Si la violence, au sens entier du terme, n’est pas un phénoméne spécifique à l’Algérie, en revanche cela ne doit point prêter le flanc à quelque laxisme en la matière. Car, dans tous les cas de figure, et, cela est valable sous toutes les latitudes, mieux vaut prévenir que guérir. D’autant plus que les statistiques communiquées par les services compétents du darak elwatani et de la police sont effarantes. Ainsi, la tendance générale qui se dégage à la lecture de ces données est qu’il y a péril en la demeure. Tant les armes blanches, pourtant dûment prohibées par la loi, ne se contentent plus de circuler sous le manteau. Et s’il est clairement admis que nul n’a droit de se faire justice lui-même et que force doit rester à la loi pour paraphraser les juristes, dans la réalité, il en va tout autrement. Aussi bien au Centre puisque la capitale détient la palme avec ses effarants 30% d’individus arrêtés pour port d’armes blanches, coups et blessures volontaires. Dans ce hit parade, oserait-on dire, et sur ce registre tout particulièrement si Alger détient ce triste record, les capitales de l’Est et de l’Ouest respectivement Annaba et Oran ne sont pas en reste de par la « prévalence » de ces violations flagrantes de la réglementation en vigueur. Question qui vient alors d’instinct à l’esprit : comment en est-on arrivé là ? Car la délinquance ne saurait naître ex nihilo. Elle est le produit sinon la conséquence directe de facteurs tous autant endogènes qu’exogènes.
Ce que corrobore un enseignant sociologue à l’université d’Oran qui préfère, comme de juste, la solution préventive au caractère exclusivement répressif qu’il estime «insuffisant et impuissant à juguler ce fléau». Par contre, il optera volontiers pour la solution idoine «mieux vaut prévenir que guérir», fondement de base de toute politique cohérente et réfléchie. Raison de plus pour réunir autour de la même table des équipes pluridisciplinaires outre les parents et la société civile, partenaires incontournables, pour plus d’efficience et d’efficacité d’une nécessaire stratégie à dérouler communément. Car toute action menée strictement en solo par l’une ou l’autre des parties interpelée par ce phénoméne spectaculaire du passage à l’acte délictueux ne pourra se solder que par des résultats parcellaires et mitigés. Malgré toute la bonne volonté que l’on peut y mettre. En attendant, que chacun y mette du sien. Ne dit-on pas, à juste titre, au demeurant, que l’union fait la force ? Alors...
Poignards, épées, sabres, haches… Les agresseurs et autres bandes de malfaiteurs s’adonnent aujourd’hui rarement à leur sport favori sans ces «machins» de la mort qui causent tant de drames dans notre société et qui sèment un climat d’insécurité dans nos villes. Mais aussi dans le milieu rural, également touché par ce phénomène. Agressions, vol de véhicules ou meurtres, tout se fait désormais avec armes blanches. Et, en dépit des efforts des services de sécurité et de la traque organisée au quotidien, rien ne semble dissuader ces bandits de faire usage de ces armes, souvent fatales.
Les caméras de surveillance placées dans plusieurs boulevards et places publiques, s’ajoutent à l’arsenal mis en place par les services de sécurité pour neutraliser les bandes de malfaiteurs.
Mais ceci ne décourage pas les adeptes de l’insécurité car force est de constater que ces derniers réussissent à déjouer ce piège même s’il faut concéder que beaucoup d’affaires ont été résolues grâce à la vidéo.
A chaque descente policière effectuée par les différentes unités d’intervention de la police et de la gendarmerie nationale son lot d’armes blanches récupérées. «On en voit de toutes les couleurs», nous confie un gendarme qui a participé à plusieurs reprises à ce genre d’opérations de lutte contre la criminalité.
En 2011, les services de la gendarmerie nationale ont saisi de lots importants d’armes blanches. Près de 1.850 couteaux, 1.380 bâtons et matraques et plus de 300 épées, sabres et haches ont été en effet récupérés suite aux nombreuses opérations «coups de poing» destinées à lutter contre le banditisme et la criminalité.
Saisie de 1.850 couteaux et 300 épées
Ces armes sont très largement suffisantes pour terroriser les victimes. Et aux bandits de parvenir à leurs fins. Pour preuve, l’on compte, toujours selon les statistiques de la GN de 2011, quelques 4.237 affaires de coups et blessures volontaires et 512 crimes commis à l’aide d’armes blanches. Les mineurs n’échappent pas à cette violence dans la mesure où ils sont plus de 70 adolescents qui en sont victimes. Comble de tragédie, on agresse même ses parents à coups de couteaux puisque plus de 60 cas ont été observés l’année dernière contre 57 vols de véhicules rendus possibles grâce à la menace des armes blanches.
