lundi 20 novembre 2017 06:44:29

Tlemcen en lettres capitales : De la cité des savants aux savants de la cité...

Tlemcen dans l’histoire... : Abderrahim Benmansour en restitue la mémoire…

PUBLIE LE : 07-03-2012 | 0:00
D.R

Notre reporter revient de Tlemcen enchanté et ravi de renouer le contact avec cette cité qui a vu naître et transiter un panel de destinées. Difficile alors de résister à l’irrésistible attrait d’une ville coquette et arborant fièrement quelques lustres d’antan. Récit...

Tlemcen est une ville pas tout à fait comme les autres. Les témoins et vestiges du passé y sont légion. Tant à l’intérieur de la cité qu’alentour. Pour ne pas dire tout autour. Cerclée et surplombée de sites et monuments racontant là une chevauchée fantastique, celle de l’Émir Abdelkader par exemple, qui a prêté main-forte à la ville assiégée, ici des mausolées attestant, telle une marque de fabrique, le passage éclair ou prolongé de saints hommes férus, comme de juste, de foi... Cité au cachet pittoresque respirant par tous ses pores toute cette succession de pages d’histoire tantôt glorieuses, tantôt voilées... En tout cas, peu de cités dûment estampillées telles auront su et pu conserver pareil cachet qui en fait une ville entièrement à part. Ville aujourd’hui propre, spacieuse et aérée, bénie par Lalla Setti et protégée au mieux par la multitude de saints qui en imprégnent encore toute l’armature et surtout l’âme, Tlemcen, en ces jours de célébration d’une figure historique pionnière du mouvement nationaliste qui plus est, est baignée de lueur et de soleil. Comme si le printemps s’est déjà installé après la rigueur hivernale des hauts-plateaux. Mon ami Kamel est là toujours avenant et le cœur sur la main. Bien dans sa peau et dans sa ville. Sans jamais quitter du cœur. Ce sacré bonhomme qui me tient compagnie n’est pas n’importe qui ; parmi les pionniers du journalisme et une référence en matière de quatrième art. Le théâtre pour les non-initiés. Je ne pouvais rêver d’une meilleure rencontre. Et on ne pouvait se priver du frais plaisir de fêter cela autour d’un bon «ch’wa». Et évoquer bien des souvenirs. Tout en déplorant la platitude des temps et mœurs modernes. Car la cité a un fond technocrate. Et une toile de fond également. Qu’on retrouve tout aussi bien dans l’architecture du palais de la culture, joyau des joyaux qui dit encore une fois l’amour du beau et du sublime. Apanage des connaisseurs. Tant Tlemcen vaut le tour et mille détours. Et en tant que cité des savants, à l’instar de l’autre sœur jumelle qu’est l’antique capitale des Hammadites. Bejaïa pour les intimes. Presque la même morphologie. Presque la même histoire. Bref, bien des similitudes. Bien des atomes crochus. Pour appeler les choses par leur nom. Ou parler crûment. Et le même amour de la musique. Pas de n’importe quelle musique évidemment. Et le contraire aurait étonné. Il s’agit là de la musique classique. Celle des gens de classe. Si, si, puisqu’elle échappe à l’entendement commun. En ce qu’elle ne ravit que les seuls initiés. Un précarré qui en apprécie toute la saveur. La profondeur et la densité. Un club fermé. Un cercle restreint. Car le malouf dans sa version la plus expurgée, ce n’est pas rien. C’est toute l’âme qui en est irriguée. Cheikh Ghafour, Dahmane Ben Achour, faut vraiment avoir l’oreille musicale pour en détecter toute la puissance du souffle. Décliné tour à tour en un crescendo et decrescendo. Un vibrato qui pénètre jusque dans l’âme. La séduit et l’envahit. Un mélange détonnant de Mozart et de Pavarotti. On est loin de Cheb Anouar et de Nouri Koufi. Deux registres différents d’un même versant. Normal puisque tous les goûts sont dans la nature... Retour à des préoccupations disons moins alambiquées. Tlemcen baignée de lumière, ville ouverte, spacieuse et aérée. Qui fleure bon y vivre. En ces jours finissants d’un hiver qui a marqué ses derniers soubresauts. Amplitude thermique normale désormais. Je ne sais trop pourquoi je repense à une « antique » virée du côté des « cascades » et du Méchouar du temps des échanges intervilles qui nous permettaient d’élargir nos horizons de découvertes. Et de mieux connaître l’autre. Pas si différent finalement. Quelques nuances à peine. Autant dire des détails. Et vive la cité éclairée qui a perdu en chemin quelques incontournables échoppes. Brisant bien des trajectoires. Freinant bien des élans. Ceux du cœur et de l’esprit. Va tout naturellement pour un cours d’histoire magistral sur la cité des Zianides. Et avec cette humilité qui sied tant à ceux qui savent mais n’en montrent rien. Parce que durant le colloque portant sur l’émir, il y a eu tout de même quelques « bonnes » inepties. Sémantiques ou dialectiques, qu’importe. Car tout comme l’histoire qui les a générés, les faits sont têtus... Pourtant, les juristes se plaisent à relever que si les faits sont têtus, le commentaire, lui, est libre. A moins que ce ne soit que pure invention de journalistes. En panne de mots ou d’imagination. Tiens, à propos de contrebande justement. Elle y est prédisposée en tant que ville frontalière.  Juste pour la parenthèse. Et honni soit qui mal y pense à l’évidence... Du côté du djebel ‘Asfour, les monts enneigés éclatants de blancheur disent toute la « fabulosité » des sites naturels. Conjugués en un « tryptique » de rêve : la synergie entre la forêt, la mer et la montagne. Et lorsque tous trois sont inondés par l’astre incandescent le regard est servi, obnubilé par tant de présents naturels majestueux. Que dis-je, une véritable offrande divine ciselée de main de maître de céans... Maître de l’univers par excellence. A croire que tout ici est justement excellence. Parce qu’il est écrit quelque part que Tlemcen a été et sera un pôle d’excellence. L’histoire étant un éternel recommencement. Tel ce centre des archives dont la réception est imminente. Les mille et un secrets d’une cité qui n’a pas fini d’en révéler. Même réputée pudique et puritaine.  Sans en porter les stigmates. Et Tlemcen en connaît plutôt un bout sur la question. Pour s’être frottée à une cascade de conquérants.
Amar Zentar

