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Cycle du cinéma espagnol : « Tambien la lluvia », un film d’Iciar Bollain

Quand le peuple refuse d’être un figurant

PUBLIE LE : 28-03-2012 | 0:00
D.R

On affiche d’emblée notre enthousiasme à l’égard d’une  œuvre forte, expressive et ancrée dans son temps. « Tambien la lluvia » de la réalisatrice espagnole  Iciar Bollain n’a pas mis de gants pour fustiger et pourfendre ceux qui se targuent de vouloir tout s’accaparer, même la pluie.
D’abord le synopsis. Sébastian,  réalisateur, un tantinet idéaliste et son producteur, Costa débarquent en Bolivie pour le tournage d'un film de reconstitution  historique. Les finances sont peu importantes et Costa ne cache pas sa satisfaction d’avoir à dépenser si peu et embaucher des acteurs et des comparses à moindre frais. Coup de théâtre. Les choses tournent au vinaigre. Le  tournage est interrompu par une révolte suscitée par Daniel, un comédien assez revendicateur, trop frondeur et nullement  enclin à accepter que l’on privatise l’eau de son village. Costa et Sébastian sont entraînés dans un affrontement entre des autorités locales qui s’abritent derrière les préceptes du F.M.I., les règles d’airain de la mondialisation et des autochtones qui ne veulent pas se laisser faire. On découvre que l’histoire se répète. La conquête de l’Amérique latine, sous la bannière du Christ et de l’Evangile, l’exploitation des richesses et le désir effréné de s’enrichir sans limite, n’ont pas perdu un iota en ce continent soumis aux pires visées mercantiles.
 Sébastian (Gael Garcia Bernal), un jeune cinéaste, part à la rencontre de ses illusions d’idéaliste invétéré et presque naïf avec sa caméra qu’il traîne non sans coup férir en terre bolivienne longtemps livrée aux appétits insatiables des bourgeoisies « compradores. » Costa (Luis Tosar), son producteur véreux,  insensible mais  repenti sur le tard, assiste à la lutte de  Daniel (Juan Carlos Aduviri) et de son peuple face à une multinationale.
Le spectateur est en présence d’une trame filmographique judicieusement concoctée avec un parallèle douloureux entre les exactions inhumaines des « Conquistadores espagnols, cyniques et veules, cupides et indignes, maniant les préceptes chrétiens en porte-à-faux avec leurs actes barbares. Le film met en scène le passé et le présent en donnant la certitude que le système d’exploitation et d’asservissement a beau traverser les âges, il n’en demeure pas moins toujours d’actualité.  En somme, rien de nouveau sous le ciel de Salomon.
« Tambien la lluva » ou (Même la pluie), allusion désespérée d’un manifestant qui exprime son courroux face à ce qui s’apparente à un dépouillement affreux des autochtones, au nom de sacro-saintes doctrines économiques implacables, fait le procès d’un système inique.
 Ce drame qui frise l’épique a du souffle et de l’intelligence. C’est un film à grand spectacle, où l’action ne le cède en rien à un discours pourfendeur, à une dénonciation indispensable que mène avec efficacité, la réalisatrice Iciar Bollain.
C’est une œuvre forte qui ne laisse pas indifférent, tant il est vrai que les émules des Conquistadors ont de qui tenir. Ils prennent tout et ne laissent rien aux autres. Adam Smith, le théoricien du libéralisme n’est pas loin. Ses gourous aussi.
M. Bouraib

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