mardi 22 mai 2012 09:37:08

Période des soldes : Bonne affaire ou arnaque ?

Que stipule la réglementation ?

PUBLIE LE : 23-01-2012 | 0:00
D.R

Qui n’a pas ri chez nous à la vue, à travers les chaînes de télévision, de ces foules se bousculant pour dénicher qui un pull rétro, qui une PlayStation de dernière génération? Qui n’a pas été étonné de constater ces longues queues formées très tôt le matin devant des magasins et des commerces pour avoir une chance d’arriver les premiers aux rayons ? Qui n’a pas ouvert de gros yeux en voyant ce beau monde se marcher sur les pieds et fouiller fébrilement dans des bacs à linge ? L’étonnement est de mise car ces scènes propres aux pays du tiers monde viennent de pays bien émancipés et bien installés dans le civisme.

Ce sont les périodes des soldes, et sous d’autres cieux il s’agit d’un véritable événement national préparé et régenté avec sérieux et rigueur. Chez nous, ces pratiques commencent à peine à entrer dans les habitudes et les mœurs commerciales de nos professionnels et des consommateurs. Ces derniers restent sceptiques quant à la réalité des soldes chez nous et les commerçants s’emmêlent un peu les pinceaux entre soldes, promotion et réduction. Pourtant, depuis juillet 2006, date à laquelle le décret régulant les soldes a été promulgué, cette pratique ne peut plus être opérée en dehors des périodes légales. Désormais, les commerçants peuvent solder leurs marchandises sous certaines conditions édictées par le décret. Pour cette année, les soldes d’hiver se sont ouverts le 18 janvier dernier pour être clôturés le 28 février prochain. Six semaines durant lesquelles les commerçants ayant opté pour les soldes sont en devoir de le signaler à travers des affiches publicitaires sur la devanture de leurs magasins. On constate ainsi des vitrines surchargées de rabais alléchants allant de 10 a 80 % de réduction sur les articles proposés. Et c’est particulièrement visible cette année, «car les commerçants commencent à appliquer plus sérieusement la réglementation en vigueur concernant cette pratique», nous dira M. Karim Bouzrara, chargé du contrôle des pratiques commerciales au niveau de la Direction de la concurrence et des prix relevant du ministère du Commerce. Il nous précisera que pour cette année, la DCP a fourni près de 70 autorisations pour des commerçants voulant pratiquer les soldes. Il faut savoir que ces derniers ne sont nullement obligatoires, les commerçants sont libres de choisir ou non de les pratiquer ; toutefois, ceux qui optent pour les soldes doivent  au préalable demander l’autorisation à la Direction du commerce de la wilaya d’Alger.  Sur les grandes artères de la capitale,  la majorité des commerçants interrogés ont affiché leur satisfaction et leur intérêt pour l’organisation des soldes. Ils ont tous déposé leur dossier auprès de la Direction du commerce de la wilaya d’Alger et ont obtenu l’autorisation de pratiquer les soldes le jour même du dépôt, disent la plupart d’entre eux. Beaucoup affirment avoir pratiqué plusieurs fois par an les soldes avant cette réglementation : «Ce n’était pas vraiment des soldes, mais des promotions pour liquider certains produits, ou alors en fin de saison.» Mais ils se réjouissent qu’il y ait enfin une réglementation qui les aide à prendre la décision de baisser les prix. Tous aussi auraient souhaité une plus grande publicité de la part des pouvoirs publics pour la date de démarrage des soldes. Dans un magasin de prêt-à-porter pour hommes qui vend de grandes marques, on nous explique que le niveau de la démarque dépend de la valeur du produit. «Si le vêtement est cher, on ne consent pas une baisse très importante. Je ne peux pas baisser de moitié le prix d’un costume qui fait
30.000 ou 45.000 DA. Mais je consens des soldes importants sur des fins de série, des chemises surtout, mais aussi des chaussures.» Des chemises à 3.500 DA sont cédées à 2.400, soit 30% du prix. Si ça reste élevé comme prix pour le commun des Algériens, c’est quand même une aubaine pour les amateurs de grandes marques. Dans un autre magasin, on ne dépasse pas les
40% : «Déjà que le commerce s’est véritablement ralenti ces derniers temps, on ne peut pas se permettre de baisser sensiblement nos prix et sur tous les produits.» Néanmoins, notre interlocuteur se dit satisfait des soldes, pour la simple raison qu’ils ont eu pour effet de relancer les ventes qui, généralement, se tassent durant le mois de janvier. Un autre vendeur dira qu’il est aussi utile «de solder pour renouveler nos collections. Il n’est pas intéressant de garder les invendus en stock, la mode évolue et ce qui n’a pas été vendu aujourd’hui a moins de chance d’être vendu demain au même prix. Donc autant solder pour se réapprovisionner».

