mardi 21 janvier 2020 02:32:59

Réforme du marché financier Ismaïl Noureddine, président de la COSOB, affirme : «Une option pour sortir de l’économie d’endettement»

L’idée c’est de sortir d’un marché de valeurs mobilières pour aller vers un marché des instruments financiers, avec une loi cadre de modernisation. Il y a cet élargissement du champ qui touche aussi les acteurs.­

PUBLIE LE : 09-02-2012 | 0:00
D.R

 

Défi de taille. La réforme du marché financier en Algérie l’est à plus d’un titre. Longtemps livrée à elle-même, par ce plan de modernisation, la Place boursière est plus que jamais à l’ordre du jour. En fait, ce n’est pas rien, car son succès ou non sera en grande partie déterminant quant à la réussite ou non du plan quinquennal 2010/2014, qui place le développement des entreprises, public/privé, sans dichotomie, au cœur du développement économique. Mais si les entreprises ont besoin pour leur promotion d’un environnement assaini, il n’en demeure pas moins vrai que leur financement constitue une condition sine qua non sans laquelle aucun mouvement allant dans le sens de leur prospérité ne sera possible. Ainsi, après que le marché monétaire ait fait sa mue, le marché financier, qui est resté en marge de l’évolution qu’a connue le secteur bancaire ces dernières années, où circulent pourtant principalement les capitaux et les valeurs s’entend, amorce un changement qui lui restituera à terme ses lettres de noblesse mais surtout une place et un rôle par lesquels la Bourse fera corps tout autant avec le secteur financier qu’avec toute l’économie. La réforme entamée permettra de démocratiser littéralement la Bourse. Elle ambitionne d’emblée de lever toutes les contraintes pour permettre aux entreprises, et surtout les PME, de s’introduire massivement en Bourse et d’avoir un financement par le capital, pour qu’elles puissent grandir. Mais pour mener à bon port cette réforme, le président de la COSOB, M. Noureddine Ismaïl, insiste beaucoup sur la nécessité de l’accompagner par une loi-cadre, l’ancienne étant datée de 1993 et quelque peu caduque, quoiqu’on lui reconnaît le mérite d’avoir permis la naissance de la Bourse d’Alger. La modernisation de la Bourse et la mise à niveau de son dispositif réglementaire ainsi que l’amélioration du cadre institutionnel en général, tiennent également de la mobilisation de tous les acteurs institutionnels et des professionnels autour de la place pour qu’elle puisse enfin émerger comme place incontournable non seulement au plan local mais aussi régional, au regard du poids économique de l’Algérie dans le Maghreb voire même dans tout le continent, à la faveur d’un contexte économique favorable à sa consolidation. Il y a nécessité également de redéfinir les relations avec la justice et l’élargissement du pouvoir de contrôle et de supervision de la COSOB, appelée à jouer un rôle de gendarme de la place.  Sur toutes ces questions et bien d’autres, le président de la COSOB nous livre dans cet entretien exclusif accordé à El Moudjahid des éléments d’information et son analyse sur le contenu de la réforme et l’évolution du marché financier.

D’entrée, expliquez-nous pourquoi une réforme du marché financier ?
Il faut savoir que la réforme du marché financier découle d’une décision du gouvernement algérien, depuis l’année 2011. Cela fait partie du communiqué de la Présidence de la République, lors de l’audition du ministre des Finances par le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika où il était question du marché financier. Le Président Bouteflika a instruit le gouvernement pour développer et relancer le marché financier en Algérie et l’organiser, de telle sorte qu’on puisse mobiliser de l’épargne publique et institutionnelle et la mettre au service du développement aussi bien des entreprises que de l’économie, en général. C’est déjà l’expression d’une forte volonté politique, qui est affichée au plus haut niveau. Le ministre des Finances a été chargé de piloter le projet de réforme du marché financier. D’ailleurs, on n’a pas attendu, en réalité, cette décision, nous avons anticipé cette action depuis déjà maintenant 4 années. Personnellement, je travaille sur ce dossier et nous avons anticipé parce qu’il y a eu un grand travail d’étude, d’analyse et surtout de concertation de Place qui a été réalisé. Quand cette décision et instruction du Président de la République est venue, on était presque prêts et si avancés dans la formulation de la réforme du marché financier.

