samedi 19 septembre 2020 21:57:08

Présentation du livre de Pierre et Claudine Chaulet au Forum d’El Moudjahid : Ils ont choisi l’Algérie comme patrie

Hommage à un couple d’Algériens exemplaires

PUBLIE LE : 18-04-2012 | 23:00
D.R

«Mais, en ce qui me concerne, quelle peut bien être ma patrie ? Là où tu veux vivre, sans subir ni infliger l’humiliation.» C’est par cette conviction signée Emmanuel Roblès que ces Algériens de cœur, Pierre et Claudine Chaulet, ont entamé leur livre intitulé le Choix de l’Algérie. Deux voix, une mémoire, présenté hier au Forum d’El Moudjahid.

La cérémonie, organisée à l’initiative de l’association Machaâl Echahid en coordination avec l’APC d’Alger-Centre et le quotidien El Moudjahid, s’est voulue surtout un hommage à ce couple de souche française   qui a choisi l’Algérie comme patrie en épousant la cause d’un peuple opprimé et cru en la Révolution de Novembre. Algériens, ils le sont devenus par leur engagement révolutionnaire et leur participation à l’édification d’un pays sorti de 132 ans d’occupation et 8 ans de guerre. Le combat de ce couple est connu et reconnu par tous. La présence de Reda Malek, Belaïd Abdeslam, Lamine Khane, Amar Bentoumi, Mohamed Mechati (groupe des 22), Abderrazek Bouhara, Meriem Belmihoub et d’un grand nombre de moudjahidine en est la meilleure la preuve. Mme Zhira Yahi, chef de cabinet de la ministre de la Culture, et le président du CNES Mohamed Seghir Babès ont également assisté à la cérémonie. Le président de l’APC d’Alger-Centre a tenu, dans  une brève allocution, à rendre hommage aux Chaulet qui font partie des Algériens qui ont marqué l’histoire de notre pays. Pour sa part, l’historien Mohamed Abbès a présenté la biographie du couple en mettant l’accent sur son parcours révolutionnaire où il a côtoyé des chefs historiques comme Abane Ramadane et Larbi Ben Mhidi. Comme il a évoqué sa petite voiture, une Deux Chevaux, qui a servi, par exemple, au transport d’Abane Ramdane et lui a permis de quitter Alger dans une discrétion totale. De son côté, Reda Malek, qui a tenu à apporter son témoignage, s’est en fait quelque peu attardé sur le sujet tant la vie du couple Chaulet est riche en événements et en engagement envers l’Algérie qu’ils ont aimée et dont ils ont participé à sa libération du joug colonial. Reda Malek, qui a connu les Chaulet alors qu’il dirigeait le journal El Moudjahid, en pleine guerre d’Algérie, estime dans son témoignage que «la citoyenneté et l’algérianité des Chaulet sont le fruit d’un engagement politique et révolutionnaire pour l’Algérie». Pour M. Malek, l’hommage rendu aux Chaulet oblige les moudjahidine à être attentifs à ces symboles de la Révolution. Pour lui, il témoigne de la grandeur de la Révolution de Novembre et de son écho à l’échelle mondiale. Sollicitée  pour prononcer un discours, Claudine Chaulet s’est contentée de remercier les organisateurs. Quant à Pierre Chaulet, qui incarne aussi la lutte contre la tuberculose, il a très modestement demandé que son épouse et lui-même soient «considérés comme des Algériens à part entière et pas des Français du FLN», comme il a rappelé que son engagement pour la cause algérienne est venu après avoir cru à l’appel du Premier novembre 1954, et après avoir fait entièrement confiance à ceux qui l’ont rédigé. Enfin, la cérémonie s’est terminée dans un moment de grande émotion, lorsque le couple a reçu, des mains du président de l’APC d’Alger-Centre, des burnous, symbole d’authenticité et de bravoure. A l’image de ce couple qui a scellé son bonheur dans le combat pour l’Algérie.
Nora Chergui

