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La Pologne d'aujourd'hui : Les merveilles d'un développement durable

Entamer la visite de la Pologne par le sud, c'est comme, à première vue, commencer un roman par la queue. Mais, franchement, c'est une fausse impression.

PUBLIE LE : 04-07-2010 | 17:55
D.R.

Entamer la visite de la Pologne par le sud, c'est comme, à première vue, commencer un roman par la queue. Mais, franchement, c'est une fausse impression. Car, c'est quelque peu l'histoire et l'âme de ce pays que nous avons pénétré. De Katowice à Varsovie en passant par l'envoûtante Cracovie, le passé défile, le présent s'impose et le futur se dessine. Si l'adage populaire dit que « Cracovie ne s'est pas construite en un jour », c'est pour mieux signifier, aux visiteurs, que cette contrée, regorge de merveilles qui remontent à des centaines d'années.
Un pays où guerre et paix se sont côtoyées au fil des siècles. Ce passé si riche avec ces joies et surtout ses peines, les 38 millions de Polonais l'assument fièrement. Avec ses 312.685 km2, la Pologne renferme un potentiel touristique et des monuments d'arts, rarement, enregistrés dans d'autres régions. Cracovie, a elle seule, comptabilise 8 des 16 sites polonais classés patrimoine universel de l'Unesco. Partout où l'on va, l'on a cette sensation de déambuler à travers les arcanes d'un musée à ciel ouvert. L'architecture gothique se mêle parfois, et dans une parfaite harmonie, au style renaissance.
Pays de l'art par excellence, la Pologne est aussi celui du tourisme sous toutes ses formes. Un créneau devenu cheval de bataille pour chaque citoyen qui a pris conscience que ce secteur peut rapporter gros.
Parfaite illustration de cette option, les mines de charbon. Hier, principale source d'énergie et pilier de l'économie du pays, ces sites sont aujourd'hui une des principales attractions pour les touristes. Que ce soit à Katowice ou Cracovie, les sous-sols ont laissé place aux musées, aux centres commerciaux, et autres galeries d'arts, voire à des complexes culturels. Les « gueules noires » se sont reconvertis, pour certains d'entre eux, en guide ou en superviseur de projets.
Le charbon n'étant plus une valeur sûre, la nécessité de redonner une seconde vie à ces vestiges est devenue impérative surtout après la disparition du bloc communiste et la transition vers l'économie libérale. Un développement durable salvateur pour ce pays qui en 2007 a enregistré un taux de croissance de 6,6 % et dont plus de 50% des IDE sont concentrés aujourd'hui dans les services. D'ailleurs, les principaux secteurs pourvoyeurs d'emplois sont les banques, l'informatique, l'administration, le commerce et l'éducation. Les multinationales, apparaissent au grand jour battant enseignes et autres placards publicitaires. D'une économie centralisée, les Polonais découvrent les « vertus » d'une économie ouverte et acquièrent les réflexes d'une société de consommation. Des centres commerciaux édifiés sur des anciennes mines de charbon, comme le centre « Silésia » à Katowice ou celui de Varsovie, la capitale, témoignent de cette mutation tant sociale qu'économique.
Les grands de la mode, des cosmétiques, des voitures… y ont pignon sur rue, au grand bonheur des Polonais dont, le PIB en 2007, était de l'ordre de 9.500 euros par habitant. Bon nombre d'observateurs affirment que ce pays a « admirablement réussi sa transition ».
Le secret de cet exploit réside, selon eux, dans « la manière réfléchie » d'avoir opté pour le système d'autonomie pour les régions. Katowice, capitale de la province de Silésie, une ville qui aspire à devenir un pôle scientifique et culturel incontournable, en est l'exemple type. Les mines sont données en concession, pour des projets culturels et scientifiques, à des investisseurs privés tant nationaux qu'étrangers, le tout sous le contrôle bienveillant du pouvoir local. L'une d'elles sera transformée en musée des arts. Boleslaw Blachuta, conservateur du patrimoine de la ville souligne qu' « un concours international a été lancé pour le choix de la maquette ». Ouverte en 1824, la mine subira un réaménagement évalué à 240 millions de zlotys (1 zloty = 35 DA). Elle sera opérationnelle en 2012 grâce d'une part à l'argent des collectivités locales qui s'acquittent d'un apport de 30% et de 70 % émanant de l'Union européenne.
Cas réel de cette démarche vers le développement durable, la galerie d'art privée Szyb Wilson qui expose actuellement des œuvres de nouveaux talents et des arts tant bien africains que d’autres civilisations. Le même cas pour la mine « Glywice » qui devient ainsi un complexe d'affaires, comportant des bureaux, des appartements, des galeries d'arts et d'un centre d'études universitaires.