Comment a été entamé ce travail et est-ce que ce n’est pas un peu en retard par rapport au contexte et, surtout, à la dynamique de l’économie nationale?
A vrai dire, c’est compte tenu du contexte et de l’évolution de l’économie nationale qu’a été décidée cette réforme. C’est que, initialement, le gouvernement algérien a tenu à formuler un plan de développement sur 2010/2014, dont les principaux objectifs consistent à passer à une croissance durable, solide et une croissance diversifiée, si possible et surtout augmenter la part de la valeur ajoutée de l’industrie et de l’agriculture dans le PIB. L’aspect le plus important dans cette démarche consiste à améliorer la gouvernance des institutions et des entreprises. L’autre important objectif à retenir de ce plan quinquennal 2010/2014 c’est de réduire le chômage en deçà de 10%. Tout ça veut dire quoi en réalité ? Il faut mettre l’entreprise nationale aussi bien publique que privée, l’entreprise dans le sens général (banques, sociétés, PME…) au centre des préoccupations nationales et au centre de la politique publique, dans la perspective de créer de la richesse. Et, du coup, se pose justement le problème de financement du développement de ces entreprises et la contribution du marché financier.

Et donc cette réforme ambitionne de régler les contraintes de financement des entreprises ?
En effet, il faut comprendre que le développement du marché financier s’inscrit dans ce cadre. Notre souhait à travers cette réforme c’est d’augmenter la contribution du marché financier dans le financement des entreprises qui sont devenues l’axe central du développement économique national. Le financement direct par la mobilisation de l’épargne institutionnelle et des ménages pour la transformer et l’injecter dans l’économie pour soulager l’Etat, parce que, dans ce plan, il faut se préparer aussi, il ne faut pas que l’Etat continue éternellement à financer le développement du secteur économique. Ses ressources ne sont pas pérennes et les situations peuvent changer, il faut préparer les conditions pour que ce financement économique soit assuré par le marché financier principalement. La préservation des ressources de l’Etat permettra le financement des activités des infrastructures, de l’activité sociale, de l’éducation, de la formation, de la justice et de la sécurité… et le financement de l’économie sera assuré par le recyclage de cette épargne.

Si le financement de l’économie s’est fait jusque-là par l’Etat, c’est la faute à qui ?
Je voudrais ajouter une réflexion à ce niveau-là, après on va rentrer dans le détail. Nous pensons que la réforme du marché financier vise à augmenter la participation de la Bourse au financement de l’économie par la mobilisation de l’épargne publique et institutionnelle. Il faut savoir que cette réforme vient consolider les résultats déjà obtenus dans le cadre de la modernisation du secteur bancaire algérien. Il y a eu beaucoup d’actions dans le cadre de cette modernisation. Aussi, du fait que le marché financier est généralement composé du marché monétaire et du marché des capitaux, il est tout à fait clair qu’on ne peut pas développer un marché financier et un marché boursier si le secteur bancaire n’est pas développé et modernisé. C’est au regard de cela que l’action de modernisation du secteur bancaire a été menée à terme aujourd’hui par les pouvoirs publics. D’abord, il y a la modernisation du système de paiement, c’est quelque chose de très important. L’élargissement de l’intervention des agents financiers au leasing, au capital investissement et au développement de la banque en séance, c’est un axe très important aussi. A cela vient s’ajouter la dotation de la place d’instruments de garantie du crédit d’investissement. Aujourd’hui, on peut confirmer qu’après ce travail de modernisation du secteur bancaire mené par l’Etat depuis une décennie, les conditions juridiques, techniques et institutionnelles au niveau de la place sont relativement réunies pour permettre au secteur financier d’activer dans les conditions d’une économie de marché. Parce qu’effectivement, le développement du marché financier doit être porté par ce marché bancaire et économique moderne. Les banques ne sont plus dans une situation comme dans celle où elles étaient dans le temps.

Qu’est-ce qui reste à faire donc après que cette réforme bancaire est arrivée à maturité ?
En fait, actuellement, le secteur bancaire a réalisé l’essentiel de sa réforme de modernisation et de gouvernance. N’oubliez pas qu’on a une quinzaine de banques privées, maintenant le secteur est ouvert. Nous avons des acteurs actifs, banques et établissements financiers qui appartiennent à des capitaux étrangers. Ils activent dans les mêmes conditions que les banques publiques. Elles sont supervisées par la Banque d’Algérie et sont soumises aux mêmes règles. C’est quand même une avancée très importante. En 1999, quand on a démarré l’activité de la Bourse d’Alger, il n’y avait pas de banques privées, mais on a tout de même fait avec. Il faut reconnaître que les banques publiques aussi ont joué le jeu. Elles ont financé la Bourse d’Alger. Elles nous ont accompagné dans le développement du dépositaire central et dans la création des intermédiaires en opérations de bourse. Les banques publiques ont déjà joué un rôle. Aujourd’hui, les conditions sont tellement avancées et améliorées que c’est vraiment le moment de relancer le marché financier et de le mettre au diapason. A partir de là, on va devoir maintenant parler de financement bancaire et de financement par le biais du marché et nous pensons même que maintenant les banques vont pouvoir travailler ensemble pour développer le marché financier.  Principalement, l’aspect qui nous intéresse dans ce domaine, c’est le développement des services d’investissement pour lequel nous avons vraiment pris du retard, c’est-à-dire l’accompagnement des entreprises pour s’introduire en Bourse. C’est le fer de lance de cette réforme. Mais pour ce faire, il y a beaucoup de dispositions à prendre sur le plan réglementaire, sur le plan technique et sur le plan organisationnel. Ce qu’on vise réellement c’est promouvoir le maximum d’acteurs professionnels seuls ou en partenariat dans le domaine des services à l’investissement. Justement, pour pouvoir accompagner les entreprises et réaliser un peu l’évaluation, le conseil financier, le conseil juridique, l’information financière, la gestion des actifs, la gestion de portefeuille, bien sûr, et tous les services d’investissement nécessaires  au développement, et ça c’est un axe majeur sur lequel nous insistons. Pour cela, nous comptons beaucoup sur ce secteur bancaire et financier qui a fait sa mue et qui s’est modernisé. On a beaucoup de signaux des étrangers qui viennent nous voir et qui sont très intéressés par la création d’activités d’intermédiation en Bourse. Et l’idée pour nous, maintenant, c’est justement de mettre en place le cadre législatif et réglementaire le plus ouvert, le plus sécurisé pour justement permettre à cette activité de se développer.