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Dib, Benmansour, Wassiny et les autres...
L e substrat culturel de la cité ne relève pas du mythe. C’est une réalité tangible. Traduite de manière magistrale par un écrivain de la trempe de Mohamed Dib paix à son âme. A qui on doit par exemple un ouvrage particulièrement significatif du penseur dont le roman culte « l’Incendie » traduit en plusieurs langues et porté à l’écran par Mustapha Badie. Merveilleuse adaptation au reste puisque l’engouement suscité alors par la diffusion au sein d’un large public illustrait parfaitement la dimension respective de l’écrivain et de
« l’adaptateur ». Un grand moment du petit écran qui s’est réconcilié avec le téléspectateur algérien. Grâce au talent conjugué des deux illustres personnalités. Avant que Latifa Benmansour et Wassiny Laaredj ne débarquent sans l’intention toutefois de faire de l’ombre à Dib le magnifique. Et à supposer même qu’ils aient cette intention louable en soi bien sûr, rien n’indique pour autant qu’ils effaceront de la mémoire collective un écrivain de sa trempe. Mais, bon, Latifa et Wassiny ne présentent pas non plus le même vécu au compteur... Bref, la capitale des Zianides est aux confluences de tous les possibles. Et de tous les imaginaires. Dont les trois auteurs constituent, chacun à sa manière, s’entend, une référence pour qui entend s’abreuver aux bonnes sources littéraires...
A. Z.