Qu’est ce qui pousse des jeunes, même mineurs, à circuler librement avec des couteaux et des sabres ? Si pour certains, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures pour situer les véritables raisons de cet égarement (chômage, malvie, perspectives incertaines…), d’autres estiment que l’indulgence, voire l’impunité des autorités concernées y est pour beaucoup. Tous sont unanimes pour plus de sévérité et d’intransigeance de la part des pouvoirs publics. Pire encore, certains ne se gênent nullement d’exhiber à la face des autres leurs armes.
Des témoignages le confirment. «La scène était surréaliste. Alors que j’attendais tranquillement le bus pour rentrer à la maison, un fourgon plein comme un œuf se dirigeait vers le stade du 5-Juillet et j’ai vu de mes propres yeux un jeune tenant dans sa main un couteau alors qu’il passait devant le point de contrôle de la police de Triolet. C’est dire que ces gens-là ne reculent devant rien et aucune autorité ne semble les dissuader à faire machine arrière», nous confie Fouzia, encore marquée par cette scène. «Ce sont ce genre de scènes qui font peur. En tous les cas, elles sont loin d’être rassurantes», estime-t-elle.
S. A. M.
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Mehdi Larbi, sociologue
«Le tout répressif n’est pas la solution idéale»
Enseignant à l’université d’Oran, le sociologue Mehdi Larbi prône plutôt une politique préventive à l’égard des potentiels porteurs d’armes blanches et estime qu’il est primordial d’établir des rapports de proximité avec ces individus pour écouter d’abord leurs préoccupations et les convaincre ensuite du bien fondé de cette politique.
Tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui que l’usage des armes blanches en Algérie est devenu presque banal. Pourquoi à votre avis tant de violence ?
J’estime qu’avant de s’aventurer à faire une analyse complète et disséquer ce phénomène, il est primordial de comprendre deux concepts fondamentaux. Il s’agit d’abord d’identifier le type de personnes concernées, c'est-à-dire celles qui optent pour cette voie de la violence et leur environnement, qu’il soit urbain ou rural. Ensuite, il est important de cerner la problématique de cette violence et d’en connaître les véritables raisons. Car, aujourd’hui, il apparait clairement que les porteurs d’armes blanches sont généralement ceux qui ont quitté prématurément l’école. Des jeunes qui se retrouvent dans une société informelle où ils peuvent développer des comportements et des attitudes incompréhensibles aux yeux des autres, notamment vis-à-vis des pouvoirs publics qui n’arrivent pas à comprendre leurs appréhensions
Doit-on comprendre par là que la situation sociale est la raison principale qui pousse les jeunes vers l’irréparable ?
En grande partie, oui, c’est indiscutable. Comme je vous ai dit, ces gens qui sont attirés par ces fléaux comme le port d’armes blanches vivent dans une société informelle qui, contrairement à celle ordinaire où les personnes veulent s’émanciper et aller vers l’avant, fonctionne en cachette. Le port d’armes blanches en fait justement partie et constitue l’un de ses modes de fonction. Les individus qui vivent dans cette société sont refermés sur eux-mêmes, ne reconnaissant pas l’Etat, se chargent d’eux-mêmes de leur sécurité et pour survivre, ils ne trouvent d’autres choix que faire usage de ces armes. Le gain facile en quelque sorte. En résumé, ils développent leur propre loi dans cet univers qu’ils connaissent fort bien.
Cela ne reviendrait-il pas à préconiser une prise en charge psychologique au bénéfice de ces individus au lieu d’insister uniquement sur la répression ?
Absolument, car l’aspect répressif est toujours négatif et ne donne pas de bons résultats.
Plutôt se rapprocher de ces jeunes, les écouter, les convaincre et comprendre leurs craintes et leurs préoccupations vaut mieux que de les pourchasser inlassablement, mais pour réussir cette approche, il faut d’abord une volonté politique et ensuite ouvrir un débat franc et libre, sans exclure personne.
La solution est donc d’établir un rapport de proximité avec ces jeunes et apprendre à les écouter au lieu de chercher à imposer ou dicter leurs choix. Car n’oublions pas que ces individus sont vulnérables et fragiles du fait des multiples problèmes auxquels ils font face.
Propos recueillis par S. A. M.
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La parole aux victimes
Des séquelles psychologiques indélébiles
Marquées à jamais, les victimes qui ont été confrontées un jour à la dure réalité d’agression ou menace par armes blanches n’oublieront sans doute pas de sitôt leur cauchemar. Hommes ou femmes, jeunes et moins jeunes, elles racontent au détail cette terrible épreuve. Des scènes qui ne peuvent s’effacer. C’est le cas de Souhila, 50 ans, mère de trois enfants, qui était loin de se douter qu’elle allait être braquée un étage seulement au dessous de sa maison, sise à la cité Smail Yefsah de Bab-Ezzouar (Alger). «Je me souviens très bien. C’était au mois de Ramadhan de 2009. Après une dure journée de travail, je rentrais tranquillement chez moi vers 16 heures lorsque je suis surprise par la présence d’un jeune garçon dans l’immeuble qui ne donnait pas l’impression d’avoir des intentions criminelles», raconte-t-elle.
Et d’enchaîner comme si elle est pressée de terminer son histoire et oublier au plus vite ce cauchemar. «Je suis persuadée qu’il m’a épié quelques jours plutôt parce que dès que je l’ai vu, son visage ne m’est pas paru étranger. Il montait derrière moi et lorsque j’arrivais au premier étage, il me devançait et me demandait des renseignements sur un voisin, une ruse pour éloigner les soupçons, d’autant plus qu’il portait des tongs, ce qui n’est pas habituel chez les agresseurs. Le carême et la fatigue aidant, je reconnais que je n’étais pas assez vigilante, chose qui a permis à mon agresseur de me surprendre avant de ma braquer contre le mur quand j’atteins le 2e étage, soit à un palier de la maison. Le couteau à la main, il aura rapidement ce qu’il voulait, à savoir un bracelet, une bague et mon porte-monnaie». Restée sans voix, Souhila ne réagissait pas. Elle ne savait quoi faire au juste. Hurler et demander de l’aide au risque de sa vie ou laisser faire et sortir indemne pour retrouver son mari et ses enfants. «J’ai finalement opté pour la seconde voie qui est à mon sens plus sage car j’ignorais tout de mon agresseur. Qui sait ? Peut être qu’avec l’effet des psychotropes, il pouvait me tuer», explique-t-elle, encore marquée par ces douloureux souvenirs à telle enseigne, nous confie-t-elle, que pendant près d’une année après cette agression, elle ne prenait jamais les escaliers sans être accompagnée. Pour Boussaâd, le scénario était tout autre. Tant improbable qu’invraisemblable.
«Ça s’est passé sur l’autoroute, du côté des Bananiers, à l’est d’Alger. Je rentrais de Tizi-Ouzou en cette après-midi d’une chaude journée ordinaire du Ramadhan dernier. J’étais confortablement installé dans ma Renault Mégane qui roulait à petit régime à cause des embouteillages. Soudain, je remarque une Peugeot Partner qui me serrait dangereusement, avec à l’intérieur deux personnes», se souvient-il. Alors que les véhicules étaient immobilisés, le chauffeur de la Partner quitte son véhicule et se dirige tout droit vers Boussaâd. «Il m’a ordonné de descendre de la voiture. J’ai compris que je suis tombé dans un piège et le temps d’essayer de refermer la vitre que je réalise que du sang coulait sur moi après m’avoir atteint à la main d’une lame non sans avoir brisé la vitre», poursuit la victime qui est restée cependant lucide en parvenant à s’emparer de la clé de sa Mégane et prendre la poudre d’escampette pour tenter d’appeler des secours d’autant plus qu’un point de contrôle de la police fixe est situé à quelques centaines de mètres des lieux. Malheureusement, les deux agresseurs qui ont bien calculé leur acte ont pris la fuite par la bretelle se trouvant devant le pont des Bananiers pour disparaître dans la nature. Et commettre sans doute un autre forfait. Entre temps, Boussaâd s’en est sorti avec trois points de suture et surtout une grosse frayeur.
