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La problématique des réserves de change et de la crise financière mondiale

Les réserves internationales d’un pays sont, généralement, l’ensemble des disponibilités composant le portefeuille des actifs que sa Banque centrale détient (devises, or, droits de tirages spéciaux (DTS).

PUBLIE LE : 29-01-2012 | 0:00
D.R

Par le professeur Abderrahmane Mebtoul

Les réserves internationales d’un pays sont, généralement, l’ensemble des disponibilités composant le portefeuille des actifs que sa Banque centrale détient (devises, or, droits de tirages spéciaux (DTS). La monnaie est un rapport social traduisant le rapport confiance État/citoyens, un signe permettant les échanges ne créant pas de richesses. Au contraire, la thésaurisation et la spéculation dans les valeurs refuges comme l’or, certaines devises ou certaines matières premières sont nocives à toute économie.

Donc avoir des réserves de change en devises ou en or est une condition nécessaire, mais non suffisante au développement. Ces réserves permettent  de sécuriser l’investissement et surtout éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar par rapport aux devises où existe actuellement une corrélation d’environ 70% entre la valeur actuelle du dinar et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, sinon le dinar flotterait à plus de 300 DA, un euro.
La Chine a des réserves de change qui sont passées de 819 milliards de USD en 2005  à 2.847 milliards de USD en 2010 et  à  3.181 milliards de dollars au 1er janvier 2012  sont le fruit du travail des Chinois. La monnaie, autant que les réserves de change, est un signe, moyen et non facteur de développement. Dans les tribus  anciennes notamment d’Australie comme l’ont montré les anthropologues, par exemple les barres de sel ou tout autre symbole,  jouaient le rôle de monnaie afin de favoriser les transactions commerciales. Elle s’est toujours identifiée au pouvoir régalien du souverain de  l’Etat.  Récemment, selon la définition de la majorité des manuels d’économie, universelle, la monnaie est un instrument de paiement accepté de façon générale par les membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d'une dette. Elle peut remplir trois fonctions principales : La fonction d'intermédiaire dans les échanges ; la fonction de réserve de valeur et la fonction d'expression d'unité de compte pour le calcul économique ou la comptabilité. Certains auteurs considèrent que la capacité d’éteindre des dettes et des obligations, notamment fiscales, constitue une quatrième fonction appelée « pouvoir libératoire » de la monnaie. Ces fonctions peuvent être assurées par différentes monnaies en circulation simultanée : La monnaie divisionnaire ou pièces de métal ; la monnaie de papier ; la monnaie scripturale et la monnaie électronique. Au niveau international existent des monnaies non convertibles et des monnaies  internationales convertibles acceptées lors des transactions internationales. Ainsi, la moyenne 2008/2010, 65% des réserves de change des banques centrales étrangères sont détenues en dollars, contre seulement 25% en Euros, surtout depuis 1971 du fait de la démonétarisation du dollar vis-à-vis de l’or.
Cependant existe une tendance contraire à cette dominance actuelle, expliquant la guerre des monnaies qui se fera de plus en  plus vivace, certainement entre 2015/2020 avec l’entrée du Yuan chinois. L’on pourrait assister à une stratégie convergente à travers le duo USA/Chine notamment à travers les bons de trésor représentant environ 45% de la dette totale externe des Etats-Unis, une grande partie est libellée en dollars et la Chine dont d’ailleurs le PIB ne dépasse pas 5000 milliards de dollars trois moins que celui des USA pour une population trois fois supérieure, dépendant pour une grande fraction de leurs exportations des USA, pouvant assister horizon 2020 à un duo USA/Chine marginalisant l’Europe qui demeure actuellement la première puissance économique mondiale et la zone d’exportation première de la Chine avant les USA. En effet, toute dévaluation, pour une économie productive, dynamise les exportations et toute réévaluation les freine. La monnaie à travers les systèmes financiers joue le rôle comparable au sang dans un corps humain ou toute circulation sanguine, pouvant  bloquer le corps humain ou l’économie en tant que moyen et non comme fin.
Cela explique en partie, les liens dialectiques entre la sphère réelle  et la sphère financière, et cette suprématie de la sphère financière  qui explique  tant la  crise   mondiale de 1929, que celle d’octobre 2008 et la crise actuelle avec cette différence que nous sommes à l’ère de la mondialisation-interdépendance accrue des économies et qu’aucun pays n’est épargné. Les actifs toxiques continuent  de produire leurs effets étant passé » une crise d’endettement des banques à une crise d’endettement des Etats dont USA et Europe totalisent certes 50% du PIB mondial pour une population de 880 millions d’habitants sur un total mondial  de 7 milliard d’âmes, mais également rapporté au PIB mondial plus de 40% de la dette publique mondiale.  
Les ondes de chocs ne sont  pas encore terminés, comme en témoigne la dégradation durant ce mois de janvier 2012  de la notation de la majorité des pays européens par  la Standard & Poor's (S&P) encore qu’elle n’ait pas été suivie intégralement par les deux autres grandes agences comme Moody’s et Fichet. Ces notations de AAA à la dernière note C, sont faites en principe sur trois principaux critères, le niveau de l’endettement des Etats, la projection du taux de croissance pour voir si le pays a les capacités de rembourser sa dette et sur des critères qualitatifs comme la stabilité sociale, politique et le mode de gouvernance. En principe, mais cela n’est pas général comme en témoigne la dégradation de la note US à AA qui continue d’emprunter à des taux  bas, le niveau de confiance en les USA puissance économique mondiale n’ayant pas été affectée, le taux de financement est élevé en cas de dégradation surtout pour le long terme.  Par exemple au 1er janvier 2012, l’Allemagne peut lever des financements à 10 ans au taux de 1,759%, la France au taux de 3,055%, l’Espagne 5,156%, l’Italie 6,596% l’Irlande 7,465%,le Portugal 11,385% et la Grèce au taux de 28,30%. Ce taux est plus bas à court terme (1 ans et à moyen terme moins de 5 ans), l’Italie venant  pour  moins d’une année de lever  8,5 milliards de dollars au taux 2,735% et la France le 19 janvier 2012 à un taux largement inférieur au taux du marché.  L’Algérie selon ces agences n’ayant pas à proprement parler d’économie hors rente, n’est pas noté.  
L'agence de notation chinoise Dagong  récemment, mais qui a peu d’impacts sur les marchés financiers, a classé l’Algérie au niveau BBB. C’est que l’on ne s’ait pas attaqué à l’essence de la crise notamment en Europe qui souffre de la coordination de la gouvernance et le système bancaire  inadapté impliquant la séparation des fonctions des banques des dépôts et des banques d’investissement à l’instar des USA.
Le risque de cette crise est que les pouvoirs publics occidentaux utilisent l’inflation pour alléger l’endettement public alors qu’il faille s’attaquer au système économique mondial qui nécessite une nouvelle régulation et gouvernance mondiale liant dynamique économique et dynamique sociale, et atténuer la part des  profits spéculatifs qui s’accentuent aux dépends des salaires productifs. Cela   relance d’ailleurs l’application de la taxe Tobin sur les transactions financières mondiales mais pour son efficacité, elle  devra concerner tous les pays.
A. M.
 

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