D.R
Avec son sourire angélique, Dahbia assure et rassure dans la salle de soin où elle officie depuis sa sortie de l’école paramédicale de Khemis-Miliana deux années auparavant. «C’était ce que je voulais au plus profond de mes rêves d’enfant», dit-elle tout simplement. Enfant devenue adulte, elle est retournée accomplir et vivre son rêve sur la terre qui l’a vu naître, parmi les siens, à Bouarous…
Bouarous, une agglomération nichée au cœur du Dahra, au nord-ouest du chef-lieu de la wilaya d’Aïn-Defla. Depuis le chef-lieu de commune Aïn-Bouyahia, le chemin communal qui la dessert serpente sur près de 10 kilomètres, à flanc de montagne, surplombant le vide, perdant de son bitume à chaque virage du fait de l’affaissement de la chaussée et de la montée des eaux qui ruissellent et qui ont jailli en plusieurs endroits au milieu des talwegs. Une route qui dessert mais qui isole cette agglomération de montagne et qui reste la grande hantise, le cauchemar de ses habitants. «N’étaient les camionnettes bâchées, qui se risquerait à nous assurer le transport ?». Une ligne pourtant affectée mais qui reste désertée. A 20 dinars la place, même les gendarmes «ferment» les yeux devant les clandestins tant ils assurent une mission d’utilité pu-blique, sociale. A Bouarous, la vie a repris son cours. Oublié le cauchemar de la dramatique décennie du drame national. Coupé, isolé du reste du monde, ce lieu a été le théâtre d’innommables exactions des groupes terroristes, vidé de ses habitants, du moins pour ceux qui avaient pu, qui avaient les moyens de survivre dans la plaine ou des proches pour les accueillir. Pour l’avoir visitée à la fin des années 1990, Bouarous nous a impressionnés tant elle a considérablement grandi. En cette matinée ensoleillée mais froide de ce mois de janvier qui tire à sa fin, la placette du village est bruyante. Des groupes d’écoliers y gazouillent, se lançant à la poursuite des uns et des autres. Une récréation en attendant la reprise des cours. 2 372 âmes sont recensées à Bouarous, nous apprend le délégué communal. Quelques familles sont revenues. Des habitations en dur, nouvellement construites, jouxtent d’autres faites en toub. «On ne peut rien y faire, le toub continue d’être de mise, au pire pour abriter l’âne», relève M. Mohamed Nefidssa, le P/APC d’Aïn-Bouyahia. Pour le délégué communal, l’agglomération a tout juste besoin de 170 aides rurales pour régler définitivement le problème de l’habitat. Compagnon utile indispensable quand, nous apprend un habitant, aucune des maisonnettes de Bouarous ne dispose de l’eau courante. «Pas de robinet !» dit-il, plus explicite et plus direct. La corvée de l’eau reste encore de mise, à dos d’âne. L’eau reste un gros problème pour les agglomérations de montagne. Un manque ressenti avec encore plus d’acuité dans les localités du sud de la wilaya d’Aïn-Defla. Huit captages de sources avec l’aménagement de bornes fontaines alimentent cette localité montagneuse. L’espoir est de mise au nord avec le grand barrage de la wilaya de Tipaza, «Kef-Eddir», dans la localité de Damous. «On nous a assuré que les douars de montagne de notre commune et ceux de la commune de Tacheta-Zougagha seraient alimentés par voie de transfert à partir de ce barrage», souligne M. Nefidssa.
Salle de soins «Chahid Sekkar-Mi-loud ». La structure a besoin d’un lifting, et la fenêtre principale barricadée d’une feuille de contreplaqué. L’enfant du pays, Dahbia D., y assure les premiers soins et la vaccination. Le médecin généraliste y vient chaque lundi. Pour les urgences, notamment celles de nuit, ce sont les prières et selon le bon vouloir du clandestin. Le responsable de cette salle est également un enfant du pays. Diplômé de l’école de formation paramédicale de Sidi-Bouabida, il est en poste depuis le «16 octobre 2003», précise-t-il. C’est une victime du terrorisme. Il a en effet perdu son père et son frère, assassinés ici même à Bouarous en 1992 et 1995. Il ne veut pas s’étaler sur le sujet, relevant quand même que la vie a repris son cours «pour tout le monde». Appelons- la Malika. Elle, c’est une victime de cette terrible décennie, née pratiquement au maquis, sa mère ayant été enlevée par un groupe terroriste. A plus de quatorze ans, elle suit sa scolarité à l’école du village en quatrième année primaire. «J’ai eu 8 sur 10,dit-elle fièrement». Ce n’est qu’en 2009 que sa situation civile a été régularisée, inscrite à l’état civil sous le nom de sa mère.
Solidaires en attendant
la récolte
L’épicerie de Bouarous. Le jeune commerçant nous avoue tout de go que son commerce marche au crédit. «Pratique-ment chaque famille icia son carnet de crédit», des dettes qui sont payées avec des différés de trois à quatre mois, voire plus, au rythme des récoltes et des ventes. «Le grossiste qui m’approvisionne me presse parfois mais que faire, il nous faut nous entraider». A Bouarous, les difficultés, quoique conjoncturelles restent loin, très loin du cauchemar du passé. Chaque instant, chaque pas, chaque geste que fait le montagnard dans son travail quotidien lui fait ressentir l’immense et incommensurable bonheur de cette paix et de cette sérénité retrouvées…
Plusieurs modules d’aide pour développer l’économie familiale et assurer un revenu pour les familles ont été instaurés par les pouvoirs publics, tant directement dans le cadre des périmètres de proximité pour le développement rural intégré que, plus généralement, dans la politique de revitalisation rurale. Plusieurs familles ont bénéficié de ces aides, souligne le délégué communal, «120 précisément». Des modules apicoles, avicoles, des plantations fruitières entre oliviers et amandiers et même des serres avec leur équipement pour l’irrigation. Plus récemment, des familles ont bé-néficié de vaches laitières. Le miel de Bouarous est réputé, ses abeilles vont butiner au niveau des forêts qui garnissent les sommets du Dahra. «Entre 3 500 et 4 500 dinars le kilogramme, mais c’est du miel pur! », nous dit fièrement un apiculteur. Une production des plus intéressantes certes, qui comprend également les produits maraîchers ou encore la collecte de lait mais qui se heurte à l’absence de transport pour son écoulement dans les marchés de la plaine. Autre contrainte qui grève la production maraîchère, la prolifération de ce redoutable prédateur qu’est le sanglier. «C’est par troupeaux entiers qu’il envahit nos champs, déterrant jusqu’à la racine, descendant jusqu’à Aïn-Bouyahia». Nous quittons Bouarous, qui a retrouvé son nom, éponyme de la source, Aïn-Bouarous, un nom effacé par l’administration coloniale qui lui a préféré celui de Beni-Mouhssen. En contrebas, la brume se dissipe petit à petit, dévoilant au regard le vert omniprésent des jeunes pousses de blé.
Abderahmane MAROUF ARAIBI
Articles Connexes
- Le Dr Djamel Ould-Abbès à Ain-Defla : “Je refuse que l’on prenne les malades en otage”
- Ain-Defla : Un fort parfum de démocratie…
- Ain-Defla : C’est le grand jour
- Meeting du PJD à Ain-Defla Une nouvelle page pour l’Algérie
- Meeting du MPA à Ain-Defla : “Jeunes, soyez fiers de votre pays”
- Ain-Defla, 111e anniversaire de l’insurrection des tribus de Righa : Les sombres souvenirs de la nuit coloniale
- Ain-Defla : Un couple de cigognes coincé sur une antenne dégagé par la protection civile
- La Pologne d’aujourd’hui : Douce transition
- M. Lamara Mohamed, DG des affaires pénales et juridiques au Ministère de la Justice à Ain Defla : “Un grand rôle et une lourde responsabilité pour le magistrat”
- Ain-Defla, Ouverture du centre commercial Uno : Entre courses et détente…
DONNEZ VOTRE AVIS
Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !
Identifiez-vousS'inscrire







