mardi 22 mai 2012 09:11:23

Constantine : L’héritage des traditions des aguelids numides

Cette tradition Constantinoise, faut-il écrire Cirtéenne, remonte à loin, et s’est maintenue dans la ville des Ponts, à travers les âges, depuis trois millénaires qui est aussi l’âge de Constantine

PUBLIE LE : 12-01-2012 | 0:00
D.R

Aujourd’hui correspond au 12 janvier. L’Algérie célèbre le nouvel an amazigh, ou Yennayer 2962. Cette datation du calendrier amazigh coïnciderait avec l’accession au trône pharaonique de Shashnaq 1er, berbère Gétule (des Imazighen s’étaient installés dans le delta du Nil autour de Busbatis dès la XXIe dynastie, avaient vers l'an -1000 étendu progressivement leur territoire jusqu’au Fayoum) qui fonda donc à cette époque la XXIIe dynastie pharaonique. Cela est très possible, encore que rien ne vient, historiquement, corroborer le fait. La fondation du calendrier amazigh pouvait, également, correspondre au couronnement de Gaïa, ancêtre de Massinissa à la tête du royaume de Numidie, dont la capitale était alors Zama, l’actuel village de Bagaï, près de la ville de Khenchela (Xensela, nom d’une princesse berbère, arabisé en Khenchela). Bon, on ne va pas rentrer dans les détails de l’histoire, mais cela juste pour dire qu’aussi loin que l’on peut se le rappeler, ou plutôt que se le rappelaient nos grands-pères et grands-mères, qui eux-mêmes tenaient la chose de leurs vieux parents, cette journée, qui annonce une nouvelle année, a toujours été célébrée dans l’est du pays, en particulier à Constantine, ancienne capitale numide, et dans le pays chawi des Aurès. Cette tradition constantinoise, faut-il écrire cirtéenne, remonte donc à loin, et s’est maintenue dans la ville des Ponts, à travers les âges, depuis trois millénaires qui est aussi l’âge de Constantine. Il ne faut pas cependant oublier de signaler qu’à ces époques lointaines, le Constantine d’alors, plutôt Cirta, c’était uniquement la ville du Rocher laquelle garda cet héritage venu d’un passé lointain. Héritage, que l’on pouvait estimer avoir été perdu ou devenu obsolète avec les présences romaine, turque, puis française. Mais la coutume de célébrer Yennayer, perdurait même si durant une période de temps elle le fut clandestinement.  On oublie, également, que si, en Algérie, il existe une ville authentiquement amazigh, qui garda par devers elle le souvenir de ces temps aujourd’hui oubliés, c’est bien Cirta-Constantine qui porte en elle une histoire trois fois millénaires et héritière directe des traditions des aguelids numides qui régnèrent sur cette antique ville, aujourd’hui l’une des plus anciennes au monde ayant survécu à l’histoire et à l’usure du temps. Aussi, Yennayer, n’est pas uniquement célébré dans certaines régions « spécifiques » mais également à Constantine, encore que de manière plus discrète qu’il ne l’est commémoré ailleurs en Algérie. Aussi loin que se souvenait ma défunte grand-mère qui me racontait les vieux us et coutumes préservés à Constantine, Yennayer a été toujours fêté dans les plus anciens quartiers de la médina, E’Rsif, el Qasba, Ech Chara’, la Souika… Rahbet Essouf (place des Galettes) Rahbet L’Jmel (place des Chameaux), au cœur de la veille ville….  A Constantine, Yennayer est fêté de manière immuable et donne lieu non pas aux seules réunions de familles, mais celles-ci sont élargies à tous les habitants de quartiers qui se réunissent les uns chez les autres. Chaque famille s’attelle dès le matin à la confection des plats et mets qui garniront les tables de Yennayer tout au long de la journée. Le plat principal à Constantine comprend une « tridat tadjine ». Celle-ci est confectionnée avec de petites boules de pâtes qui sont cuites sur un tajine en fer avant d’être émiettées en petits morceaux auxquels est ajoutée une sauce blanche relevée à la viande de veau et de boulettes de viande hachée, assaisonnée de courgettes et de pois chiche. Cette « dridat tadjine » est servie dans un grand plat en bois autour duquel se réunit la famille.               
L’après-midi, les femmes préparent des beignets, sfindj (ou sefnedj) arrosés de miel « harr ». Le soir, on prépare ce que l’on appelle un « qachqach » qui comprend toutes sortes de fruits et sucreries : amandes, dattes, noix, noisettes, figues sèches, noix de cajou, marrons chauds, dragées, cacahuètes. Tous ces mets sont mélangés pour former un grand tas rassemblé dans une grande assiette de cuivre. A la tombée de la nuit, les enfants du quartier commencent à frapper aux portes des maisons ou leur sont distribués des petits sachets contenant une part de ce mélange. Les enfants servis, ce qui reste dans l’assiette de cuivre est ensuite distribué aux pauvres du quartier et chacun aura ainsi pris une part à cette fête quasi-rituelle. De leurs côtés, les femmes, une fois leur tâche ménagère achevée, se réunissent entre elles et comme de tradition, se teignent les mains au henné chantent et dansent et la journée s’achève ainsi dans la joie.                   
Rona Merdaci Khaled
 

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