D.R
Publiés en deux tomes, les ouvrages qui portent sur des analyses de la production littéraire algérienne s’apparentent beaucoup plus dans leur contenu à des notes éparses écrites sous le ton de la confidence et de la réflexion historique sur l’art dans un style qui laisse libre cours à l’opinion de son auteur.
Comme un carnet de bord qui brasse tout sur son passage, les textes de Djilali Khellas mêlent des points de vue personnels avec les traditionnelles assertions qui couvrent le vaste domaine de la culture algérienne et africaine dans un tissu de paroles aux allures humanistes voire par moment nationalistes.
Dans une variété de thèmes qui abordent la création littéraire algérienne dans tous ces genres, l’auteur dans un souci de compréhension pédagogique nous livre ses pensées et analyses sur l’histoire de la lente progression de l’écriture en s’attardant particulièrement sur celle d’expression arabe. Il situe toutefois au commencement l’inscription de la littérature des années 1950 dans une sorte d’universalisme qui aurait mis deux siècles depuis l’apparition du premier livre d’Apulée L’âne d’or en passant par l’Emir Abdelkader. Cet état de fait ne peut être imputé qu’à la longue nuit coloniale qui aura empêchée la culture séculaire d’apparaitre au grand jour et de s’affirmer sur la scène mondiale. C’est, justement, pendant l’éveil de la conscience algérienne durant la Révolution de 1954 que des écrivains comme Mohamed Dib, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, et bien d’autres, feront montre dans leurs écrits d’une extrême fécondité littéraire parce qu’ils disposaient de suffisamment de «réserves créatrices» : «Terre presque inconnue, le pays de Jughurta et d’Abelkader fut soudain au sommet de l’actualité politique dans le monde entier. Comme un torrent irrésistible, la «révolte» se mue en «révolution» populaire, ce qui donna aux écrits de nos trois écrivains, cités plus haut, une célébrité mondiale. La Guerre d’Algérie devenue très vite, de par sa violence, l’ambition de tout un peuple à se libérer du joug colonial avec un rare acharnement, un symbole incontournable pour tous les opprimés du monde, a été sans conteste le «moteur» qui a propulsé la création littéraire algérienne, en général et le roman algérien, en particulier, au-devant de la scène universelle.» (p7).
Dans ces chroniques littéraires écrites sur le mode imagé, Djilali Khellas tente de proposer de manière académique une proposition sur la fonction du roman à côté de celle que donne le dictionnaire Littré, en évoquant la vision du monde que l’écriture romanesque voudrait refléter dans le texte : «Il (le roman) essaye d’aménager des ponts nécessaires pour que la fiction prépare à la réflexion, pour que le langage romanesque soit un médiateur actif. Le roman n’est qu’un moment de présence à soi parmi les autres auxquels il arrive une histoire. Cette présence peut durer si la langue acquiert une qualité telle que le sens de l’œuvre n’en finit pas de surprendre et d’émouvoir.» (p10).
Pour l’auteur, l’écrivain se doit de créer une «nouvelle langue littéraire» qui renfermerait les germes de sa propre création, il fait d’ailleurs le constat d’une évolution remarquable de la langue de l’écriture qui intervient dans le changement significatif de la vie humaine, c’est le cas pour lui des romans écrits en langue arabe qui valorisent le patrimoine algérien.
En citant des écrivains comme Waciny Laâredj, H’mida Layachi, et d’autres, moins connus, ainsi qu’une pléthore de poètes, l’auteur pense que cette littérature connaît un réel essor en découvrant son identité et son histoire. Dans un autre passage qu’il nous a semblé opportun de relever s’agissant de la pratique de la critique littéraire, l’auteur met l’accent sur une critique vivant dans la plus opaque des ambiguïtés et qui reste selon lui «tributaire de la blessante réalité culturelle» en raison du manque de dialogue et de contact entre les intellectuels algériens francophones et arabophones. Dans ce sens, il professe «une union culturelle nationale» qui favoriserait les rencontres et les débats. Ces ouvrages est sont par ailleurs l’occasion de découvrir des extraits des poèmes et un certains nombre de poétesses jusque-là inconnues du grand public, l’auteur leur dédie de courts textes en forme de sentences. Il reste que incontestablement Djilali Khellas voue une admiration sans bornes pour l’auteur de «Kassaman», Moufdi Zakaria dont il déplore l’exil et la mort à Tunis loin des siens et de sa patrie.
D’autres textes relativement significatifs comme Ne tirez pas sur les bouquinistes ou SOS lecture sont de véritables cris d’alarme contre le manque de certains à tenir compte de la culture qui s’enlise un peu plus dans le vide pour disparaitre comme une peau de chagrin. A noter dans cette idée intéressante que prêche l’auteur s’agissant de la nécessité de la modernité à savoir qu’il ne s’agit pas de généraliser l’utilisation de la langue arabe, mais de briser les carcans traditionnels de l’archaïsme et des idées rétrogrades.
Lynda Graba
- Publié dans :
- Djilali Khellas
DONNEZ VOTRE AVIS
Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !
Identifiez-vousS'inscrire







