dimanche 23 septembre 2018 06:36:42

Au MaMa : Les artistes de la «périphérie»

L'exposition «Le Retour», installée au MaMa (Musée des arts modernes et contemporains d'Alger) dans le cadre du 3e Festival international des arts contemporains (Fiac)

PUBLIE LE : 19-01-2012 | 0:00
D.R

L'exposition «Le Retour», installée au MaMa (Musée  des arts modernes et contemporains d'Alger) dans le cadre du 3e Festival international  des arts contemporains (Fiac), offre à 24 artistes de la «périphérie» un espace  d'expression pour faire du local et du spécifique le lieu premier d'une identité  universelle. Autour du thème du retour et sur des supports variés, ces artistes originaires des pays du sud ou de l'est de l'Europe, perçus comme «périphériques» face à une expression artistique «mondialisée», reviennent sur les tragédies qu'affrontent leurs peuples : guerres civiles, migrations, occupations, incarcérations, exclusions  et racisme, fossilisation de la pensée à partir de deux vidéos projetées simultanément. Les Libanais Joanna  Hadjithomas et Khalil Joreige recueillent par deux fois et à huit années d'intervalle les témoignages d'un groupe de rescapés du camp de détention israélien de Khiam ouvert lors de l'occupation du Sud-Liban en 1985. Libérés en 1999, les ex-détenus décrivent la torture et les conditions inhumaines des geôles israéliennes. lls reviennent sur l'élan miraculeux qui les poussait, dans le dénuement ex-trême et au prix d'un immense labeur, à créer des petits objets utilitaires ou simplement beaux à partir de matériaux infimes  glanés çà et là, à l'insu de leurs geôliers.          
Chapelets en noyaux d'olives, jeux d'échec en savon, jeu de cartes, brosse à dents, aiguille à coudre, crayon fait en papier aluminium... constituent,  ainsi, autant de victoires de l'esprit sur l'enfer carcéral. Les rescapés retournent deux fois sur les lieux de leur détention à la fin de l'occupation, lorsque le camp devient un lieu de visite, ensuite après sa démolition par les raids de l'armée israélienne en 2007.          
Face aux travaux d'embellissement de ce camp de la mort entrepris, les  ex-détenus laissent éclater leur indignation, autant que leur nostalgie des rapports chaleureux qui les maintenaient soudés face à l'occupant. «Je ne pensais pas que le lieu où un être humain pouvait découvrir sa  vérité profonde serait ce camp!" s'exclame Kifah Affifé, une des jeunes prisonnières. Ce paradoxe, un autre témoin,  Nee-man Nasrallah, le résume à sa manière :  à l'instar d'Imre Kertész, le Nobel hongrois arrêté et detenu à l'âge de 15  ans à Buchenwald (camp de concentration nazi pendant la Seconde Guerre mondiale) et qui préférait parler du +bonheur des camps+, «c'est dans ce lieu que nous avons connu la plus belle des libertés. L'identification des limites et des ennemis y était précise». Le Malien Cheikhou Ba opère, lui, un retour sentimental sur sa jeunesse. Dans des sacs en plastique remplis d'eau, les photos des meilleurs amis de l'artiste apparaissent comme un moyen d'étancher sa soif de souvenirs.          
Grâce aux séquences filmées avec son téléphone portable, la Tunisienne  Amel Benattia fait découvrir au visiteur l'ambiance nocturne de la rue tunisoise  sous couvre-feu dès le 14 janvier 2011, où les débats font rage entre les membres  des comités de quartier. «Mémoire dans l'oubli». Avec sa série de photos «Mémoire dans l'oubli», la plasticienne et  vidéaste Halida Boughriet, force le visiteur à soutenir le regard de trois veuves  de guerre algériennes immortalisées selon un même protocole photographique :  Allongées sur un sofa, devant une fenêtre ouverte, elles semblent prêtes à faire  une paisible sieste quotidienne. Mais dans cet univers modeste et digne, sur ces coussins de velours brodé, leurs silhouettes ténues, drapées dans des vêtements traditionnels immaculés,  leurs visages parcheminés, leurs mains ridées aux grosses veines bleues, leurs  postures et leurs regards semblent figés à jamais dans une douleur indicible...
«Oh Seigneur, d'où viennent les souvenirs? Où vont-ils? (...) comment  reviennent-ils soudain si forts et si intenses, faisant disparaître le monde  entier...», s'interroge de son côté le plasticien irakien Sadiq kwaish Alfraji dans un texte de son cru accompagnant son installation vidéo. «Il était une fois la maison que mon père a construite».  On y voit une étrange silhouette se pencher, affligée, sur la cham-bre d'un père décédé où keffieh, tenues traditionnelles et chapelets sont demeurés intacts. Parmi les installations très originales des artistes d'Europe de l'Est, «Circle Wise» du graphiste russe Andrey Kuz-kin, envoûte et stupéfie. Un jeune homme, enchaîné à l'intérieur d'un baquet de ciment frais, y tourne jusqu'à l'épuisement. Son but : empêcher le ciment de prendre. Après des jours et des nuits de rotation, il atteint son objectif, laissant le visiteur à ses interrogations. L'exposition «Le Retour» est programmée au MaMa jusqu'au 3 février prochain.

  • Publié dans :
  • MAMA
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions