Ph. : Wafa
Le Centre des arts et de la culture du palais des Raïs a abrité samedi dernier une collection très originale de photographies contemporaines qui nous vient du pays du Soleil-Levant. Un style où s’enchevêtrent l’abstraction lyrique et l’art post-moderniste de la peinture et qui attire le regard du visiteur au point où l’on confond les deux pratiques artistiques dans cet ensemble de curieux tableaux.
L’inauguration, qui s’est déroulée en présence de l’ambassadeur japonais M. Kawada et de son épouse, s’inscrit dans le cadre de la célébration des 50 ans de relations diplomatiques qui a commencé avec une première manifestation, celle du théâtre du No qui a été un prélude aux festivités qu’organise, actuellement, et ce, conjointement avec l’ambassade algérienne au Japon, l’ambassade du Japon en coopération avec le ministère de la Culture en Algérie.
Ces événements culturels sont des bons moyens d’expression qui viennent renforcer et approfondir les relations entre les deux pays. Les travaux exposés sont des réalisations modernes faites par quelques 11 artistes spécialisés dans l’art de la photographie : «La photo est un simple moyen de creuser une vision tandis que la peinture est l’âme de l’expression. Ce clivage entre les deux est flou et ambigu. L’âme est l’esprit de ces objets, mais aussi une manière de matérialiser ce que l’on imagine à travers l’objectif», nous a déclaré l’ambassadeur japonais qui rappelle que de par le passé dans la culture japonaise de religion polythéiste, les hommes pensaient qu’il y avait un dieu dans toute chose sur terre.
Le japonais ayant un rapport étroit avec la nature garde encore, aujourd’hui, cet esprit qui magnifie la réalité et tente continuellement de la saisir à travers ce qui se passe à travers la surface des objets. L’exposition qui nous a parue à maints égards singulière dans la mesure où l’on ne saisit pas d’emblée la portée de certaines prises qui marient savamment l’art pictural avec les techniques photographiques les plus avancées, joue en réalité sur plusieurs tableaux de signification. Tout en s’inspirant de ce qu’il y a au tréfonds de la civilisation japonaise et de l’esprit d’une tradition qui traduit le calme et la sérénité de l’instant — l’esprit zen que certains ont coutume d’appeler et de cultiver aujourd’hui — ces artistes savent capturer le regard humain dans le monde invisible de l’image pour lui conférer un aspect surréaliste .
Certaines images jonglent dans les décors de la ville et travaillent, par exemple, sur une architecture spéciale comme les constructions de Le Corbusier pour en rendre l’inaccessible vérité de l’instant sous l’objectif du photographe. L’apparence des choses simplement regardées est quasiment métamorphosée par l’artiste qui cherche à atteindre ce qui se cache derrière la réalité dans une première perception.
En témoignent ces jeux de lumière pris en plein mouvement et dans leur profondeur pour en faire de remarquables œuvres d’art à telle enseigne que l’on a l’impression qu’il s’agit d’une peinture.
D’autres photographies, plus classiques, donnent à voir des images plus réalistes, plus documentaires qui s’attardent sur les paysages et décors naturels, sur des atmosphères quotidiennes dans un appartement, de menus détails que le photographe fixe dans l’objectif, des scènes de la vie paysanne avec des gros plans sur les visages vieillis, des intérieurs de maisons avec des photos de meubles ou de vaisselles, des vues sur les toits, etc.
L’exposition, qui fait le tour de l’expression artistique dans ses dimensions plurielles avec des fragments photographiques qui renvoient chacun à la vision très personnalisée de l’art japonais, mérite largement le détour pour la découverte et la curiosité. A signaler qu’au cours du vernissage, une classe de lycéens de la commune de Draria s’est déplacée pour venir admirer la variété d’images et surtout goûter aux sushis, une spécialité japonaise qu’ils semblent avoir tous apprécié.
Lynda Graba
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