Cela sera fait en combien de temps et est-ce que vous vous êtes fixé un échéancier ?
C’est en cours. L’ouverture de ces activités au niveau de la place doit s’accompagner aussi par le renforcement de la supervision ; n’oubliez pas que quand vous ouvrez cette activité à des centaines d’intermédiaires en opération de Bourse, vous êtes tenu de réorganiser chaque métier, cela veut dire aussi qu’on va identifier les risques que chaque métier peut apporter, notamment les risques financier, opérationnel et déontologique. Il s’agit de savoir qu’est-ce que chaque métier bien précis introduit comme risque. En faisant ça, on va pouvoir les superviser par la COSOB, bien sûr, revue et reformulée et dont les missions seront élargies, certainement, en matière de contrôle et de supervision, tout en libérant sur le terrain les acteurs pour qu’ils activent, innovent, se professionnalisent et pour qu’ils créent des choses et ramènent des opportunités à la Bourse d’Alger. Les libérer dans un cadre réglementaire précis et transparent, de telle sorte que la supervision qui sera assurée par la COSOB permettra justement de suivre en permanence et de voir si certains génèrent des risques financiers acceptables.

La COSOB jouera un peu le rôle du gendarme de la place ?
Oui, mais tout en ouvrant et en mobilisant toute l’expertise au niveau national. Nous avons une expertise nationale très forte en Algérie, il y a des gens qui sont très forts dans les domaines de l’ingénierie financière, du droit, de l’évaluation... Ce qu’ils attendent, c’est simplement un cadre opérationnel et juridique très ouvert et approprié pour qu’ils puissent activer librement. A travers cette réforme on assurera le pont avec l’autorité de la supervision.

Y a-t-il d’autres axes de changement, sur les plans technique, logistique et des ressources humaines par exemple ?
Sur ces plans-là il n’y a pas vraiment beaucoup de problèmes. Par contre, il y a des pistes de réflexion qu’on est en train de travailler avec une expertise internationale, mais ça reste au stade des propositions. Ce n’est pas encore validé. L’idée principale c’est qu’il faut rapidement faire rentrer des nouveaux acteurs sur le marché financier afin d’atteindre une masse critique au niveau de la Bourse d’Alger. Actuellement, nous avons trois entreprises cotées à la Bourse d’Alger et sept intermédiaires en opération de Bourse, principalement les banques publiques. Nous voulons avoir des centaines d’entreprises à la Bourse d’Alger. Nous avons, quand même, des milliers d’entreprises privées et publiques en Algérie.