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Tlemcen dans l’histoire...
Abderrahim Benmansour en restitue la mémoire…
Pour mieux comprendre le passé d’une cité mieux vaut en référer à l’histoire. Et celle de Tlemcen est jonchée de reliefs et de bas reliefs… Autant alors donner la parole à l’un de ses enfants qui s’exprime ès qualités  pour en restituer  et les moments de gloire et ceux signant aussi la décadence. Car l’histoire est ainsi faite et l’Homme n’y peut rien. Puisque ici victime et là acteur sans qu’il  sache, toujours, maîtriser sa destinée. Paroles d’un témoin vigilant de son temps Benmansour Abderrahim. Toujours bon pied bon œil malgré les injures du temps… Ce militant de la première heure, arrêté en 57 lors de la grève des étudiants avec Ould Abbès, est diplômé de l’école pratique des écoles arabes, initié à l’école coranique, inspecteur d’enseignement et ex- directeur de la formation avant de prendre une retraite bien méritée et de continuer à cogiter…
 La narration prend son envol sur un premier écueil auquel se heurtent les historiens en général qui se sont intéressés à la genèse de cette cité « on ne connaît pas la date exacte de sa création ». Mais il existe tout de même « des indices » qui renseignent un tant soit peu sur le parcours de l’actuelle Tlemcen. A commencer par la présence phénicienne puisque « les Phéniciens remontaient la Tafna à partir de Rachgoun et de cap Karkar ». En attestent les grottes du vent ou en arabe dans le texte ghirane errih. Et selon les sociétés savantes « étendues jusqu’au pied du plateau de Lalla Setti, dixit Lab’al qui y a vécu « avant Sidi Boumediène » pour la précision. Quant à la première ville phénicienne érigée en ce site et contrairement à ce qu’affirment certains historiens « ce n’est pas Pomaria mais bel et bien de Djidar célèbre déjà pour y avoir vu le passage de Sidna Moussa », rectifie notre interlocuteur. Et la période romaine. A-t-elle été plus dense, plus prégnante sinon au moins plus longue de par son emprise sur la cité convoitée ? Rappel des faits  et honneur aux ecclésiastiques « c’est l’archevêque de Tlemcen Pomaria L’angelu qui a participé à la conquête de Carthage ».
Qui verra défiler en ses terres réputées « chastes » pas mal d’envahisseurs. « D’abord des païens avant que le christianisme ne s’en mêle… » Et en fasse une véritable garnison romaine. Qu’en est-il de la pénétration arabe et des foutouhate ? Il faut savoir à ce propos que lorsque Okba Ibn Nafaâ est passé par là « la ville lui a été tout simplement interdite » ; ce qui n’empêchera pas pour autant « la pénétration de l’islam vers les années 70 ». Pénétration qui prendra d’abord les formes de la dou’ate. « Drivée » par les Mou’taziline outre l’imamat kharédjite et les chiîtes. Pendant que les frères Idriss de la dynastie alaouite courtisaient Médine. Et pour cause ! Ils prônaient la doctrine chiîte zeidite « doctrine proche de la sunna » souligne notre vis-à-vis. Insurrection contre les Omeyyades sous la bannière de Zine Ben Ali Ben El Abidine. Ces derniers réputés
« proches des Mou’taziline bien que chiîtes » au demeurant. Les zones de turbulence maintiennent le cap si l’on ose dire avec le soulèvement de Hussein Elfakhi, d’où la légende de Moulay Idriss… sur la voie tracée par les géographes arabes pour mémoire. Par suite d’autres qabaiil mettront leur grain de sel ; les ghoraba de Koceila assiègent Tanger pour s’en retourner à Volubilis aux fins de « créer l’empire Idrisside ou royaume Souleiman ». Tout en sachant que son frère en a fait de même bien avant lui en s’installant du côté de Aïn-Haout. Qui a la particularité et non des moindres d’être