S. A. M.
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3 560 arrestations en 2011
L a circulation des armes blanches dans notre pays prend toute sa mesure si on se fie au nombre hallucinant des affaires traitées par les services de sécurité. Des statistiques qui donnent le tournis. Ainsi, le bilan de l’année 2011 dressé par les services de la sûreté nationale fait état de plus de 3.560 arrestations pour port ou usage d’armes blanches parmi lesquelles, 200 concernent des mineurs. Au final, on compte 450 dossiers transmis à la justice et plus de 3.510 personnes qui ont eu des suites judiciaires, ce qui est énorme si l’on se réfère à la gravité de tels actes accusation. L’on enregistre par ailleurs près de 50% des personnes arrêtées qui ont été placées en détention provisoire et 1.130 qui ont fait l’objet de citations directes alors que seuls 14 individus ont bénéficié de la relaxe alors que 445 individus ont été mis en liberté. Par wilayas, c’est sans surprise aucune qu’Alger occupe le haut de ce sinistre tableau en comptant plus de 1.100 arrestations, soit 30% du nombre global des personnes interpellées dans tout le pays. Annaba vient en seconde position avec 315 arrestations, suivie d’Oran (267), de Biskra (161), Sidi Bel-Abbès (150), Chlef (147) et Constantine (130). Seuls motifs de satisfaction dans ce tableau noir, l’on retiendra le chiffre de 0 arrestations réalisé dans les wilayas de Laghouat, Tamanrasset et Tindouf, soit le sud du pays.
S. A. M.
Les armes blanches «poussent» dans les stades
Trés fréquentés par les jeunes, les stades qui abritent chaque week-end les matchs de notre championnat national de football sont devenus par la force des choses de hauts lieux de toutes sortes de fléaux et autres phénomènes aussi dangereux et nocifs qu’incontrôlables. Comme la drogue par exemple qui a fait son lit depuis belle lurette déjà. Mais ces derniers temps, c’est plutôt la circulation des armes blanches qui inquiète en premier les amoureux du foot. Souvenons-nous du tragique épisode du jeune Mohamed dit «Dega», à peine 17 ans, et mortellement poignardé à l’issue du derby algérois MCA-USMA qui s’est déroulé en novembre dernier, au temple olympique du 5-Juillet. En outre, on a compté 32 blessés suite à des échauffourées qui ont éclaté à la sortie du stade et dans lesquelles, des armes blanches ont été utilisées. Un peu plus loin dans le temps, en janvier 2008 plus exactement, Djilali Malaika, jeune fan de l’USM Blida de 21 ans, qui a assisté, au stade du 5-Juillet, à un match de football opposant son club favori au MCA a été ravi aux siens suite à un coup de poignard reçu en plein cœur alors qu’il quittait le stade. C’est dire que la chose est devenue banale pour certains semeurs de la désolation. Règlement de comptes ou pas, peu importe sur les motivations qui poussent le ou les auteurs de ce crime. Le constat est là. Il est sans appel. Des armes blanches circulent bel et bien dans les travées de nos enceintes sportives malgré le renforcement du dispositif sécuritaire. Des énergumènes et pseudo-supporters trouvent souvent un moyen pour faire introduire dans les stades un poignard ou un objet contendant. Il y a sans doute matière à réflexion afin de mettre fin à de tels agissements pour éviter à l’avenir d’autres drames.
S. A. M.
Que prévoit la loi ?
Le code pénal algérien prévoit des peines de prison allant de 2 mois à 2 ans de prison ferme pour toute personne arrêtée en possession d’une arme blanche. Les peines varient en effet selon la catégorie de ces armes et leur classification dans la mesure où le port d’un petit couteau de cuisine ne peut être comparé à un sabre ou une épée. En outre, les peines peuvent être aggravées si l’individu est récidiviste.
S. A. M.
Aux origines de l’arme blanche
Par opposition à une arme à feu, une arme blanche est munie d'une lame métallique, perforante et tranchante, voire contondante. Mais pourquoi qualifie-t-on donc d’arme blanche un poignard ou une épée ? C’est probablement à cause de la lame qu’on lui a donné sa dénomination du fait qu’on peut grâce à cette lame «saigner à blanc». Toutefois, à la fin du XVIIe siècle, deux explications sont venues justifier cette appellation. D’abord on désignait une arme blanche pour la simple raison que «blanc» signifiait, dans l’ancien français, «brillant» ou «luisant», ce qui est bien le cas d'une belle lame bien entretenue. La seconde part du principe que du fait que la lame est fabriquée avec un acier «blanc» et non en bronze ou dans un métal doré, on pouvait donc l’appeler arme blanche.
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