lundi 19 novembre 2018 07:13:18

La lutte contre les mines antipersonnel en débat au Forum d’El Moudjahid : Les résidus du colonialisme

En dépit de l’engagement des éléments de l’ANP impliqués, depuis 1962, dans le nettoyage des champs de mines, disséminées entre 1956 et 1960, par la France coloniale, le long des 460 km de frontière avec la Tunisie

PUBLIE LE : 04-04-2012 | 0:00
Ph. Louiza

En dépit de l’engagement des éléments de l’ANP impliqués, depuis 1962, dans le nettoyage des champs de mines, disséminées entre 1956 et 1960, par la France coloniale, le long des 460 km de frontière avec la Tunisie, et des 700 km de frontière avec le Maroc, il reste encore quelque 3 millions sur les 11 millions de mines semées par l’armée française. Cette problématique a été abordée, hier, au Forum d’El Moudjahid à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation sur les dangers des mines antipersonnel qui continuent de faire des victimes. La dernière victime en Algérie, un enfant de 10 ans décédé le 22 avril 2011 dans la wilaya de Biskra. Ce qui devrait faire méditer ceux qui font l’apologie du colonialisme. 
Le 8 décembre 2005, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 4 avril, Journée internationale pour la sensibilisation au problème des mines et l’assistance à la lutte anti-mines. Pour marquer cette date, et à  l’initiative de l’Association Machaal Echahid en coordination avec les associations de victimes des mines, Handicap International et notre quotidien, le Centre de presse d’El Moudjahid a abrité, hier, une conférence sur l’impact des mines sur les populations et  la nécessité de lancer des campagnes de sensibilisation sur le péril engendré par ces engins de la mort. La conférence a vu la participation de représentants  du ministère de la Défense  en charge de l’opération de déminage dans les 7 wilayas  concernées.  Les colonels Hamel Hocine et Gherabi Hacène ont présenté des communications relatant les missions et le rôle de l’ANP dans la lutte  contre les mines antipersonnel. Les témoignages des victimes, les images projetées montrant des femmes et enfants amputés de leur jambe, ou défigurés, n’ont laissé personne indifférent.
L’assistance, composée de diplomates, d’experts, de représentants de la société civile et un grand nombre de journalistes,  était en face du vrai visage du colonialisme dont certains prétendent qu’il a apporté la civilisation aux Algériens. Cinquante après, « cette guerre enfouie » continue de tuer des innocents et de faire des milliers de handicapés.  Selon les chiffres officiels, 1.485 victimes entre 1962 et 2005. Et 140 victimes entre 2006 et 2007. La dernière victime, un enfant de 10 ans qui a pris l’engin pour un jouet.  
Selon M. Djouadi, président de l’Association nationale des victimes des mines, le petit garçon a pris dans son cartable cet « objet de curiosité » pour le montrer à ses camarades. La mine n’a pas explosé au sein de l’établissement scolaire, mais a réussi à ôter la vie à un petit innocent. C’est dire tout le danger de ces mines qui présentent un risque majeur pour les populations vivant dans ces zones « infectées » par ce qu’a appelé notre consœur de l’ENTV Fazia Mokrane dans son documentaire « Les mines, les résidus de la haine ».
Même la carte censée révélée l’emplacement des mines, remise par la France en 2007 à l’Algérie, n’est d’aucune utilité. L’érosion, les pluies diluviennes, les vents de sable… sont  autant de facteurs qui sont à l’origine du déplacement des engins explosifs rendant plus difficile la mission des éléments de l’ANP. D’ailleurs notre pays, a soumis un rapport aux instances onusiennes pour expliquer que cette carte remise  par la France après des demandes répétées par les autorités algériennes, hormis sa valeur historique, ne peut servir à grand-chose car remise un peu tard.  Aujourd’hui, le grand défi pour l’Armée nationale est de réussir à dépolluer ces zones.
Un travail de longue haleine qui a été entamée par l’ALN en pleine guerre de Libération et qui a trouvé sa continuité avec la ratification, par notre pays, de la Convention d’Ottawa. Pour le moment, et selon le colonel Hamel Hocine chargé de la dépollution de la région Est, 7.819.120 mines ont été détruites entre 1963 et 1983 et 772.157 sont détruites depuis 2004. La wilaya de Béchar est déclaré région dépolluée des mines à 100 %,   alors que dans les wilayas de Tébessa, Souk Ahras, El Taref, Guelma, Tlemcen et Naâma, les opérations de déminage se poursuivent.
Comme il a précisé que la France n’a pas seulement semé des mines dans les régions frontalières, mais il été  recensé 233 autres sites (alentour d’aéroports, caserne...) où des mines ont été enfouies dans le but de semer la mort sans distinction.
Pour rappel, le nombre restant de mines doit être détruit avant 2017, délai accordé à l’Algérie par la Compagnie internationale d’interdiction des mines antipersonnel.  
“Zéro mine, zéro victime” est l’objectif de notre pays depuis l’indépendance.
Nora Chergui

