D.R
Quand on visitait le chef-lieu de la commune d’Ouled Sidi-Brahim, située à 70 kilomètres au nord-ouest de la wilaya de Bordj, on ne pouvait s’empêcher de faire l’analogie avec le célèbre roman de l’écrivain Mouloud Mammeri. Voilà une localité qui était privée de tout : gaz naturel, eau potable, aménagement urbain... Elle était de surcroît isolée.
Elle est l’un des rares chefs-lieux de communes de la wilaya à ne pas être traversée par un axe routier. Pourtant, la RN 5 n’est pas loin. Elle est à quelques kilomètres. Mais personne ne la voit. Personne n’y va. On s’étonne même qu’une localité aussi importante existe de l’autre côté de la montagne. Ce sont deux villages de la commune, Tizi Kchouchène et Portes de fer en l’occurrence qui étaient plus connus. Mais les problèmes de développement se posent pour les deux localités ainsi qu’aux deux autres villages qui composent également la commune, à savoir Ouled Sidi-Brahim et El Feth. Mais cette situation a changé avec l’autoroute. Désormais, la localité est visible à partir de cet ouvrage. Le siège de l’APC est à peine à 60 mètres de la route. On peut à loisir admirer les routes sinueuses, les anciennes bâtisses ainsi que les bâtiments en construction. C’est une découverte qui ne manque pas de charme. Mais pour la visiter c’est une autre histoire. Pourtant, elle vaut le détour.
A propos d’histoire, il faut rappeler que le village fondé par l’imam Sidi- Brahim a joué un grand rôle dans la vie économique et même politique de la région. L’imam qui est venu d’Alger, il y a plus de 7 siècles, pour enseigner à la population locale les véritables préceptes de l’islam, a été séduit par l’emplacement qui procure sécurité et repos. Il a décidé d’y construire une mosquée d’abord et des maisons ensuite pour lui et sa famille. Aujourd’hui encore, cette mosquée qui est la plus ancienne de la wilaya de Bordj Bou-Arréridj tranche par son architecture et sa solidité. Elle est considérée à juste titre d’ailleurs comme l’un des monuments de la wilaya. L’institution et le village qui venaient de naître ont joué un grand rôle culturel, d’abord par l’enseignement dispensé aux enfants des localités environnantes, et politique ensuite par le contrôle du détroit des Portes de fer.
L’emplacement du village en hauteur permettait à la population de se prémunir contre les invasions. Rappelons que les caravanes qui y transitaient devaient payer un tribut pour passer. Elles n’avaient pas le choix tant le passage était cerné par la rivière et la montagne, d’où ce nom de Portes de fer.
Une mosquée construite en même temps que Ketchaoua
Cette situation a changé après la construction de la route et de la voie ferrée, même si ces dernières passent toujours par la zone. Les habitants qui ont perdu le pouvoir politique et surtout les entrées du détroit n’avaient plus le choix que de s’occuper de leurs oliviers, d’autant que l’emplacement des deux voies qui ont évité le village ne leur permettait pas de faire du commerce. Ils font également de l’apiculture et de l'élevage caprin. Mais le résultat était maigre pour une population qui a commencé à souffrir de la pauvreté et surtout de l’isolement. Il existe bien une activité de poterie et tapisserie appréciée au demeurant qui permettait aux femmes de s’en sortir. Des traces de cette activité étaient visibles des deux côtés de la RN5. Mais le tout était limité.
Les habitants étaient obligés de recourir à l’exode. Ils quittaient le village par centaines pour Alger, Constantine et Bejaïa principalement ou en France pour subvenir aux besoins de leurs familles.
Ce qui prive Ouled Sidi-Brahim de ses meilleures potentialités. Ces potentialités, le village en a toujours eu grâce aux valeurs de sérieux et d’authenticité reçus à l’instruction et à l’orientation dispensées par la zaouïa qui dépend de la mosquée. C’est ainsi que la localité qui a été pourvoyeuse de moudjahidine a donné quelques uns de ses meilleurs cadres, à l’image de Larbi Saadouni, ministre des Affaires religieuses dans les années 60, et Cheikh Saïd Bibani, membre de l’Association des ulémas. Le poète Kaci Oudhifella et l’écrivain Tassaâdit Yacine
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Aujourd’hui encore les jeunes cherchent à perpétuer ce génie créateur. Mais le manque de moyens ne leur permet pas d’aller loin comme leurs aînés qui ont eux aussi trouvé des cieux plus cléments ailleurs. L’APC leur a bien octroyé son ex-siège comme maison de jeunes. Mais les locaux sont exigus. L’activité présentée ne peut que s’en ressentir.