Mais comment se fait-il que ces entreprises ne viennent pas, alors que la Bourse existe depuis quinze ans ?
Non, là vous voulez qu’on parle de bilan, moi je voudrais bien continuer à parler de la réforme. Je voudrais dire que nous visons cette masse critique pour permettre une viabilité du marché et l’autofinancement des investisseurs. Au niveau des émetteurs, il faut permettre l’entrée en Bourse de nombreux émetteurs par le biais de la privatisation des groupes privés ou même la PME puisqu’elle a maintenant la possibilité de s’introduire à la Bourse d’Alger. Les intermédiaires financiers et investisseurs, c’est nécessaire aussi de les encourager à activer dans ce domaine et ceci, bien sûr, doit être accompagné par une révision de l’édifice juridique de la loi qui régit le marché financier qui est ancienne et inachevée. Elle date de 1993, elle définit un peu la Bourse des valeurs mobilière comme étant quatre institutions, elle est seulement réservée à la Bourse et ne parle que de valeurs mobilières. Et puis, il y a aussi un schéma organisationnel et fonctionnel du marché. On doit arrêter un modèle de fonctionnement et d’organisation du marché financier avant la fin de cette année pour justement montrer quels sont la place et le rôle de chaque acteur, de chaque autorité et de chaque intervenant. Le marché financier n’est pas l’affaire seulement de la COSOB et de la Bourse. Ceux qui font le marché financier, ce sont les parties prenantes, ce sont les banques, les intermédiaires, les entreprises… Ce sont eux qui doivent accompagner les entreprises, ramener les opportunités et la COSOB et la Bourse sont là à leur disposition. La COSOB pour les avis de conformité et les aspects techniques et eux, c’est l’opportunité, et c’est l’actionnaire qui décide.  Et, enfin, le risque c’est le marché qui doit prendre le risque en appréciant exactement la situation de l’entreprise, ses chiffres anciens et ses chiffres futurs et puis analyser un peu pour prendre ou pas la décision d’investir, en fonction des risques. On a parlé de l’édifice législatif, le modèle d’organisation et de fonctionnement du marché financier, principalement, ce sont les grands axes. Les grandes pistes qui ont été un peu définies. Pour être un peu plus précis, en matière de pistes de réflexion et de conception qui sont à l’étude sous forme de propositions qui seront soumises à l’expert, à la place et aux autorités, ce n’est pas encore réglé, mais nous avons quand même des pistes, on voudrait aussi le dire aujourd’hui pour les partager avec le grand public, avec la place et avec les professionnels. L’idée fondamentale, c’est que ce changement doit être accompagné par une loi-cadre de modernisation du marché financier.
Cette loi vise quoi ? Elle vise à accompagner le développement du marché financier. Elle vise à instrumentaliser le modèle d’organisation et de fonctionnement du marché financier, à lui donner le cadre juridique et bien sûr cette loi vise à élargir le champ d’application à tous les instruments financiers et non pas seulement aux valeurs mobilières. Je précise, les instruments financiers négociés au niveau du marché monétaire ne sont pas concernés, ils resteront au niveau du marché monétaire supervisé par la Banque d’Algérie. Tous les autres instruments financiers ; les valeurs mobilières  qui sont définies par le code de commerce, les valeurs de l’Etat qui sont définies par la loi de finances et, enfin, tous les instruments financiers qui seront structurés et présentés par la place et par les professionnels. C’est ouvert à l’innovation, aux besoins de la place et il y aura une commission ; c’est la commission du marché financier qui doit dire effectivement si ces instruments sont bons ou pas. Elle peut les réglementer et les définir et transiger au niveau du marché financier en Algérie. L’idée, c’est de sortir d’un marché de valeurs mobilières pour aller vers un marché des instruments financiers, avec une loi-cadre de modernisation. Il y a cet élargissement du champ qui touche aussi les acteurs qui travaillent sur les titres comme les commissaires aux comptes qui travaillent sur les sociétés émettrices, comme les conseillers juridiques et toutes les sociétés, donc ça donne une meilleure visibilité à ce niveau-là. Ce sont des pistes de réflexion et de conception qui sont mises sur table.

Est-ce suffisant pour consolider la Place ?
Absolument. Il s’agit non seulement de consolider, mais de répondre à des attentes et aux besoins de la Place. Jusque-là, les seuls produits qu’on peut échanger sur le marché financier, ce sont les valeurs mobilières. Lorsque vous présentez un produit, on vous dit : ah ! ça ce n’est pas une valeur mobilière, donc il ne sera pas échangé et, du coup, vous ne pouvez  pas répondre aux besoins de la Place, quand ils vous ramènent un produit nouveau, quand ils innovent ou quand ils ont besoin, quand ils structurent un nouveau produit conformément aux besoins de l’émetteur et de la Place, etc. et ça nous l’avons pas inventé, c’est une pratique internationale qui existe dans beaucoup de marchés.

Il s’agit donc aussi de standardiser les pratiques ?
Nous essayons de nous rapprocher des pratiques internationales dans ce domaine. A cela vient s’ajouter l’aspect lié au droit substantiel plus élaboré ou les textes subalternes si vous voulez. Cela suppose qu’il faut avoir un cadre réglementaire et de supervision ouvert et incitatif aux nouveaux investisseurs et aux nouveaux acteurs ?