Campagne « Prête ta jambe »
La campagne internationale pour interdire les mines et l'équipe de déminage des Nations unies se sont associées à la Fundación Arcangeles pour mobiliser des centaines d'organisations dans au moins 138 pays pour lancer la campagne « Prête ta jambe ». Il s'agit en effet, à l'occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux mines le 4 avril 2012, de demander aux entreprises privées, aux célébrités et aux politiciens, ainsi qu'à tous, partout dans le monde, de retrousser son pantalon ou sa manche, en signe de soutien aux survivants et pour déclarer d'une seule voix « plus jamais de mines ».

Ils ont dit

M. Rafaï Youcef, président de l’association solidarité des handicapés et victimes de mines de la wilaya d’El Tarf
“Un statut particulier”
Pas moins de 7.000 victimes de mines sont recensées au niveau national, a indiqué hier, M. Rafaï Youcef, président de l’Association solidarité des handicapés et victimes de mines de la wilaya d’El Tarf et membre de la campagne internationale contre les mines, siégeant à Genève (Suisse). Selon lui, la seule wilaya d’El Tarf compte 485 victimes, et ce chiffre est appelé à être revue à la hausse étant donné qu’il existe encore des victimes non enregistrées, à ce jour. Poursuivant sur sa lancée, notre interlocuteur précisera que les victimes des mines vivent, pour la plupart, dans les six wilayas traversées par les lignes Challe et Morice. Il s’agit, en l’occurrence des wilayas «d’El Tarf, Tlemcen, Tébessa, Guelma, Naâma et Bechar».
Saluant les efforts consentis par notre pays en matière de prise en charge des victimes, M. Rafaï, lui-même victime des mines, à l’âge de 9 ans, déplorera, d’autre part, la bureaucratie de l’administration qui « retarde » cette prise en charge sur le terrain. Il saisira, par ailleurs, l’occasion pour lancer un appel aux autorités concernées en leur demandant d’accorder un statut particulier au profit des victimes des mines. Constamment présente aux côtés des victimes, cette dynamique association œuvre depuis sa création, en 1997, à sensibiliser les populations sur le danger des mines et à aider les victimes en les orientant aux fins de bénéficier des différents projets de réinsertion possibles.
S. G.

M. Djouadi Mohamed, président de l’association nationale de défense des victimes des mines antipersonnel
“Appel à l’accélération de l’étude des dossiers ”
Dans son intervention, M. Djouadi Mohamed, président de l’Association nationale de défense de victimes des mines antipersonnel, a tenu à souligner que l’ensemble des victimes enregistrées perçoivent régulièrement des pensions émanant soit, du ministère des Moudjahidine, soit du ministère de la Solidarité nationale et de la Famille.
Cela dit, il existe des personnes pour qui la situation n’est pas encore régularisée, en raison du gel du traitement de leurs dossiers, soutient M. Djouadi qui rassure toutefois que le traitement de l’ensemble des dossiers reprendra très bientôt, «comme promis lors du dernier congrès de l’Organisation nationale des moudjahidine ».
Le président de l’Association nationale de défense de victimes des mines antipersonnel a réitéré, à cette occasion, sa revendication concernant la reconnaissance des crimes coloniaux par la France mais aussi la repentance. D’autre part, il demandera « l’accélération de l’étude de l’ensemble des dossiers présentés par les victimes pour qu’ils puissent vivre, enfin, en toute dignité ».
S. G.

Mme Rebbah Salima, chef de projet à Handicap International
3.560 victimes bénéficient de pensions en Algérie
“Présente dans 63 pays dans le monde avec 310 projets, Handicap international est une organisation non gouvernementale qui se bat contre les mines à un niveau international et qui est mandatée principalement pour l’appui et le soutien des personnes handicapées parmi lesquelles figurent les victimes des mines. Selon les chiffres avancés par cette ONG, vieille de 30 ans, 3.560 victimes bénéficient de pensions en Algérie où le travail de cette ONG est réalisé grâce au comité interministériel, l’appui financier du PNUD et au travail des différentes associations. Handicap International qui œuvre pour la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés et l’amélioration de la sécurité des populations concernées a formé au contexte légal international, pas moins de 40 cadres associatifs et représentants des directions de l’action sociale. Aussi, Handicap International qui a assuré des formations à 92 personnes relais et à 9 psychologues, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, dans ce sens que cette association tend à faire bénéficier les victimes à des micro-projets adaptés à leur contexte et à leur environnement. A ce jour, 25 victimes ont déjà bénéficié de ce type de projets. »
S. G.

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