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Ils ont dit

Fadhila Mesli, moudjahida :
«J’ai connu la famille Chaulet très jeune, notamment le grand-père, en 1953, qui s’appelait Alexandre. Je peux dire que c’est une famille de militants de la première heure, aussi bien Pierre que ses sœurs. Je pense à Anne-Marie et à ses deux autres filles. D’ailleurs, Anne-Marie a été arrêtée en 1956, elle est passée à Barberousse où nous étions, mais l’administration coloniale n’a pas voulu la laisser dans cette prison pour des raisons politiques. Il fallait l’envoyer en France où elle est inconnue dans le milieu carcéral, mais à Alger ça faisait tache d’huile qu’une Algérienne d’origine française soit emprisonnée à Barberousse. Quand on était au maquis, le militant Ouamrane – Que Dieu ait son âme — et Abane Ramdane nous avait déjà parlé de cette famille dans un but précis qui était l’éveil des consciences pour nous dire que ce n’étaient pas seulement des Algériens de confession musulmane qui étaient dans cette Révolution, mais également ceux qui étaient chrétiens ou pas. Il nous a raconté une anecdote : madame Claudine Chaulet, qui était enceinte de son fils Luc Chaulet, avait embarqué dans sa Deux Chevaux le colonel Ouamrane qui avait un couffin rempli de mitraillettes camouflées par des légumes. Ce dernier était recherché à l’époque par la police française. Sa tête était d’ailleurs mise à prix pour cinq millions. Je dis toujours pour rigoler à Luc : Tu peux demander ta carte de moudjahid puisque tu as milité pendant ta gestation dans le ventre de Claudine ! On était ensemble à l’Assemblée nationale constituante, il a pris la présidence de la commission des affaires sociales, je lui ai dit pourquoi ? Alexandre Chaulet m’a dit alors le social au lendemain de l’indépendance, c’est crucial. C’est vraiment une famille qui est digne d’admiration et de respect.»

Redha Malek :
«C’est un hommage mérité pour cet ami et ce frère Pierre Chaulet, ainsi que sa femme qui a toujours été sa compagne dans les temps difficiles. Je dois aussi dire que cet hommage est non seulement mérité parce qu’il a toujours été fidèle à ses principes, mais c’est aussi pour nous un devoir étant donné qu’il constitue un des symboles de la Révolution algérienne et de la lutte du peuple algérien pour son indépendance.»

Meriem Belmihoub Zerdani, moudjahida :
« J’ai bien connu la famille Chaulet qui a toujors été une famille d’un grand engagement. J’ai connu aussi Anne-Marie qui était l’épouse de Salah Louanchi et j’étais en prison quand on l’a reçue et qu’elle a été évacuée en France. Les Chaulet sont une famille qui a beaucoup donné à l’Algérie. Leur père était un chrétien progressiste, un homme de gauche, et je suis très heureuse que malgré toutes les souffrances et les fatigues, ils soient tous les deux arrivés à écrire ce livre que je n’ai pas encore eu le privilège de lire. Ils étaient très tôt engagés dans la révolution, et ce sont eux qui étaient chargés de conduire les chefs comme Abane, Ben M’hidi dans leur voiture. Ce sont des gens comme ça qui se sont engagés et qui ont permis aux Algériens d’être des acteurs de l’histoire ; je leur dit merci à tous !»

Pierre Chaulet :
«Je pense que c’est intéressant de faire cet hommage, mais, en même temps, il ne faut pas oublier que beaucoup d’anonymes ont travaillé pour la Révolution et ceux-là, on ne leur rend jamais hommage. Alors, nous, c’est bien gentil, mais il ne faut pas non plus se mettre en vedette. On a fait ce qu’il fallait faire et beaucoup de gens ont fait leur devoir sans tapage. Je crois qu’on est content d’avoir participé à ce mouvement. C’est tout. Après temps d’années, il me reste de bons souvenirs et un peu de regrets que les choses n’aillent pas mieux, mais j’espère que la nouvelle génération saura trouver des solutions, comme nous les avons trouvées à notre époque.»
Propos recueillis par L. G.