C’est-à-dire ?
Il y a des aspects opérationnels et de terrain, il ne faut pas les mettre dans la loi, il faut les mettre dans un cadre réglementaire plus bas pour qu’on puisse les changer au besoin. Dans la loi, on mettra seulement les aspects juridiques de base et de principe qui guident le marché financier. Mais les aspects techniques et opérationnels qui sont liés au mouvement et à la dynamique du marché, ça serait bien de les avoir toujours dans un cadre réglementaire de supervision et on a bien dit, il faut que ce cadre réglementaire soit ouvert et incitatif pour que justement les acteurs puissent s’installer et travailler en toute tranquillité. Il y a aussi une recommandation forte sur laquelle nous sommes en train de travailler, elle consiste à renforcer la relation de la commission avec les juges et la justice en général. Et ces aspects-là doivent être développés, notamment en ce qui concerne l’obligation pour la COSOB d’informer dans les plus brefs délais le juge de tout crime ou délit boursier dont il prend connaissance.

Nous avons des magistrats compétents dans ce domaine ?
Oui, et c’est ce que nous sommes en train de développer. Il faut aussi veiller à séparer les pouvoirs de la commission, ce qu’on appelle collège et chambre disciplinaire. Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais il y a aussi la nécessité de doter la COSOB d’un pouvoir d’injonction direct, qu’elle n’a pas aujourd’hui pour lui permettre d’ordonner directement, sans recours au juge, qu’il soit mis fin aux pratiques contraires aux dispositions de la législation et de la réglementation en vigueur. Donc, s’il y a un doute sur une pratique donnée, la commission doit intervenir et fermer le bureau de l’acteur. L’ouverture de l’activité à des centaines d’acteurs nécessite que la commission ait cette possibilité de pouvoir gérer la situation surtout en cas de délit grave et de situation anormale. Je m’arrête là, je ne veux pas vous encombrer davantage avec d’autres détails.

Quel bilan faite-vous de la réfomre ?
Personnellement, je suis confiant. Je travaille sur ça depuis plus de cinq ans. Je vous assure que cela a été un véritable parcours du combattant. Un travail très laborieux. Cela a été fait d’abord avec la place et les acteurs, les banques, les établissements financiers, la Banque d’Algérie, la direction générale du Trésor, les ministères aussi, et la place a convenu justement d’un plan de développement et de modernisation. Donc, on a commencé par quoi pour arriver à cette réforme ? Nous avons commencé par faire un bilan, un état des lieux.

Cela n’a pas été reluisant, il faut quand même l’admettre ?
Absolument. C’est la faute à l’environnement surtout. Nous pensons effectivement que le bilan a été peu reluisant, nous l’avons fait sans complaisance, aucune. Nous sommes dans une situation embryonnaire, on fonctionne selon un modèle d’organisation qui date de 1993. C’est un modèle un peu désuet. En réalité, il nous a un peu ralentis dans notre dynamique, mais ne nous a pas empêchés de travailler, et il y a eu beaucoup de réalisations ; l’infrastructure boursière a été réalisée globalement, la Bourse est là et tourne avec des systèmes informatiques fiables, avec des jeunes très performants, le dépositaire central et la commission est fonctionnelle, les intermédiaires au niveau des banques ont été organisés… A ce niveau-là, c’est vrai que nos banques n’ont pas pris cette activité comme une priorité, elles l’ont exercé à la marge  de leur corps de métier. Vous savez principalement, ce sont des banques mais cette activité de marché est nouvelle pour elles. Cependant, elles ont fait beaucoup d’efforts pour maîtriser par exemple toute la partie de négociation. Cela veut dire que celui qui a vendu son titre récupère aussitôt son argent, celui qui a acheté récupère aussitôt son titre. Donc sur ce plan-là, les choses marchent. On a réussi aussi des opérations de placement sur le marché primaire, aussi bien pour des actions que pour des obligations et toutes les opérations qu’on a réalisées sur le marché primaire et même sur le marché secondaire après ont été des succès, même en 99/2000, avec Erriadh Sétif, Saidal et El Aurassi, et la dernière en 2011 avec Alliance Assurance. C’est pour dire que le dispositif boursier actuellement en Algérie, même s’il n’est pas très moderne, il reste fiable et tourne. Il gagnerait certainement à être bien modernisé et mis à niveau.  Par exemple, on fait une offre publique de vente, généralement entre le visa et l’introduction en Bourse, cela prend beaucoup de temps, parfois ça prend même trois à quatre mois. Nos experts nous ont dit que ce n’est pas normal et que si vous voulez avoir des centaines de titres d’entreprises, il faut que cette opération de vente sur le marché primaire et d’introduction en Bourse soit raccourcie à deux semaines et si possible comme cela se fait dans les marché modernes. On doit travailler pour pouvoir réaliser les conditions afin justement d’accélérer les émissions sur le marché primaire et introduction en Bourse.

