mardi 22 mai 2012 08:46:26

Révélations en chaîne sur les implants mammaires défectueux : Psychose en France

Un gel contenant un additif de carburant, des enveloppes qui suintent et une entreprise qui ignore les risques : les révélations en cascade sur les implants mammaires de la société française PIP alimentaient la psychose.

PUBLIE LE : 04-01-2012 | 0:00
D.R

Un gel contenant un additif de carburant, des enveloppes qui suintent et une entreprise qui ignore les risques  : les révélations en cascade sur les implants mammaires de la société française PIP alimentaient la psychose.

Pas un jour passe sans l'annonce de l'ouverture d'une enquête, comme ce week-end en Italie, demande d'information ou nouvelle plainte. Les avocats de femmes porteuses de ces prothèses défectueuses réclament de nouvelles analyses à l'Agence française de sécurité sanitaire (Afssaps), qui avait réalisé les premiers tests ayant conduit au retrait du marché des implants PIP en mars 2010. Selon la radio RTL, les prothèses de l'entreprise Poly Implant Prothèse (PIP) contenaient un mélange de produits commandés à de grands groupes de chimie industrielle, dont l'additif pour carburant Baysilone, sans que leur éventuelle nocivité sur l'organisme n'ait fait l'objet de tests cliniques.     
L'avocat de Jean-Claude Mas, fondateur de PIP, visé en France par deux enquêtes judiciaires, pour "tromperie aggravée" et "homicides involontaires",   et en Italie pour "fraude commerciale" et "vente de produits dangereux", a immédiatement démenti la présence de composants industriels. Ces révélations "n'ont pas de sens", a dit à l'AFP
Me Yves Haddad. "Il s'agit de produits alimentaires, utilisés dans la composition des produits de beauté". Au contraire, les victimes voient leurs inquiétudes renforcées. "D'après l'Afssaps, on savait qu'il s'agissait d'un gel impropre, utilisé dans l'alimentaire et l'informatique", a expliqué le médecin-conseil d'une association de porteuses d'implants PIP, Dominique-Michel Courtois. Mais "on ne pouvait pas penser que le gel ait pu contenir un additif pour carburants. C'est pourquoi on réclame des analyses de prothèses directement prélevées sur les patientes", a ajouté l'un des avocats des plaignantes, Me Philippe Courtois. Des analyses à l'étranger sont aussi nécessaires, selon lui, après la révélation d'un taux de rupture des prothèses plus élevé en Grande-Bretagne.     
Plus de 2.500 plaintes ont déjà été déposées en France, où environ 30.000 femmes sont porteuses de ces prothèses. Vingt cas de cancers ont été déclarés  parmi ces femmes, sans qu'un lien n'ait pu être établi à ce jour avec le fait de porter des implants PIP. L'Afssaps avait mis en évidence en mars 2010 un gel non conforme dans ces prothèses, avec un risque élevé de rupture des enveloppes et de suintement du gel. Des échanges de courriels et des rapports émis au sein de la société, consultés par l'AFP, indiquent que ce risque de rupture était connu depuis longtemps, alors que Jean-Claude Mas a toujours nié la toxicité de ses produits pour la santé. "Encore une ! Nouvelle rupture d'enveloppe gel implantée en 2003 (...) Toujours pas d'explications ?", "Comment se fait-il qu'en ouvrant une boîte, le chirurgien constate un trou, donc une fuite de gel ?", "Si un problème d'enveloppe éclatait, je vous laisse deviner la suite", rapportent des commerciaux en 2005 et 2006. "Le chiffre d'affaires est plus important que la constitution des  enveloppes", leur rétorque alors une responsable du marketing.     
La justice soupçonne les dirigeants de PIP, en proie à des difficultés  financières, d'avoir fait des économies sur la fabrication. Selon un ancien de PIP, l'enveloppe des prothèses avait aussi été modifiée pour n'utiliser qu'un seul composant, au risque d'accroître le taux de déchirure. Reste à savoir comment l'entreprise a pu contourner les contrôles. "D'après ce que nous a dit un employé, le gel pour lequel PIP avait reçu une autorisation était stocké dans des cuves pour les contrôles, tandis qu'un autre, moins cher, l,ui était substitué dans la fabrication", avait expliqué un avocat à l'AFP en juin 2010. "On ne connaît pas encore la composition de ce gel et on peut se poser des questions sur sa nocivité", avait-il ajouté. L'entreprise PIP, en faillite depuis mars 2010, produisait jusqu'à 100.000 prothèses par an, dont 84% partaient à l'exportation, notamment en Amérique latine, en Espagne et en Grande-Bretagne.   

Ouverture d’une enquête en Grande-Bretagne
Le principal groupe britannique de chirurgie esthétique a révélé avoir enregistré un taux de rupture des implants mammaires PIP, au cœur d'un scandale planétaire, "sept" fois plus élevé qu'estimé jusqu'à présent au Royaume-Uni, a rapporté le Sunday Telegraph. Les chiffres fournis par la société Transform expliquent la raison pour laquelle les autorités britanniques ont annoncé samedi l'ouverture d'une enquête sur les risques des prothèses PIP, fabriquées en France et portées par environ 42.000 femmes au Royaume-Uni. Selon les chiffres cités par le Sunday Telegraph, un implant sur 14 posé par Transform s'est déchiré depuis 2006, ce qui représente un taux de rupture de 7%, alors que l'agence britannique de surveillance des produits médicaux (MHRA) évalue ce taux à 1% à l'échelle nationale. "Nous pensons - et cela a besoin d'être vérifié - que le taux de rupture est plus élevé, à environ 7%", a déclaré une source chez Transform, citée par le Sunday Telegraph. L'Agence française des produits de santé (Afssaps) "suggère un taux de défaillance, notamment de rupture, d'environ 5% en France", selon le MHRA. Transform n'était pas joignable dimanche, et le ministère britannique de la Santé n'a pas souhaité commenter les chiffres publiés par le Sunday Telegraph. "Il y a des données contradictoires sur le taux de rupture", a simplement expliqué à l'AFP un porte-parole du ministère pour justifier l'enquête en cours. "Nous avons besoin de comprendre quel est le taux de rupture", a-t-il ajouté, affirmant que "les femmes ne devraient pas être inquiètes et qu'elles n'ont pas besoin de se faire retirer ces implants sauf en cas de rupture". Les autorités françaises ont, elles, recommandé aux 30.000 femmes qui portent en France des prothèses mammaires PIP de se les faire retirer. Certaines de ces prothèses sont remplies d'un gel de silicone non médical, qui entraîne des risques accrus de fuite et de rupture de l'enveloppe de la prothèse, selon le gouvernement français. Vingt cas de cancers survenus chez des femmes porteuses de prothèses mammaires PIP ont été déclarés en France aux autorités sanitaires.    

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