lundi 11 dcembre 2017 14:17:30

Rencontre autour des événements du 11 décembre 1960 : Quand les anciens font la leçon aux jeunes...

On ne le répétera jamais assez, l’histoire d’un peuple appartient à la mémoire collective et seulement à cette mémoire collective. De fait et corollaire immédiat nul n’a le droit de la confisquer ou encore moins d’en faire un fonds de commerce...

PUBLIE LE : 12-12-2011 | 0:00
D.R

Il y avait foule hier matin au Centre national des moudjahidine jouxtant le Théâtre national algérien et pour cause : environ quatre cents jeunes potaches encadrés par leurs enseignants et à l’initiative conjointe de l’association Machaal Echahid et le ministère de l’Education nationale sont venus boire les paroles de leurs aînés racontant, avec émotion et humilité, la glorieuse épopée de Novembre et les non moins historiques manifestations du 11 décembre 1960, réprimées dans le sang...

On ne le répétera jamais assez, l’histoire d’un peuple appartient à la mémoire collective et seulement à cette mémoire collective. De fait et corollaire immédiat nul n’a le droit de la confisquer ou encore moins d’en faire un fonds de commerce... Sus donc aux faussaires et trabendistes de tous poils. C’est un peu le message qu’ont voulu transmettre les anciens moudjahidine tous émus et heureux surtout de raconter hier, symbolisée par la grandiose Révolution de novembre, aboutissement de tout un préalable processus de maturation graduelle dès le soulèvement déjà du 8 Mai 45 pour ne pas remonter trop loin dans l’histoire.
Aujourd’hui encore il a été question du mouvement nationaliste rapportée et relatée par une génération d’octogénaires pas tout à fait comme les autres. Toujours bon teint bon œil comme si toutes les atrocités subies sous l’ère colonialiste n’ont fait que décupler leur fureur de vivre encore et toujours debout.
D’ailleurs un slogan de l’époque « Mourir debout que de vivre à genoux » est à lui seul suffisamment révélateur de l’état d’esprit qui animait tous ces jeunes patriotes de la premiére heure doublé d’un haut niveau de conscience.
Et on ne sait que trop, que le courage est la meilleure forme de conscience. Ceci étant et pour en revenir à cette rencontre intergénérationnelle force est d’admettre et contrairement à nombre de préjugés à propos d’une jeunesse prétendument fâchée avec l’histoire et tout ce qui rappelle l’ancien, le rendez-vous d’hier aura démontré tout à fait le contraire : une jeunesse passionnée du passé, réfléchie, respectueuse et admirative des aînés et surtout, surtout ayant soif d’en apprendre toujours un peu plus. Bien sûr que l’histoire comme le rappellera Rabiai Abdelhamid avec sa verve d’orateur emprunté à sa vocation initiale de comédien et dramaturge sans doute, pour exciter davantage la curiosité de l’auditoire juvénile et le motiver « est une matière obligatoire »  rappelle-t-il. Mais on devinera également à la pertinence des questions posées par l’assistance que les potaches entendaient profiter pleinement du  témoignage parfois pathétique et poignant de la vieille garde. Celle qui sait qu’elle doit passer le témoin non sans en instruire au préalable la génération du soleil des tenants et aboutissants de la glorieuse révolution du 1er Novembre 54. Au retentissement universel par ailleurs, à telle enseigne que le général Giap himself n’aura pas manqué d’en souligner dans les cénacles mondiaux qui plus est toute la grandeur et la résonnance. N’en déplaise au général De Gaulle et son si lourd et si significatif « je vous ai compris » aprés avoir vainement tenté de réduire le peuple algérien et l’Algérie à « une Algérie algérienne ». Autrement dit un concept fort réducteur et ô combien péjoratif dans son esprit et celui des tenants indécrottables de « l’Algérie française », lancé  alors à partir de Ain-Temouchent... Heureusement que l’histoire reconnaît toujours les siens. Et les moustadmiroun ou destructeurs pour paraphraser Mouloud Kacem Nait Belkacem réaliseront un peu tard, tout de même, « qu’un peuple averti en vaut deux ». Quant à tous les détracteurs primaires et impénitents qui éprouvent encore une haine viscérale et épidermique envers le peuple algérien qui en a vu bien d’autres au cours de son histoire millénaire, que Dieu leur pardonne.  En attendant, la nouvelle génération dispose grâce à ces témoignages inestimables d’une véritable banque de données dont il serait peu de dire, hors toute sublimation ou apologie indésirable, qu’elle lui offrira toute la latitude de porter le regard qui sied sur la marche et la démarche à suivre pour ne pas dévier des idéaux de Novembre. Faut-il enfin rappeler que les jeunes martyrs Farid Maghraoui et Saliha Ouatiki sont tombés au champ d’honneur lors de ces manifestations historiques qui ont embrasé tout le pays et la capitale en particulier de Belcourt à Bab el Oued en passant par Clos Salembier, hauts lieux de la résistance s’il en est.  Prix payé pour ce vent de légitime révolte :  150 martyrs à Alger et 300 dans tout le pays. Et cinquante et un an après, tout le monde s’en souvient comme si cela datait d’hier. Gloire donc à tous nos valeureux martyrs, el majd oua elkhouloud lichouhadaina el abrar...
Amar Zentar

Le moudjahid Yahia Medouni témoigne
Pour célébrer le 51e anniversaire des manifestations populaires du 11 décembre 1960, l’association à caractère culturel et historique Machaâl Echahid a organisé une conférence débat sur le thème, hier, au club du Moudjahid, sis square Port Saïd à Alger, avec la participation de nombre de moudjahidine de la capitale, parmi lesquels Yahia Medouni, un des principaux instigateurs  et néanmoins acteurs de ce haut fait de la Révolution de Novembre. Résidant à l’époque au quartier populaire de Belcourt, aujourd’hui Belouizdad (Alger), le moudjahid qui a maintenant 68 ans, a rappelé devant la nombreuse assistance présente, les incidents qui se sont produits en cet après-midi du 10 décembre 1960, après son interpellation par les CRS, suite à sa participation à une action musclée des jeunes du quartier contre un bus de partisans de l’Algérie Française, quelques heures auparavant.  Accourant sur les lieux, a-t-il ajouté,  le moudjahid Tahar Azzougui  est intervenu en force pour se faire remettre mes papiers,  provoquant  ainsi  une petite mêlée, qui a permis aussi à un jeune du quartier de subtiliser le révolver d’un policier…qui lui fut rendu plus tard, pour gagner sa confiance.  Nos compatriotes  ont commencé ensuite à affluer de toutes parts, a souligné le moudjahid, créant une véritable cohue sur les lieux.
Les slogans politiques fusent dans l’air. La foule, qui commençait à s’impatienter, décide alors de solliciter l’arbitrage du capitaine Bernard, responsable de la section de l’action urbaine (SAU), qui a promis d’intervenir pour  me libérer, en conseillant à la foule de crier « l’Algérie algérienne » à la place de « l’Algérie française ». Saisissant rapidement la nuance, a t-il ajouté, les jeunes ont commencé alors à crier à tue tête « L’Algérie musulmane », qui a été ensuite repris par les manifestants, partout à travers les villes d’Algérie, le lendemain 11 décembre 1960.
Mourad A.
 

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