On vous reproche aussi de ne pas être assez visible ; est-ce que sur le plan de la communication et du marketing, vous serez désormais plus offensif ?
Certainement. Il y a des choses à faire dans le domaine de la communication. Mais tout le problème n’est pas là. Je ne pense pas que des Algériens ignorent que la Bourse existe. Les Algériens ont des réserves en revanche sur le fait que le projet de la Bourse n’a pas été consolidé et que sa modernisation a pris du temps, ça tout le monde nous le reproche. C’est vrai, tout le monde nous reproche pourquoi on a été relativement lent. Pourquoi ces dix dernières années on a continué à  fonctionner avec trois titres. En effet, ce n’est pas normal qu’une Bourse d’un pays aussi grand que l’Algérie, avec une économie aussi forte et dans une région aussi dynamique, n’est pas parvenu à se placer comme un marché financier de dimension régionale.  Et là on a pris du retard, nos voisins ont compris et ont été beaucoup plus vite que nous. Cet aspect là, tout le monde nous le reproche, mais  il y a un contexte et un environnement institutionnel, économique et politique qui a fait qu’on fonctionne avec. Maintenant que les choses sont arrivées à maturité, l’orientation politique est claire, la volonté politique affichée ouvertement, eh bien ! on est prêt. La preuve, on a même anticipé. On a toujours cru au marché financier  et à son développement et au rôle de ce marché.  On a trouvé anormal que les entreprises restent encore toujours fermées et qu’elles soient toujours financées par les banques et par l’endettement. Nous sommes toujours dans une économie d’endettement, il faut qu’on sorte et qu’on aille vers une économie de marché. Si l’on veut émerger, il faut qu’on dispose d’un marché de capitaux moderne et développé pour justement avoir notre place dans la sphère internationale et défendre nos intérêts économiques.
L’Algérie dispose actuellement d’une économie relativement ouverte, cela veut dire qu’il y a des entreprises privées qui travaillent chez nous dans tous les domaines d’ailleurs, qui appartiennent à 100% à des capitaux étrangers et on a de la marchandise étrangère. Du coup l’économie algérienne est presque relativement ouverte et en face on a des entreprises complètement fermées, c’est anormal. Il faudra donc que ces entreprises aussi suivent l’ouverture de l’économie nationale, pour en profiter.
Nos en entreprises aujourd’hui vivent une situation un peu spéciale, en réalité l’Etat les a aidées et assainies, les banques leur donnent des crédits vraiment à des taux très bas, bonifiés, crédits à l’investissement, mais le besoin du marché financier est là. C’est vrai aussi qu’elles n’ont pas besoin de ressources de financement mais elles auront surtout et toujours, aujourd’hui plus qu’avant, besoin d’une bonne gouvernance. Il leur faut des partenaires stratégiques pour aller vers de nouveaux marchés, il leur faut des partenaires stratégiques pour maîtriser la technologie, elles ne peuvent pas la faire seuls. Cette ouverture doit permettre aux entreprises publiques et privées algériennes de s’ouvrir et de profiter de cette ouverture par des réalisations de partenariat ; des fusions, acquisitions et ouvertures de capital par  le biais du marché financier.

Est-ce qu’on peu dire que toutes les contraintes sont désormais levées ?
Les contraintes sont levées dans le sens où aujourd’hui les conditions sont réunies pour que justement on réanime et réorganise le marché financier. Les conditions politiques et financières, dans le cadre de la réforme, on est en train de travailler. Le ministère a donné le feu vert pour l’introduction des PME en Bourse. Ça, c’est une action à très court terme qui va être réalisée.

Les PME vont aller vers la Bourse, oui ou non ?
Si elles ne viennent pas, cela voudra dire que les banques privées et publiques ne jouent pas leur rôle. Parce qu’actuellement il n’y a aucune contrainte. Nous avons défini une procédure tellement simple, tellement pratique qui consiste à demander aux banques et aux établissements financiers de la place, de faire la promotion des PME en Bourse. C’est à eux de les ramener, la route est ouverte, ils n’ont qu’à ramener la PME. C’est à eux de les accompagner comme promoteurs.  La banque n’est pas un promoteur pour rien, elle prend des commissions, donc nécessairement doit s’engager sur l’information qui est communiquée à la Place. Tous les chiffres qui seraient communiqués doivent être fiables. N’oublions pas que la PME qui viendra à la Bourse d’Alger sera en général une PME domiciliée dans cette banque qui connaît ses activités, l’évolution de son chiffre d’affaires, son avenir et son passé et du coup la banque et l’établissement financier peut s’engager avec la PME et la ramener en Bourse pour faire une augmentation de capital, pour lever des fonds longs par le biais d’introduction des fonds d’investissements des banques dans le capital. Il suffit d’avoir des fonds, une compagnie d’assurance, banques, un fonds d’investissement… pour être coté en Bourse. Cela veut dire que ça donne lieu à un échange de titres au niveau de la Bourse d’Alger. Cette technique est internationale, nous l’avons adoptée parce qu’elle a réussi ailleurs, et elle est très simple et répond à un besoin urgent. Le gouvernement est en train de travailler sur un programme d’accompagnement et de mise à niveau de la PME d’une grande dimension avec l’Union européenne, et d’autres soutiens. Les PME qui réussissent ces programmes de mise à niveau, auront en principe automatiquement la possibilité d’aller en Bourse pour s’accroître grâce à la Bourse. Celle qui réussi ce passage de mise à niveau, je pense aussi qu’elle peut réussir une bonne carrière au niveau de la Bourse.