Pour le sport également les moyens font défaut. Il existe un seul terrain de jeu. Mais il n’a pas été homologué par la ligue de wilaya. Les équipes de la commune n’ont de ce fait pas de stade.
Génie créateur
Dans cette ambiance peu propice à la création, un habitant n’a pas trouvé mieux que de fabriquer un tracteur avec guidon qu’il a nommé le toc toc. Cet appareil, troisième prototype du genre, peut selon le fabricant régler le problème de l’absence de routes pour les champs sur l’autoroute, pour peu qu’une aide lui soit octroyée. Mais au-delà du projet, c’est surtout cette capacité des habitants à surmonter leurs problèmes qui fait plaisir. Leur génie créateur est toujours présent. Heureusement que le projet d’autoroute a été lancé. L’espoir est revenu dans l’esprit de la population de cette commune. Beaucoup d’habitants retournent au village et avec eux des visiteurs qui ne savaient à quoi correspondait le nom de Ouled Sidi-Brahim.
Cette découverte est l’un des bienfaits de l’ouvrage qui a changé la carte des localités qu’on peut voir de la voiture ou du bus. Autant dire que le spectacle garanti est en lui-même un avantage pour ladite localité qui se retrouve sous les feux de la rampe ou plutôt des phares.
Amar Ghoul, le ministre des Travaux publics, avait coutume de dire que l’autoroute est telle une rivière, “là où elle va, elle apporte le bien’’. Pour Ouled Sidi-Brahim, le projet du siècle a assuré également des centaines d’emplois. Pendant les années de sa réalisation, les jeunes de la localité qui souffraient justement de chômage, étaient sûrs de trouver un travail. Ce qui a permis même une croissance du commerce. Les familles n’étaient plus dans la même détresse. Les demandeurs venaient même des autres villages dans l’espoir d’avoir un poste.
En attendant les projets
Mais avec la livraison dudit projet, la détresse est revenue, en attendant les autres biens qui ne sont pas encore visibles pour les habitants. La publicité assurée au lieu devrait lui attirer des visiteurs, des investisseurs et des projets qui garantiront des richesses et des emplois, d’autant que la localité dispose de potentialités certaines en matière d’agriculture et de tourisme.
En attendant que la dynamique s’enclenche, même si l’opération peut prendre des années, c’est le développement local qui pointe dans la région avec plusieurs projets dans les domaines de l’habitat, du gaz naturel, la santé et surtout l’emploi. En effet, la commune a bénéficié dans le cadre du premier chapitre d’un programme de 450 logements dont 300 attribués dans le cadre de l’habitat rural. La demande évaluée à 450 dossiers doit être satisfaite grâce aux prochains programmes.
Pour le second, le village de Tizi Kchouchène a été pourvu en gaz, alors que le chef-lieu de la commune attend la réalisation du réseau de transport.
Cette opération qui a nécessité un financement de l’ordre de 10 milliards de centimes est au stade de la passation de marché. Une polyclinique et un bureau de poste sont également inscrits pour améliorer la prise en charge des habitants. Rappelons que la commune n’est dotée que de 2 salles de soins qui ne disposent même pas de médecins. Mais c’est surtout l’emploi qui tranche ce bilan avec le lancement du projet non moins important de la double voie électrifiée à Bordj Bou-Arréridj. Cette voie qui passe par la région, rappelant sa position stratégique, nécessitera autant d’emplois que l’autoroute.
La wilaya de Bordj Bou-Arréridj a bénéficié de 4.000 postes sur les
12.000 créés dans le cadre de ce projet. Cet apport s’ajoute aux postes offerts dans le cadre du dispositif d’aide à l’emploi adopté par l’Etat pour diminuer les craintes des jeunes qui sont assurés d’un revenu stable pour quelques années encore.