Des doutes persistent, les sanctions tombent
Véritables soldes ou simple arnaque ? Cette question, beaucoup se la posent. Les doutes persistent chez beaucoup de clients qui sont sceptiques devant des annonces de rabais allant jusqu’à 70% et 80%. Certains soupçonnent les commerçants d’augmenter les prix des articles avant de consentir une baisse. Les responsables des magasins que nous avons visités rassurent, quant à eux, qu’«il y a effectivement des réductions substantielles de prix». Ils en veulent pour preuve le respect de leurs engagements, les visites inopinées des services de la Direction du commerce à qui ils ont transmis les anciens et les nouveaux prix.
«Peut-être qu’auparavant, lorsque chacun décidait des soldes quand bon lui semblait, il y avait une raison de douter, mais maintenant, croyez-moi, nous avons tous intérêt à baisser les prix pour renouveler nos stocks et éviter que des marchandises déclassées par la nouvelle mode ne nous restent sur les bras», rassure un gérant de magasin.Pour une autre vendeuse, c’est aux clients fidèles de juger : «Nos clients savent que nos soldes sont réelles et que nous ne trichons pas, des contrôles inopinés sont pratiqués dans les magasins concernés par les soldes afin de vérifier les prix, mais aussi l’ancienneté des articles mis en vente dont la date d’achat ne doit pas être inférieure à 3 mois. L’enquêteur peut et doit exiger la facture d’achat pour faire les vérifications d’usage.» Mais «c’est le marché qui juge», ajoute un autre vendeur qui considère qu’il ne faut surtout pas croire que les clients sont dupes. En tout cas, si fraude il y a et si elle persiste, les services de contrôle de la Direction du commerce dressent un procès-verbal et engagent une procédure qui aboutira à une sanction comme le prévoit la réglementation.
Ceci est confirmé par M. Bouzrara qui précisera que des procès-verbaux sont dressés aux commerçants qui pratiquent les soldes sans autorisation de même que ceux qui n’affichent pas les anciens prix avec les nouveaux. Les sanctions pour ce genre d’infractions peuvent aller jusqu'à la fermeture du magasin, et ce, pour publicité trompeuse. On a constaté, en effet, que les affiches et les réductions publiées sur les vitrines sont fausses car une fois à l’intérieur, les anciens prix ne sont guère mentionnés. M. Bouzrara nous précisera que les opérations de contrôle ne sont pas propres à la période des soldes ; par conséquent, on ne peut définir le nombre de commerçants qui ont été verbalisés et sanctionnés pour non-respect de la réglementation relative à l’opération des soldes.    
Farida Larbi

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Que stipule la réglementation  ?
Ce n’est qu’en 2006 que l’Algérie s’est dotée d’une réglementation pour les soldes. C’est le décret n°06-215 du 18 juin 2006 qui fixe les modalités de «réalisation des ventes en soldes, des ventes promotionnelles, des ventes en liquidation de stocks, des ventes en magasins d’usines et des ventes au déballage». L’article 2 du décret stipule que «les ventes en soldes ne peuvent porter que sur des biens acquis (…) depuis 3 mois au minimum» avant la date de début des périodes de soldes au nombre de deux par an. En effet, les soldes sont autorisées deux fois par an, pendant six semaines à chaque fois : de janvier à février pour la période hivernale, et de juillet à août pour la période estivale (art.3). Toutefois, les dates précises des déroulements des soldes sont précisées annuellement, au début de chaque année, par arrêté du wali, «sur proposition du directeur de wilaya du commerce territorialement compétent, après consultation des associations professionnelles concernées et des associations de protection de consommateurs». Le décret en question précise les modalités à suivre pour être autorisé à pratiquer les soldes. Les commerçants sont tenus de déposer, auprès de la Direction du commerce de leur wilaya, une copie de l’extrait de registre du commerce, la liste et les quantités des biens devant faire l’objet des ventes en soldes, les anciens et les nouveaux prix et les réductions prévues lors des soldes. Sont également réglementées, dans le même décret, les «ventes promotionnelles», les «ventes en liquidation de stocks», les «ventes en magasins d’usine» et les «ventes au déballage». Toutes ces opérations sont soumises à autorisation, mais aucune n’est limitée par une période donnée. Dans son chapitre 6, le décret 06-215 prévoit des sanctions aux infractions commises. Toutes les ventes (soldes, promotions…) réalisées sans déclaration ou affichage sont immédiatement suspendues jusqu’à régulation de la situation (art.23). La régularisation n’est toutefois pas possible si la période durant laquelle sont pratiqués les soldes de manière illégale dépasse trois jours. Par ailleurs, l’article 28 stipule que toute publicité «au contenu trompeur» est sanctionnée. Parmi les sanctions, il est prévu des «mesures de saisie et de confiscation des biens sur lesquels ont porté les infractions». En cas de récidive, la sanction peut aller jusqu’au retrait du registre du commerce (loi 04-02 du 23 juin 2004 fixant les règles applicables aux pratiques commerciales).
F. L.

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