Au final, ce changement n’est pas seulement destiné à redorer le blason de la Bourse ?
Non, ce n’est pas pour redorer le blason de la Bourse. Au contraire, c’est pour accompagner le gouvernement dans sa politique et sa volonté de développer les entreprises et d’en faire le centre des préoccupations. La contribution du marché financier à ce niveau-là est concrète et va directement dans ce sens.

Est-ce que vous avez déjà des échos par rapport à l’annonce qui a été faite de relancer la Bourse ?
Pour l’ouverture de la Bourse à la PME ? D’abord, ce règlement général de la Bourse, c’est la COSOB qui l’a proposé au ministre des Finances après plusieurs réunions avec la Place et les professionnels et ça fait l’objet d’un grand débat entre professionnels, en plus on est allés aussi visiter d’autres marchés pour voir exactement dans quel cas ça a marché et dans quel autre cas ça n’a pas marché.
C’est fort de ce débat de cette contradiction et fort aussi de la connaissance de l’expérience des autres pays que nous avons proposé justement le nouveau règlement général de la Bourse d’Alger et qui consiste à dédier un compartiment aux PME et un compartiment pour la négociation des OAT (obligations assimilables du Trésor), c’est pour vous dire qu’il y a eu un grand plus. Ce que je suis en train de vous parler depuis tout à l’heure c’est une réforme à moyen terme qui vise à redéfinir le modèle de fonctionnement et d’organisation du marché financier. Même les relations entre les interfaces les autorités, entre les acteurs, le rôle et les missions de chacun seront bien précisés. Pour que tout le monde se mette au pas, que tous concourent à la réalisation du développement de ce marché financier. Aujourd’hui tout le monde est unanime à dire que la Bourse aujourd’hui est, malheureusement, déconnectée du monde des affaires. Elle n’est pas consultée, associée, et n’est pas impliquée, elle ne participe pas au monde des affaires.

Pourquoi ?
C’est lié aussi au modèle de fonctionnement actuel. La Bourse et les institutions de Bourse sont, en termes de position et de place, à la marge du monde des affaires et du monde économique. Ils sont là, la Bourse et le marché financier, quand on en a besoin on se rappelle qu’il y a une Bourse. Non, il faut que la Bourse et les autorités du marché financier et toutes les institutions s’y rattachant soient positionnées au cœur du monde économique et bancaire. Il faut que ça soit le moteur de la croissance. C’est le marché financier qui va permettre le financement des entreprises qui tirent la croissance et de grandir en transformant l’épargne en développement et de distribuer les dividendes. Du coup c’est une création de la richesse et de la valeur qui passe par l’entreprise et qui nécessairement a besoin d’un marché financier au cœur de la Place et non pas à la marge. Pour repositionner la Bourse et ses institutions au centre de l’activité bancaire et économique, comme instrument d’ouverture où on peut mesurer le degré d’ouverture du marché. C’est là où on va voir qui fait quoi.

Est-ce qu’il y a de l’intérêt de la part des sociétés étrangères pour cette réforme ?
Absolument. Il est immense. Elles sont inquiètes et intégrées, elles se posent la question pourquoi on est si lent dans le développement du marché financier. On les reçoit, celles qui sont déjà en place, sont le relais de celles qui sont dehors et c’est grâce à celles qui sont déjà en place que celles qui sont à l’étranger apprennent qu’il y a une dynamique de modernisation du marché financier et qu’il vaut mieux se placer dès maintenant en essayant de voir quels sont les objectifs nationaux pour réaliser tout ça. N’oublions pas que le terrain est complètement vierge dans ce domaine. Cela veut dire que pour cette activité, je peux vous assurer qu’elle ne se réalisera que si le problème de l’environnement professionnel se règle. Ce sont les professionnels qui font la Bourse, la COSOB ne peut pas être juge et partie.