Le revers de la médaille
Mais les habitants qui reconnaissent ces efforts souhaitent des solutions durables. Les mêmes citoyens qui admettent également ce que l’autoroute leur a apporté (désenclavement, emplois) formulent cependant quelques critiques qui leur font regretter presque l’époque d’avant l’autoroute. Outre la disparition de la tranquillité et le calme qui ne résistent pas à l’analyse de beaucoup d’autres citoyens, les contestataires du projet ont un argument de taille qui n’a rien à voir avec les sentiments. Ils sont tout simplement séparés de leurs champs d’oliviers. Comme ces derniers sont leur principale source de revenus, ils ont du mal à y accéder. Il y a bien des passages qui ont été aménagés par l’entreprise de réalisation. Mais ces passages ne sont pas nombreux et peu larges. L’accès motorisé à leur champs n’a pas été aménagé pour ramener la récolte, ils doivent faire un long détour, synonyme de dizaines de kilomètres, ou abandonner l’activité. Certains prennent le risque de traverser l’axe routier. Mais la mort est souvent au rendez-vous. Pour se rendre également à Alger, Bordj Bou-Arréridj ou Bejaïa, ils doivent également faire le même détour alors que l’autoroute est à côté. Autant dire qu’ils ne peuvent profiter de cette proximité qui ressemble pour eux à un mirage. Ils ont bien demandé un accès. Mais la réponse des responsables a été négative. Ce qui ne les empêche pas d’espérer et même de faire pression pour que leur appel soit entendu.
En attendant l’eau du barrage de Tisseldit
Par ailleurs, ces citoyens qui n’utilisent leurs robinets qu’une fois tous les 10 jours attendent avec impatience la livraison du grand projet de transfert hydrique. Ce projet, qui concerne toutes les communes de la daïra de Mansourah qui manque de ressources sur ce plan, doit permettre à la population de la daïra de bénéficier d’un apport du barrage de Tisseldit situé à Bouira. Malheureusement, les procédures de passation de marché ne sont pas encore terminées. L’étude qui a pris un délai important a été quant à elle terminée. Comme l’eau est source de vie, des projets voient le jour dans cette perspective. Les oliviers qui n’ont jamais été aussi proches des habitants renaissent de leurs cendres. Notons que des surfaces importantes de ces arbres ont péri à cause de la sécheresse et surtout des incendies emportant avec des années de labeur. 50 hectares vont ainsi être implantés dans un premier temps. Ce qui permettra d’augmenter les capacités de production de la commune. Se posera alors un autre problème qui est le manque d’huileries avec la fermeture de l’unité qui dépend de l’APC. Un casse-tête de plus pour les agriculteurs qui sont obligés d’aller jusqu’à Beni Mansoura située dans la wilaya de Bouira pour transformer leurs olives. L’absence de lycée pose problème également pour les parents obligés d’inscrire les filles à Mansourah et les garçons à El Mehir en internat puisque le transport scolaire ne suit pas la demande. Beaucoup de contraintes donc pour une population qui ne veut abdiquer devant la misère, d’autant que la région recèle de potentialités. Là aussi l’autoroute qui sert d’épouvantail actuellement, de l’aveu des habitants, peut leur apporter beaucoup en matière de commercialisation pour peu qu’ils puissent y accéder. Ouled Sidi- Brahim n’est pas seulement une belle image qu’on oublie quelques kilomètres après l’avoir vue. C’est aussi une commune en mouvement. Son histoire chargée est un signe de ce que peut être son avenir. Le projet du siècle n’a montré qu’une légère facette. Il reste l’autre côté, bien plus intéressant.
F. D.
BRÈVES
Médéa
Le Rob et Halwet Laaneb, derniers survivants de l’art culinaire traditionnel
Le "Rob", suc épuré, obtenu de la variété de raisin, le "Cinsault", et le boudin de gelée de raisin aux amandes, sont les derniers survivants d'une tradition culinaire séculaire jalousement gardée par une minorité d’artisans établis à Médéa et ses environs.
Ces deux produits phares de l’art culinaire populaire de l’ancienne capitale du Titteri sont aujourd'hui menacés de disparition du paysage gastronomique local, en raison du déclin du secteur de la transformation traditionnelle du raisin.
Très répandue autrefois à Médéa, Benchicao, Si-Mahdjoub et Tizi-Mahdi, cette pratique a perdu, aujourd’hui, l'essentiel de ses artisans.
Beaucoup d’entre eux se sont reconvertis dans des activités plus lucratives et moins contraignantes, alors que d’autres ont préféré abandonner ce métier.
Les changements dans les habitudes de consommation de la société, induits par la sédentarisation galopante de la population, ont eu pour conséquence un recul de la demande sur ces deux produits, auxquels certains attribuent des vertus thérapeutiques.
Si le "Rob" et le "boudin de gelée de raisin aux amandes", connu aussi sous le nom de "halwat laaneb", ne font plus recette que lors des occasions de la fête de Yennayer, c’est à cause, en partie, des nouvelles orientations en matière agricole qui ont profité à d’autres filières, aux dépens de la viticulture, censée assurer l’essentiel du produit brut indispensable au maintien de cette activité de transformation.
L’archaïsme du système de fabrication et de commercialisation de ces produits, vieux de plusieurs siècles, est l’autre facteur à l'origine de la disparition ou de la reconversion de nombreux ateliers de transformation qui existaient dans ces régions.
Le petit noyau industriel, qui a mis plusieurs décennies pour se constituer, a vu son élan freiné subitement, en raison de la régression de l'activité viticole. Au lieu d'assister à une expansion des activités de transformation, l'inverse s'est produit, au point où l'essentiel de l'activité de transformation s'est réduite à une simple activité domestique traditionnelle, assurant de maigres ressources aux familles qui continuaient à la pratiquer.
En dépit de ces aléas, les produits dérivés du raisin continuent d'être déclinés sous différentes formes, nectar, pâte concentrée, gélatine, et autant de parfums, très prisés, que ce soit lors des grandes fêtes locales ou pendant l'hiver, vu leur apport énergétique et les vertus thérapeutiques qui leur sont attribuées.
Skikda
Le club d’astronomie, pôle d’attraction des jeunes
Le club d'astronomie du centre des loisirs scientifiques qui se trouve au centre-ville de Skikda attire de plus en plus de jeunes et d'enfants, passionnés par la découverte des secrets de l'astronomie, a-t-on appris de son responsable. Le club est devenu, selon M. Ahmed Benyoucef, un lieu d'échanges et de rencontres pour les jeunes et les moins jeunes de la ville de Skikda. Il leur offre également la possibilité de découvrir et de comprendre le monde de l'astronomie, a-t-il ajouté.
Le même responsable a indiqué qu'en plus des moyens pédagogiques qui sont mis à la disposition des adhérents, le club possède également un planétarium (une salle circulaire surmontée d'un dôme hémisphérique présentant une reproduction du ciel avec ses constellations et ses étoiles) qui permet aux habitués de découvrir, dans un voyage virtuel, quelques secrets du cosmos. Les responsables du club, qui accordent une importance primordiale à la formation, entendent, dans ce cadre, nouer des relations avec plusieurs fédérations arabes dans le but d'intensifier les échanges afin notamment de permettre aux jeunes passionnés d'astronomie de prendre connaissance des nouvelles techniques en matière d'astronomie, a ajouté la même source.
Aïn-Témouchent
2.000 postes d’emploi dans le cadre du projet d’abri de pêche de Malouze
Deux mille (2.000) postes d’emploi seront générés par le futur abri de pêche de la zone côtière de Malouze relevant de la daïra d'Oulhaça dont l’étude vient d’être lancée, a-t-on appris lundi auprès de la Direction de la pêche et des ressources halieutiques (DPRH) de la wilaya d’Aïn-Témouchent. Grâce à cet important projet, la daïra d'Oulhaça qui présente tous les atouts pour accueillir cette infrastructure de pêche, synonyme d’enrichissement pour la région, pourra créer quelque 2.000 postes d’emploi, a-t-on estimé.
Retenu dans le cadre du programme quinquennal 2010-2014, cet abri de pêche peut accueillir 150 petits métiers qui généreront 300 postes d’emploi directs pour deux communes (Sidi Ouriache et Oulhaça) et 1.700 autres emplois indirects, a-t-on précisé à la DPRH.
Cette région à vocation agricole et qui réceptionnera, prochainement, une ferme aquacole à Rachegoune, dénommée "Aqua-Tafna", pourra répondre aux besoins en emploi et développer des petites et moyennes industries (PMI) autour du secteur de la pêche.
L’étude est appelée à déterminer la rentabilité d’un tel projet, s’agissant là d’un investissement lourd, a-t-on souligné.
Visant l’amélioration de la production piscicole, le futur abri de pêche sera protégé naturellement par une berge. Il s’ajoutera aux deux ports de pêche en exploitation au niveau de la wilaya. Il s’agit de ceux de Beni Saf et de Bouzedjar qui ont bénéficié, ces deux dernières années, de travaux de dragage.
Repères
La commune, qui compte 2.737 habitants, s’étend sur une superficie de 7.708 hectares. Elle est située à la frontière de la wilaya de Bordj Bou-Arréridj avec celle de Bouira. Elle constitue par conséquent la portière de la wilaya et avec elle l’Est algérien. Elle est limitée par El Mehir et Harraza au sud, Ahnif et Taourirt à l’est, Mansourah et Theniet Nasr au nord. 70 kilomètres séparent son chef-lieu de la ville de Bordj Bou-Arréridj.
- Publié dans :
- Ouled Sidi-Brahim ,
- Est-Ouest
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