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Hommage à un couple d’Algériens exemplaires
Le forum d’El Moudjahid a rendu, hier, un émouvant hommage plein de gratitude et de reconnaissance au couple Pierre et Claudine Chaulet pour le témoignage exceptionnel dont ils ont fait montre tout au long d’une vie qui fut et reste fidèle aux idéaux de Novembre 954. A l’occasion de la sortie de leur ouvrage, le choix de l’Algérie. Deux voix, une mémoire, aux éditions algériennes Barzakh, qui constitue une opportunité considérable pour les nouvelles générations de découvrir un grand pan de l’histoire de notre pays étroitement imbriqué dans celle du peuplement colonial dont étaient issues les familles de français implantés en Algérie. Parmi elles, la famille des grands résistants contre l’oppression coloniale que fut la lignée des Chaulet, dont Pierre marié à Claudine Guillot, venue de l’est de la France, qui avaient opté dès les premières heures du déclenchement de la Révolution algérienne pour l’indépendance d’un pays qu’ils avaient fait le leur et dont ils portaient aux tréfonds de leur âme de patriotes convaincus les idéaux de liberté et de justice. A ce couple de Français atypiques, lui a été un éminent pneumologue et elle une ethnologue et sociologue qui était en poste jusqu’en 2010, qui avaient choisi leur camp en se rapprochant de l’instance de l’époque, représentée par le FLN, et en accomplissant  des actions persilleuses, preuve d’une témérité indéfectible au volant de leur voiture qui conduisait les chefs historiques. Ce couple uni dans la vie comme dans cet amour pour un pays qu’ils avaient toujours espéré libre de tout asservissement marchant vers la destinée qu’il s’était tracée, une ultime reconnaissance qui vient couronner leur long cheminement à l’aube de la lutte puis jusqu’aux tâches d’édification nationale après l’indépendance qu’ils ont accomplies avec une belle conviction et une incroyable persévérance. Le présent ouvrage qui cumule plus de 500 pages est le fruit d’un travail de mémoire minutieux, coécrit par nos deux auteurs à l’attention de notre jeunesse qui a grandement besoin de repères historiques, ceux-là mêmes qui font la force d’un combat : «Par cet écrit, Claudine et Pierre Chaulet pensent modestement léguer à leurs enfants ! les souvenirs marquants de la vie exaltante et mouvementée qui fut la leur. Mais débordant le cercle étroit de la famille, c’est du coup un pan de notre histoire récente qu’ils restituent. De fait, le rapport du couple à l’Algérie est consubstantiel. Ils ne pouvaient parler d’eux-mêmes sans parler de l’Algérie. On peut dire que ce couple heureux a scellé son bonheur dans le combat pour l’Algérie. Algériens, ils ont choisi de l’être à part entière, d’une manière raisonnée et inconditionnelle», écrit M. Redha Malek dans sa préface à l’ouvrage. On apprend, en lisant ce livre écrit à deux voix, que c’est grâce à André Mandouze, qui fut un véritable éveilleur de consciences, que cet homme issu des classes moyennes, élevé dans une ambiance de christianisme social,  rencontre sa futur épouse née de parents fonctionnaires et foncièrement républicains. Ensemble, ils partageront les mêmes idéaux progressistes pour la naissance d’une Algérie libre et nouvelle ; c’est d’ailleurs ce qu’ils se sont appliqués à écrire dans ce livre à l’adresse de leurs petits-enfants et de tous les Algériens désireux de connaître profondément à travers leur histoire l’Algérie, car «à aucun moment, nous n’avons éprouvé la sensation ni senti la capacité de changer le monde. Mais nous étions convaincus de participer à notre place à une phase historique de bouleversement de la société algérienne, sortant de la dépendance coloniale pour se retrouver plongée dans les nouveaux rapports mondiaux. Nous étions pris, et nous le sommes encore, par une histoire qui nous dépasse, au sein de laquelle nous avons essayé de garder lucidité, fidélité, espoir et humour», écrivent nos auteur dans leur avertissement au lecteur.
A lire donc, ce legs précieux non comme des confidences à voix feutrées sur l’histoire de l’Algérie, mais comme le récit autobiographique qui clôt deux vies pleines de tumultes et de rectitude aussi, un récit haut en couleur, celle d’une vie entière dans un pays où nos compatriotes racontent un itinéraire exemplaire jalonné de faits, de rencontres et des parcours captivants et singuliers de deux personnalités hors du commun qui témoignent pour la première fois de leur vie, leur professions et de leur foi unique en Algérie, celle que depuis toujours ils ont gardé au fond de leur cœur.
Lynda Graba

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