« la seule dynastie musulmane de la région ». Idriss y restera trois ans et son cousin germain deux. Il prendra d’ailleurs ses aises respectivement à Tlemcen, Djeraoua, Bouira, Ténès etc. Et voici que Tlemcen sera reconstruite par les Andalous… Cette même ironie qui verra l’émirat des fils de Souleiman « adopter le malékisme ». Et s’atteler à « islamiser les tribus zénètes ». Tout en investissant dans la formation. Feu Abderrahmane Djilani relève dans un de ses écrits consacrés à ce chapitre qu’on les « gratifiait volontiers de lait et d’œufs » aux fins de les attirer dans le giron « dominant ». Et les convaincre surtout du bien-fondé des conquêtes plus ou moins pacifiques… L’histoire étant également un éternel recommencement, les Fatimides débarquent. Dans le sillage de la disparition de Tlemcen avec « la création de A’chir, nouvelle capitale des Zianides. Nonobstant la fameuse rivalité entre Omeyyades, Andalous et Fatimides de Tunis. Climat tendu et haute pression. Entrée en lice de la dynastie des Bakhti, fusion des Zénètes et des Fatimides. Accélération de l’histoire. Abdelmoumen étudie à Tlemcen et étrenne son fameux dessein de la mourchida. Une constitution dont copie est encore au British Museum de Londres. Abdelmoumen gouverne Tlemcen, ne cèdera le trône qu’à l’avènement de Yaghmorassen des Beni Abdelouahab. Qui signe ainsil’avènement du régne fatimide ; Sidi Daoudi « pond » quatre ouvrages sur la question. Dont un de référence portant sur El-Boukhari. Entretemps Yaghmorassen, originaire des Traras pour mémoire, « perd le pouvoir ». On assiste à une aisance et un essor économiques sans précédent. Et le commerce de l’or « est florissant » tout simplement. Des caravanes entières et plutôt bien achalandées empruntent la route  à destination du Soudan. Seuls indésirables, Marseillais et Pisans… Et lors de cette période marquée par tous les voyants au vert pour parler moderne, Yaghmorassen l’Amazigh se fera un point d’honneur de « protéger tous les savants et surtout Ibn Merzouk et Sidi Boumediène…». Présence de beaucoup de zouaouas également relevée. Dont quelques têtes d’affiche tels Mechdali et Abu Yekhlef. Abu Abid, lui, construit la mosquée de Sidi Belhassen « matrice des Zianides » selon le bon mot de notre historien. Deux villes considérées non sans raison, comme « éclairées » : Cherchell des Senoussis intellos et Marazika des Okbani. Tandis qu’Abu Tachfin édifie la fameuse Tachfiniya, également connue comme « elmadarsa eldjadida ». «Le siège de Tlemcen durera huit ans ». Or et au vu de la férocité de la bataille « sur les 125. 000 hommes mobilisés pour sa défense il n’en restera que 1. 000 survivants ». C’est ce même carnage qui coûtera la vie au chef Ibn Tachfin
« assassiné dans son bain par son eunuque ». Le deuxième siège aura une durée plus éphémère puisqu’il s’achèvera deux ans après. Tlemcen est prise par Ali Abu Hachi qui voulait « réunifier le Maghreb ». Ses déboires ne sont pas finies pour autant puisqu’en regagnant Bejaïa,  par bateau, ses compagnons et lui seront « surpris par une violente tempête » dont il sortira miraculeusement indemne… Du moins telle est la version rapportée par Sid-Ahmed Bouali. Pour qui sonne le glas ? Toujours est-il  que le déclin s’annonce et s’installe « le dernier roi Zianide meurt à Madrid » Flash-back sur cette fresque tantôt idyllique parfois tragique « les premiers Phéniciens habitaient Tamerida dans des grottes au sud de Tlemcen sur le plateau de Lalla Setti ». Il va sans dire que l’histoire de Tlemcen fourmille de moments intenses et de monuments historiques dont les seules mosquées, « une quarantaine » pour la statistique, attestent de cette dimension foncièrement religieuse. Mais il n’y a pas que les édifices du culte pour en témoigner du fait que mausolées et autres musées conservent la mémoire collective. Telle la fameuse grande mosquée « construite par les Almoravides et achevée par les  Almohades  en 1130 »…  Enfin, après la décadence des Zianides, ce sont les Turcs qui débarqueront  avant de laisser place aux Français. L’émir Abdelkader organise la résistance et s’en va à la reconquête de Tlemcen par le traité de la Tafna en son article huit. Séduit par la capitale des Zianides il lui consacrera un beau poème « labaika Tilimsen ». Et nul n’est sans ignorer que la beauté est une source inépuisable de joie pour qui sait la découvrir…
Amar Zentar
 

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