Cracovie, ville miraculée

Dans la région de Silésie, 2 mines ont déjà été fermées et 5 autres sont en voie de l'être. Mais, ne croyez surtout pas que la rupture avec l'industrie du charbon est consommée. Plus de 30.000 sites sont encore en activité à travers le pays. De la houille et du charbon, nous remontons, à travers plaines et forêts, vers le nord. Là, nous dit-on, la culture et le tourisme sont une tradition. Pour notre guide, Agnieszka Lasek, « la réputation de région est mondialement connue ». Cracovie capitale de Malopolska, se qui signifie « la petite Pologne », est une véritable vitrine des ressources artistiques et culturelles du pays. Une carte postale vivante, mais aussi un hymne au savoir-faire et au génie humain.
Reconversion des sites et travaux de restauration ont fait de cette ville un modèle urbanistique rarissime. Conjuguant le style gothique à la touche renaissance italienne, Cracovie est la « Rome de la Pologne ». Avec ses 50.000 sites historiques composés de châteaux cathédrales et églises, 100 musées (1/16 de l'ensemble des musées du pays), 4 millions de pièces et d'objets d'arts soit 30% du trésor historique national, Cracovie est une ville miraculée. La « baraka » d'Ibrahim Ibn Yacoub, un musulman venu d'Espagne au 9e siècle, et dont on  retrouve ses manuscrits sur la région, l'a sans doute, épargné de la folie dévastatrice des nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
En 2000, Cracovie a obtenu le titre de « ville européenne de la culture ». Ce prestige a été rehaussé par le faite que la capitale de Malopolska a été choisie comme lieu de travail par Wislawa Szymborska et Czeslaw Milosz, lauréats du prix Nobel de littérature, Kzysztof Penderecki, un éminent compositeur et par le cinéaste Andrzej Wajda. Que ce soit la place Rynek, la mine de sel de Wielickza, le théâtre ou le château de Wawel (dont la cathédrale à servi à couronner la plupart des monarques polonais) qui surplombe la ville, tout est charme, histoire et beauté. Le long fleuve tranquille, la Vistule, jette sur cette ville une quiétude incomparable. Le passé et le présent s'estompent au fur et à mesure qu'on arpente les ruelles de cette ville. Un livre de Mohamed Al-Idrissi, du milieu du 12e siècle, décrit Cracovie comme « une ville belle et vaste qui compte nombre de maisons et d'habitations, de foires, de vignes et de jardins ». A la même période Gall l'Anonyme peint l'ancienne capitale de la Pologne plus largement dans ses chroniques : « Cracovie, la capitale surpasse toutes les villes polonaises ». Ces chroniques donnent l'image d'une métropole en plein développement gouvernée par des seigneurs justes.

“Liberté et responsabilité”

Conscient de ce legs, les habitants de Cracovie prennent eux-mêmes soins de leur patrimoine. Selon le directeur de la culture, du patrimoine national et du tourisme, de cette région, le programme de la protection du patrimoine et du paysage culturel repose sur trois stratégies : l'entretien et la gestion du patrimoine culturel régional ; la protection et la création du paysage culturel et la promotion de l'éducation et la documentation des valeurs du patrimoine culturel. « Les services culturels au niveau local, régional et national affectent les budgets pour préserver nos traditions, nos différents monuments et tout ce qui représente notre mémoire et celle de l'humanité. Ceci contribue à développer le tourisme et par conséquent, engranger des ressources financières importantes ». Cette dynamique de valorisation du patrimoine culturel qui repose essentiellement sur la rénovation a pris son essor depuis 1991. Cette année-là, une politique de réformes territoriales a été engagée. La création des régions dotées de pouvoir politique a été bénéfique pour le développement de toutes les régions de Pologne. La prise de décision et la concrétisation des projets sont entreprises dans des délais records. « Cette méthode de gestion est la meilleure qui soit, car les choses se réalisent rapidement. On n'attend pas le feu vert des autorités centrales. L'impact est positif sur le développement des régions. Notre politique repose sur une devise qui est  — liberté et responsabilité — », pourtant, ce vent de réforme et cet élan dans le développement durable ne sont pas sans revers. La loi sur la privatisation, a eu pour effet de nombreux cas de contentieux. Les anciens propriétaires de lieux, parfois prestigieux, expropriés durant l'ère communiste, réclament aujourd'hui justice. Châteaux, immeubles, et autres biens devenus aujourd'hui attraction touristique pour la ville, sont traités devant la justice. S'il est vrai que l'Etat a déjà dédommagé bon nombre, certains cas sont plus complexes à l'image de l'ancien centre de Varsovie où la reconstitution, combien identique, n'a pas tenu compte de l'espace intérieur d'antan d'où la difficulté de savoir qui était propriétaire de quoi.
Le château de Wisnicz de Cracovie qui renferme aujourd'hui un hall des expositions qui appartenait à une famille d'aristocrates fait partie, lui aussi, des dossiers que la justice devra traiter. Les héritiers réclament leur bien à la faveur de la loi sur les privatisations et de la restitution. La restauration par les autorités locales, de certains immeubles classés patrimoine national, engendre inévitablement une augmentation dans le prix du loyer qui atteint parfois les deux tiers d'un salaire mensuel moyen qui est de l'ordre de 3.000 zlotys. Un changement que les locataires concernés ont du mal à assumer financièrement.
Mais quoi qu'il en soit, l'immobilier dans les grands centres urbains de Pologne prend chaque jour l'aspect d'une valeur sûre. Car, ici, tout est lié à l'art et à l'histoire.

