 milliards de dinars qui a été dégagé par l’Etat au titre du programme quinquennal pour protéger les villes des inondations avec le confortement des berges et la construction de digues.
L’été est également synonyme au Sud d’un autre risque, qui malheureusement continue de faire son lot de victimes, l’enveniment scorpionique. Une piqûre de scorpion ne pardonne pas, seul le sérum anti-scorpionique en moins d’une heure peut en venir à bout et sauver la victime. L’explosion atomique de In-Ecker, encore moins les radiations n’ont pu venir à bout mais, une hygiène des lieux, une construction avec des murs lisses, la lumière peut prévenir son arrivée. Chaque année la protection civile organise des caravanes de sensibilisation à cet effet. Dans la commune de Touggourt, avec l’élargissement de la couverture en électrification rurale, le taux d’enveniment a baissé de 90%. Au niveau de la wilaya de Ouargla, la protection civile dispose des moyens de froid pour les vaccins. Une annexe de l’institut Pasteur y est opérationnelle pour l’extraction du venin pour lequel une campagne de ramassage est effectuée chaque été à raison de 50 dinars pour chaque scorpion.
…Une expérience et une formation au diapason des risques
« Le corps a énormément gagné en expérience », souligne le colonel Mohamed Mokhtar Baâmeur, directeur de la PC au niveau de la wilaya de Ouargla, « Nous avons eu l’occasion de travailler dans des conditions extrêmes ». Au niveau du siège de l’unité principale, un centre de coordination opérationnelle. Un médecin régulateur dicte la conduite à tenir, un médecin urgentiste et un autre spécialisé dans la médecine de catastrophe sont prêts à tout moment pour intervenir. « Nous avons pris une autre dimension » relève t-on avec une fierté toute légitime d’ailleurs. Qui dit Ouargla dit Hassi Messaoud, le poumon économique de l’Algérie. Des entreprises pétrolières et para pétrolières, une raffinerie, trois centrales électriques, les grands bacs de stockage, pour n’en citer que ces structures. La protection civile dispose à Hassi Messaoud d’une unité composée de cinquante éléments, mais que peut-elle faire face à un sinistre de grande envergure tout comme d’ailleurs les entreprises qui disposent de leurs propres équipes d’intervention, d’où, l’idée de coordonner et d’unir les moyens. Au début souligne le Colonel Baâmeur, la réaction était mitigée, seules 4 entreprises ont adhéré à l’initiative prise localement par la protection civile pour la création et la mise sur pied du PAM (Plan d’assistance mutuel). Il aura fallu l’éclatement d’un bac en 2003 au niveau de Aoud El Hamra et l’énorme cafouillage qui s’en est suivi pour que l’ensemble des entreprises adhère à l’idée. Dans un premier temps, c’est le plan d’intervention interne qui est déclenché tout en alertant le PAM. En cas d’alerte sérieuse, c’est le PAM qui est déclenché avec l’information du wali. Un PC est immédiatement installé au niveau de la base logistique sur une plate- forme aménagée à cet effet. L’intervention est coordonnée et les moyens requis sont acheminés. Ouargla abritera cette année le premier regroupement national de toutes les directions de wilaya de la protection civile pour évaluer le travail effectué dans l’application du SWACR (Schéma de wilaya d’analyse et de couverture des risques). Un schéma dont le projet pilote a été lancé en 2003 dans la wilaya de Constantine et généralisé l’année d’après à l’ensemble des wilayas du pays, et qui permet localement de mettre en adéquation les moyens disponibles et les risques posés. C’est une banque des données au niveau de la direction générale , alimentée par les différentes unités et qui peut être consultée à tout moment pour la gestion des risques liés aux matières dangereuses. Neuf classes de produits y sont répertoriées, avec chacune un sigle de référence pour permettre une approche sécurisante pour les équipes d’intervention et une prise en charge convenable du sinistre.
A. M. A.
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