mardi 22 mai 2012 21:57:47

Entretien avec Mustapha Zebdi, président de l’association Algérienne de protection et d’orientation du consommateur : “Préserver les droits du citoyen”

"Nous sollicitons les autorités pour mettre à notre disposition un bureau, même pas un siège, pour pouvoir écouter et prendre en charge les requêtes du consommateur"

PUBLIE LE : 08-02-2012 | 0:00
D.R

El Moudjahid : L’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur  a été  créée depuis plus d’une année, mais elle affiche d’ores et déjà la couleur et tente de faire du bruit  sur le terrain…
M. Zebdi Mustapha :
Nous sommes, en effet, une jeune association qui a vu le jour officiellement en septembre dernier, mais nous n’avons pas attendu l’agrément pour occuper le terrain. Nous avons commencé à activer avec le récépissé qui nous a été remis après avoir déposé le dossier. On s’est fixé des objectifs  pour la protection des intérêts moraux du consommateur qui reste  souvent un cobaye. Aussi, on s’attelle à orienter le consommateur dans ses choix, comment tracer ses priorités, améliorer la qualité des biens de consommation et des services, travailler à la réduction des cas de fraude et de tromperie dans les produits et les services. Il s’agit beaucoup plus pour nous de créer un environnement sain pour faciliter la vie au consommateur.

Quel constat faites-vous de la protection du consommateur de manière générale dans notre pays ?
Le constat est amer, c’est le moins qu’on puisse dire. Nous avons organisé des portes ouvertes et participé à d’autres, sur invitation d’autres organismes, notamment le ministère du Commerce, et on est ressorti avec la ferme conviction que le degré de culture du consommateur est  tout juste moyen. Nous avons  reçu une moyenne de dix requêtes des consommateurs. Elles portent toutes sur le manque d’hygiène et de salubrité dans les restaurants et les   locaux de fast-food.
Toujours est-il que la part du lion revient au secteur de l’automobile, et plus particulièrement les concessionnaires automobiles qui font fi de la réglementation en vigueur pour l’achat  et la vente de véhicules neufs ; délais de livraison, apport initial fixé à 10% ; pourtant, certains concessionnaires  vont jusqu’à exiger 50% du prix du véhicule. Nous avons traité également deux autres requêtes relatives à la qualité du carburant commercialisé, en l’occurrence l’essence sans plomb. Nous avons discuté avec plusieurs conducteurs qui nous ont   confirmé que leurs véhicules  avaient du mal à démarrer à froid.  Notre association a fait une enquête auprès de certaines stations d’essence et même de services après-vente de quelques concessionnaires.  Des automobilistes ont demandé réparation de leurs véhicules. Les services après-vente enregistrent, pour leur part, une moyenne de 30 à 40 personnes concernées par ce problème technique. Au niveau des staions-service, on a remarqué  que les conducteurs boudaient l’essence sans plomb. Face à cet état de fait, nous avons pris attache avec la direction de Naftal,  il y a une dizaine de jours. Elle nous a appris qu’une enquête est ouverte dans ce sens pour identifier le problème. S’agirait-il d’une défaillance technique des véhicules ou de la qualité du carburant qui est remise en cause ?

A l’approche du Mawlid Ennabaoui, on a remarqué, comme chaque année,  de véritables bombes commercialisées sur le marché avec tous les risques encourus par le consommateur…
Effectivement, dans chaque coin de rue, nous avons remarqué des vendeurs de produits pyrotechniques avec tous les dangers qu’ils représentent. Pourtant, les lois interdisent ce type de commerce. Nous en avons fait une priorité les jours qui ont précédé la fête.
Nous avons axé nos actions sur la sensibilisation. Nous avons ainsi sollicité le ministère des Affaires religieuses pour consacrer le prêche de vendredi aux produits  pyrotechniques. Une action, faut-il le signaler, qui s’ajoute  aux communiqués de presse que nous avons envoyés pour sensibiliser les parents.

Quelles sont les difficultés que rencontre votre association ?
 On tente d’avoir un grand nombre d’adhérents pour toucher tous les quartiers. Il existe un problème de bénévolat en Algérie. Il faut dire aussi  que nous avons du pain sur la planche, d’autant plus que nous sommes la seule association de protection du consommateur à Alger. Nous aspirons à créer une culture de consommation qui fait défaut chez l’Algérien.
Nous travaillons en collaboration avec la Direction du commerce de la wilaya d’Alger. Nous avons participé à une journée de sensibilisation, organisée, en décembre dernier, à l’Université de Bouzaréah.

Un dernier mot…
Il existe un grand vide en termes d’associations de protection du consommateur à Alger qui compte,  aujourd’hui, près de 3 millions d’habitants. La création de notre association répond au souci de contribuer à l’émergence d’une culture de consommation.  Face au manque de moyens humains et matériels, nous nous armons de bonne volonté.
Nous sollicitons les autorités  pour mettre à notre disposition un bureau, même pas un siège, pour pouvoir écouter et prendre en charge les requêtes du consommateur et  éventuellement l’orienter pour s’informer sur ses droits et dénoncer tout produit défectueux ou impropre à la consommation et toutes les prestations de mauvaise qualité.
Propos recueillis
par Samia D.


 

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