Varsovie

C'est dans des documents du 10e siècle qu'on voit pour la première fois mentionner la ville de Varsovie. Cependant, la ville se développa réellement au 14e siècle avec l'arrivée des ducs de Mazovie qui firent de Varsovie la capitale de leur duché. En 1569, au moment de la réunification de la Pologne et de la Lithuanie, Varsovie, grâce à son emplacement central, connut un essor rapide et devint la plus grande ville de Pologne. Varsovie connaîtra une époque de prospérité. Le 3 mai 1791, Varsovie fut témoin de la signature de la Constitution - première adoptée en Europe. Cette date importante devint plus tard celle de la fête nationale polonaise. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les nazis rasèrent alors la ville en réduisant 85% des constructions. Depuis 1989, le visage de la ville change progressivement et aujourd'hui Varsovie s'apparente aux autres capitales européennes avec ses tours de verre et d'acier, ses immeubles colorés, ses luxueuses villas et ses nombreux magasins. A la place de la Vieille Ville, restaurée entièrement et classée patrimoine de l'Unesco, les maisons de styles différents (renaissance, gothique, baroque et néo-classique) et leurs façades colorées donnent à la place un air chaleureux.

Maly Rynek (petite place du marché de Cracovie)

Par un pittoresque passage situé à proximité d' « Ogrójec », la place sainte Marie communique avec la petite place du marché. Cette place que l'on retrouve sur le plan de la ville dès 1257, faisait autrefois office de marché auxiliaire où les fruits ne firent leur apparition qu'à partir du 19e siècle. La superficie de la place est délimitée à l'est par une série d'édifices médiévaux. En été, la place devient un grand café aux parasols multicolores où l'on pourra se reposer sans pour autant perdre contact avec l'envoûtante architecture de la ville. Les journées froides et pluvieuses inviteront en revanche à franchir le seuil des élégants cafés et auberges typiques. Pour une trentaine de zlotys, les calèches tirés par des chevaux de traits, vous emmèneront à travers les rues et ruelles du centre-ville, comme dans un conte des mille et une nuits. 

Wieliczka, ou le royaume souterrain du sel

La mine de sel a été inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1978. Le réseau des galeries mesure actuellement près de 300 km et comporte plus de 3.000 chambres qui se trouvent jusqu'à 327 m de profondeur. L'itinéraire touristique souterrain est long de 3,5 km, par 64 m à 135 m sous terre. Il traverse les 22 chambres les plus belles de la partie de la mine qui a été creusée au 13e siècle, entre des lacs et  des sculptures en sel gemme. La chambre Sainte Kinga est la plus belle ; tous les détails de l'intérieur sont réalisés en sel et elle peut accueillir 500 personnes.
De plus le musée souterrain de Sauneries de Cracovie abrite des machines et équipement miniers historiques ainsi que d'anciennes tenues de mineurs. Par 135 m de profondeurs dans la chambre appelée Lac Wessel, un centre souterrain de cure et de réhabilitation a été mis en place pour les personnes souffrant d'allergies des voies respiratoires.    

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