Ph. : Louiza
Les hépatites virales constituent un problème de santé publique. La prévention reste le seul rempart contre ces pathologies qui font des ravages dans notre pays et dont la prise en charge pèse lourd sur les budgets de l’Etat (entre 2,5 millions de centimes pour un traitement classique et cinq millions de centimes pour les nouveaux traitements). Il faut dire que le nombre exact de malades atteints reste inconnu du fait que la dernière enquête épidémiologique remonte à 1998. Les professeurs Nabil Debzi et Saâdi Berkane, membres du Comité national de lutte contre les hépatites, invités hier du Forum d’El Moudjahid, ont tiré la sonnette d’alarme et appelé les pouvoirs publics à l’ouverture de 20 centres de référence pour la prise en charge des malades, mais aussi multiplier les campagnes de sensibilisation sur cette maladie silencieuse qui peut générer le cancer du foi.
L'absence d'études épidémiologiques, le manque de programmes de sensibilisation en matière de prévention, de dépistage et de prise en charge psychologique, la méconnaissance de la maladie par la population et par les médecins, et le manque de centres de biologie moléculaire sont autant de problèmes soulevés par les professeurs lors de la conférence débat organisée à la veille de la Journée nationale de lutte contre les hépatites. Les deux conférenciers ont été unanimes à souligner le fait que notre pays, par sa situation géographique, n’est pas à l’abri de cette maladie dont le mode contamination est presque identique à celui du VIH/ sida. C’est pourquoi, pour une question de vigilance, il est impératif d’aller vers une enquête épidémiologique, et notamment dans la région Sud, pour pouvoir connaître les véritables statistiques. Pour les conférenciers, les chiffres de la région nord du pays ne sont pas représentatifs. Les professeurs ont avancé le chiffre de 2% pour l’hépatite B et de 1% pour l’hépatite C. Concernant le mode de contamination, le professeur Berkane conteste l’information selon laquelle 70% des malades ont contracté la maladie dans un cabinet dentaire. Pour M. Berkane, «il n’y a aucune preuve de cela». Cependant, dit-il, la contamination de la mère à l’enfant est très fréquente ; et sur le bilan prénatal ne figure pas le dépistage de l’hépatite. Ce qui constitue aux yeux du médecin une anomalie. De son côté, le Pr Debzi a relevé, à propos du certificat prénuptial, le "vide juridique" à cet égard, affirmant que certains couples ne se présentent (pour être vaccinés) qu'une semaine avant le mariage, rappelant que les 3 injections du vaccin n'agissent qu'au bout de 6 mois. Cela sans parler des séparations des couples engendrées à la veille d’un mariage longuement préparé. Et justement, à propos de vaccination, il faut rappeler que dans notre pays, le vaccin contre l’hépatite figure sur le calendrier de la vaccination des nouveaux-nés, et est obligatoire depuis janvier 2003. Dans ce sillage, le professeur Debzi a appelé la tutelle à lancer une campagne de rattrapage des enfants nés avant 2003. Quant aux enfants vaccinés, le professeur estime que l’Institut Pasteur doit procéder à une évaluation pour voir s’«il y a une réponse», car, dit le professeur, le vaccin ne répond pas dans tous les cas. Le professeur Berkane a déploré le fait que les médias lourds ne s’impliquent pas dans les campagnes de sensibilisation. Pour un spot publicitaire, il faut débourser 28 millions de centimes. Et on oublie que la prise en charge d’un malade revient à l’Etat 250 millions de centimes pour un traitement classique. Il faut dire que même pour l’hépatite, on parle de trithérapie. Et en Algérie, elle est estimée à 500 millions de centimes par patient. Le professeur Debzi annoncé par ailleurs qu’au mois de mars seront rendus publiques les recommandations du Comité national de lutte contre les hépatites. Quant aux chances de guérison, les deux spécialistes ont souligné que les chances sont plus élevées chez l’adulte que chez l’enfant. Partant de ce constat, les deux professeurs estiment que le traitement est insuffisant, et que seuls le dépistage et la prévention peuvent faire face aux différents types de l’hépatite.
Nora Chergui
---------------------------
Qu’est ce qu’ une hépatite ?
Une hépatite est une inflammation du foie entraînant une destruction plus ou moins importante des hépatocytes, les principales cellules du foie. Lorsque cette inflammation est récente, on parle d’hépatite aiguë. Si elle dure depuis plus de six mois, on parle d’hépatite chronique. Au cours d’une hépatite, le foie est le siège d’un phénomène de régénération des cellules, mais aussi de l’installation d’un tissu cicatriciel (fibrose), dont le stade ultime et généralisé s’appelle la cirrhose. Cette dernière est un important facteur de risque pour l’apparition d’un cancer primitif du foie.
Comment évolue une hépatite virale
Schématiquement, après un délai plus ou moins long dit phase d’incubation, le virus est responsable d’une hépatite aiguë. Cette phase de la maladie est le plus souvent asymptomatique. Pour certains virus seulement et dans de rares cas, l’atteinte du foie peut être totale et massive. On parle d’hépatite fulminante. Le pronostic vital est engagé et une greffe de foie en urgence est souvent nécessaire. Pour les hépatites A et E, il n’y a pas de suite à l’épisode aiguë. Pour les autres, un certain nombre de patients évoluent vers une hépatite chronique responsable de symptômes variés. Un arrêt de la progression de la maladie est encore possible à ce stade, spontanément ou sous traitement. La progression de l’hépatite chronique peut aboutir à une cirrhose. La cirrhose est de plus un important facteur de risque pour le cancer primitif du foie. Mais un virus, celui de l’hépatite B, peut induire un cancer sans passage par le stade de cirrhose.
- Publié dans :
- Forum d'EL MOUDJAHID ,
- hépatite ,
- Santé
Articles Connexes
- Couverture médicale de l’ensemble du pays : 1.133 médecins spécialistes affectés
- Maladies auto-immunes : Troisième cause de mortalité dans le monde
- Le Dr Djamel Ould-Abbès à Ain-Defla : “Je refuse que l’on prenne les malades en otage”
- CE MATIN, À 10 HEURES : Hommage à Mohamed Seddik Benyahia
- Santé mentale des enfants : Un réseau pour détecter les troubles psychiques
- Diabète type 2 : Pour une meilleure prise en charge du patient
- La prise en charge des thalassémiques en débat au Forum d’El Moudjahid : Une maladie qui ronge en silence
- Demain, à 10h : Conférence-débat sur la thalassémie
- Témoignages sur le 8 mai 1945 au Forum d’El Moudjahid : “La répression était préméditée”
- santé : 80% des maladies respiratoires sont dues à la pollution
DONNEZ VOTRE AVIS
Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !
Identifiez-vousS'inscrire







