mercredi 26 juin 2019 22:13:00

Au Lendemain des inondations dévastatrices : El-Tarf émerge

Reportage de notre envoyé spécial Saïd Lamari

PUBLIE LE : 21-03-2012 | 0:00
D.R

Le temps se fait plus clément et le soleil printanier arrose de ses rayons les étangs d’eau qui s’étirent à perte de vue et submergent encore les vastes plaines d’El Tarf. La décrue se fait très lentement. La vie reprend son cours normal, mais les stigmates laissés par les eaux en furie pendant les derniers jours du mois écoulé sont visibles à l’œil nu. L’embellie du temps est toutefois loin de réchauffer le cœur des victimes du sinistre.

C’est que les dégâts sont considérables et les bilans établis à chaud peuvent s’avérer en deçà de la réalité. C’est ce que détermineront les investigations des experts qui sont à pied d’œuvre.  Et pour cause. Il a plu abondamment en ce mois de février et la wilaya d’El Tarf a été le réceptacle de plus de 133 mm en l’espace de trois jours seulement. Depuis novembre, la wilaya a enregistré  plus 900 mm, ce qui est important comparativement aux précipitations de l’hiver de l’année dernière où l’on a enregistré 730 mm. L’augmentation est de quelque 210 mm, soit 30%. A cela s’est ajouté l’apport en eau des trois barrages que sont Bougous, la Mexa et Cheffia, provenant de la fonte des neiges, c’est ce qui explique le déversement d’un volume incommensurable dans les oueds El Kebir, Bounamoussa et Seybouse, qui ont fini par déborder. Les trois barrages réunis ont évacué en 48 h près de 189 m3.

Plan ORSEC pour 3 daïras
Les pluies étaient d’autant plus importantes que pratiquement toutes les routes étaient fermées à la circulation et plusieurs localités entièrement isolées, notamment à l’ouest et au sud-ouest où les autorités avaient déclenché le plan ORSEC pour les communes relevant de Dréan, Ben M’hidi et Besbès, particulièrement touchées par le sinistre. De l’avis unanime,  la mobilisation aura été conséquente et l’Etat présent plus que jamais avec toutes ses institutions. Tous les moyens matériels étaient mis à contribution et la chaîne entre les différents corps s’était vite constituée pour prêter main forte aux victimes. Protection civile, gendarmerie nationale et sûreté de wilaya ont conjugué leur efforts et leur savoir-faire pour secourir les sinistrés en attendant que les renforts arrivent des régions avoisinantes et c’est   ce qui fut fait avec célérité. Les wilayas de Constantine, de Skikda et d’Annaba ont aussitôt dépêché des éléments. Il en est de même de l’ANP qui a mobilisé des hélicoptères et des unités pour cibler les personnes en détresse et distribuer les denrées alimentaires aux familles sinistrées. Le dispositif mis en place a été très apprécié par les populations d’autant plus qu’il a permis d’éviter des pertes humaines, ou du moins allonger la liste des victimes. Ce sont 55 personnes piégées par les eaux qui ont connu la délivrance après l’arrivée des hélicoptères de la Marine nationale.  14 autres personnes auraient péri si ce n’était l’intervention des éléments de la protection civile qui a mobilisé plus de 700 agents. Il n’est pas inutile de rappeler que les interventions continuent, près de 350 au total aux premiers jours des inondations, et concrètement ce sont 15 communes concernées qui ont constitué le champ d’intervention où les statistiques font ressortir 3 personnes en danger de mort repêchées et 100 autres ainsi que 14 familles secourues. Fait déplorable, un couple et son enfant ont été emportés par les eaux à bord d’un véhicule. Outre l’organisation des secours, les éléments de la protection civile se sont chargés de la distribution des denrées alimentaires aux  populations sinistrées. Ce sont les agglomérations enclavées et les habitations érigées à proximité des oueds et à l’évidence les terres agricoles situées dans la basse plaine s’étendant sur plus de 24 000 ha, qui ont été le plus affectées  par les intempéries. Le réseau routier a connu des dégâts très importants. Les différents centres urbains et particulièrement ceux qui enregistrent une très forte concentration d’habitants ont vu leur réseaux divers détériorés. Il en est ainsi de ceux de l’AEP, de l’assainissement, et de l’éclairage. Les équipements enregistrent aussi des dégâts importants et les établissements de la  santé, de l’éducation et de la jeunesse et des sports qui ont subi des dégradations au niveau notamment de l’étanchéité et des accès, ce qui selon les spécialistes, demande des réfections et des aménagements conséquents. L’habitat n’a pas été épargné par le sinistre, tout au contraire, le caractère précaire et rural des habitations aidant, ce sont  6.520 ménages qui sont éligibles au relogement ou à la réhabilitation de leur demeure. Les eaux qui ont envahi des quartiers entiers dans 13 communes ont causé des dégradations importantes au niveau des habitations. C’est dire  l’ampleur des inondations qui ont affecté 70% de la population de la wilaya, quand on sait que 300.804 habitants circonscrits dans un peu plus de 965 km2  sont concernés.
Le plus gros des victimes est concentré dans les daïras de  Dréan, Besbès et Ben M’hidi, qui regroupent plus de 223 000 habitants.  Dans les communes issues de ces daïras, le parc logement représente 52 %  du patrimoine de la wilaya.  On dénombre dans ces mêmes communes 171 agglomérations et 10.500 habitations précaires, soit 78 % du parc précaire de la wilaya qui compte au total 13.396 unités. Dans cette zone sinistrée, où les immeubles ont été inondés, et outre l’étanchéité,  ce sont autant les réseaux d’AEP, d’assainissement que celui de l’électricité qui ont reçu un coup dur.   L’absence des conditions de viabilité et d’aménagements urbains et des voies d’accès ont fait que les infiltrations et la détérioration des toitures soient importantes notamment en ce qui concerne les habitations individuelles et du logement rural. Les eaux de ruissellement ont affecté toutes  les viabilités n’épargnant ni les voiries ni les parkings et autres accès aux immeubles. Ce sont plus de 2.520 logements sociaux qui nécessiteront des travaux de réfection des vides sanitaires, de l’étanchéité et des aménagements extérieurs ainsi que 2.000 logements précaires non pris en compte dans le recensement de 2007.  

Coup dur pour l’hydraulique et les travaux publics               
Le coup dur est accusé par l’hydraulique qui a vu ses équipements et leurs accès  inondés. Inutile de dire que le transfert de l’eau potable a été stoppée en raison de l’arrêt de la station de traitement de la Mexa. Le secteur a dû parer au plus pressé pour remettre en état de marche quelques forages pour assurer l’AEP aux populations. Le préjudice causé aux fellahs et autres éleveurs est aussi considérable dans cette zone à fortes potentialités agricoles, connue pour la production de la tomate industrielle et pour le  maraîchage  ainsi que pour son arboriculture. Près du tiers de la surface agricole a été inondé, soit 24 ha. Les cultures céréalières et maraîchères sont  les plus touchées avec respectivement 4.000 et 750 ha. Ce sont près de 3 millions de plants de tomate industrielle qui ont été perdus, mais la campagne tomate n’est pas pour autant compromise, elle n’est qu’à ses débuts. Le fourrage, l’arboriculture et les légumes secs ne sont pas en reste des calamités.
Les éleveurs, parmi les bénéficiaires des projets de proximité dans le cadre des programmes du renouveau rural, ont perdu outre 100.000 sujets avicoles, 2.470 ruches pleines 147 bovins, 567 ovins et 85 autres caprins. A cela s’ajoutent les pertes non moins considérables en matière d’équipements. Le préjudice avoisine aux premières estimations 550 millions de dinars.  Il convient de souligner ici que le ministère de l’Agriculture a réagi avec une célérité inédite en décidant l’allocation d’un crédit pour prendre en charge la reprise de l’activité agricole dans les zones déclarées sinistrées. Le crédit à hauteur de 722.500.000 DA est imputable du fonds de garantie contre les calamités agricoles. Les fellahs et éleveurs victimes des inondations sont éligibles à l’aide destinée à la relance de l’activité agricole. L’argent mobilisé permettra d’une part la réalisation des actions menant à la reprise de l’activité ainsi qu’à la réparation des dommages subis par les sinistrés du secteur. La décision d’ouverture de crédit a été prise quelques jours seulement après le sinistre. Le massif forestier également a subi des pertes avoisinant 404 millions de dinars.
Le secteur de l’éducation où les établissements ont d’ailleurs fermé momentanément  leurs portes est tout aussi sinistré. Les structures occultées par les  actions de réhabilitation et tout particulièrement anciennes ont vu leur état de dégradation s’aggraver. Certaines ne disposent pas de réseaux d’évacuation des eaux pluviales et par endroits n’ont même pas de clôture qui puisse quelque peu empêcher les eaux de se déverser dans l’enceinte des établissements.   Dans les trois paliers, soit au total 83 établissements, c’est une enveloppe de près de  354 millions de dinars qui doit être mobilisée pour remettre en l’état l’infrastructure.

Des barrages pour endiguer les inondations
 Dans ce décor qui donne l’impression que la région s’est enrichie  de nouveaux lacs, l’intervention des équipes de Sonelgaz  n’a pas été de tout repos.  L’inondation des sites a accentué les risques d’électrocution des éléments dépêchés sur les lieux pour rétablir  le réseau. Les spécialistes ont soulevé la nécessité d’agir pour à la fois sécuriser les réseaux et améliorer la qualité du service  par notamment l’installation de nouveaux postes à travers certaines localités. Les besoins pour mener ces actions sont évalués à près de 610 millions de dinars. Les dommages concernent aussi les structures relevant de la jeunesse et des sports ainsi que ceux de la santé et touchent aussi bien les structures que les équipements. Au niveau du dernier secteur, l’on table sur une enveloppe de 23,5 millions de dinars pour prétendre réparer les dégâts.
Eu égard à l’ampleur des dégâts dans le secteur des travaux publics, certaines actions relèvent de l’urgence et c’est le cas des travaux de reconstruction, de confortement et de rehaussement des chaussées ainsi que la réalisation d’ouvrages. L’enveloppe nécessaire à la réalisation de ce programme, s’élève à plus de 5,254 milliards de dinars. Le bilan fait ressortir la nécessité d’allouer une enveloppe de 467.500.000 DA.  
Pour éviter que pareilles calamités ne se rééditent à l’avenir, les autorités locales demandent que soit inscrit un programme d’urgence au profit de la wilaya qu’il faut aussi doter de moyens spécifiques et des équipements adéquats de pompage. Dans ce même sillage le wali interpelle le Département des ressources en eau sur le barrage de Boulatane ainsi que sur l’inscription  en priorité des barrages de Boukhroufa et  de Bounamoussa 2 pour pouvoir éradiquer ce phénomène dévastateur qui compromet tout effort de développement de la wilaya. Ceci tout en déplorant les retards accusés dans la réalisation du projet de l’assainissement   de la plaine d’El Tarf.
S. L.

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