Qu’allez-vous  faire dans le domaine de la communication ?
Il faut avoir de la matière d’abord. On ne va pas aller vers les gens pour leur dire on va faire. Non, il faut dire aux gens voilà ce qu’on fait, dites-nous ce que vous en pensez, est-ce que vous adhérez ou pas, c’est mieux que de leur dire je vais réaliser. En plus, je tiens à préciser à cette occasion qu’en matière de communication nous avons un plan d’information et de formation, qui a été arrêté dans le cadre de la réforme qu’on va commencer ce mois, ou au cours du mois de mars. On a d’ailleurs, un expert en communication. Le plan s’articule sur trois grandes actions, d’abord une grande action en direction de la communauté universitaire. Nous avons l’intention de regrouper les universités algériennes (36 en tout), tous les enseignants qui enseignent finances, économie et commerce, on fera un regroupement ici à Alger, on en fera un, deux ou trois, selon le cas. Ce regroupement servira à quoi ? A les informer d’abord sur l’état d’avancement du marché financier ; les consulter, les associer au débat et les sensibiliser sur l’importance de l’enjeu qui est de taille et troisièmement ils vont être notre support et notre réseau à l’intérieur du pays pour développer les métiers de ce service d’investissement et pour servir de Front Office. La deuxième action va à l’endroit de la presse nationale. Nous allons associer les médias pour justement les amener à nous accompagner et à nous aider à expliquer au grand public. La troisième action concerne les entreprises et bien sûr, les banques et les établissements financiers, avec lesquels nous sommes en relation permanente. C’est notre programme d’action déjà établi et que nous allons réaliser pendant les six mois à venir. Il est fort possible qu’on retienne un schéma ouvert qui permettra la mobilisation de toute l’expertise économique et financière qui existe dans toutes nos universités et grandes écoles. Il y va de l’image de la Bourse. Il faut que cette réforme soit une vraie grande réforme nationale qui rétablisse la confiance et la crédibilité de la Bourse d’Alger avec le grand public et qui rétablisse le lien avec les professionnels et les autorités.

En conclusion, on va dire que 2012 ce n’est pas uniquement  l’année de la réforme pour la Bourse mais aussi et surtout  le démarrage d’une nouvelle étape pour son avenir ?
Ecoutez, nous travaillons sur divers horizons, il y a le court terme, le règlement général vient d’être changé, les PME, on va tout faire pour qu’elles puissent s’introduire en Bourse et sensibiliser les banques pour qu’elles fassent leur travail. Nous avons des intentions de sociétés privées à capitaux étrangers, d’ouvrir leur capital par la Bourse. On en a trois ; nous avons Alliance assurance,  c’est un partenaire étranger qui doit réaliser une compagnie d’assurance vie pour les personnes et elle ne peut la réaliser qu’à 49%, donc nous pensons qu’ayant réalisé déjà cette activité, elle peut créer une société et au niveau de la Bourse il va y avoir peut-être la levée des 51% qui lui reste du partenaire national. On a NCA Rouiba, qui lui a des partenaires étrangers, qui détiennent à peu près 30% du capital, ses partenaires veulent sortir, ils veulent vendre et aller acheter ailleurs, peut-être même en Algérie. Pour un étranger pour vendre ses actions, il doit d’abord informer l’Etat pour qu’il puisse exercer son droit de préemption, toute vente d’actions d’étrangers en Algérie tombe sous le droit de préemption de l’Etat qui dit oui ou non, on achète ou on n’achète pas, dès que l’Etat se désiste c’est bon. Nous, on est en train de regarder la question parce que si ce partenaire étranger veut sortir et si en plus il sort par le biais de la Bourse, cela veut dire qu’il vend  les 30% qu’il a, au grand public algérien, et du coup c’est possible que l’Etat cède son droit de préemption au grand public. Troisième idée, établissements financiers et banques publiques et privées, certains veulent ouvrir leur capital et il y a un problème avec la loi monnaie et crédit parce que quand il y a un changement d’actionnariat il faut demander l’avis du Conseil de la monnaie et du crédit, du gouverneur de la Banque d’Algérie. Et nous disons ce n’est pas possible, quand une banque ou un établissement financier entre en Bourse, il faut laisser le mouvement des capitaux relativement libre, mais nous proposons au Conseil de la monnaie et du crédit d’examiner la possibilité de se contenter d’un seuil significatif, si le concerné détient 3% et qu’il veut les dépasser, là il faut demander l’avis du Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie pour que la transaction s’exécute à la Bourse d’Alger.

Un dernier mot peut-être ?
Nous sommes sur la lancée. Je pense que tout le monde sera mobilisé. La réforme est en bonne voie. On vient de terminer une première étape d’évaluation qui a permis d’identifier beaucoup de pistes de réflexion et de conception. Nous avons fait notre bilan, nous engageons ce mois-ci la deuxième étape qui consiste en la conception du modèle de fonctionnement et d’organisation du marché financier. Je pense que vers le mois du carême ou à la rentrée, on aura défini les contours de ce nouveau modèle et on commencera à partir de là la mise en œuvre.
­­Entretien réalisé
par Farid Bouyahia                 


 

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