Pierre Gadonneix, président du Conseil mondial de l’énergie, à El Moudjahid : “L’expérience algérienne dans le renouvelable va servir de référence”

Il y a également la question de remettre à jour, à partir de la perspective algérienne, notre compréhension des enjeux globaux de long terme et des moyens permettant de construire un système énergétique durable.
PUBLIE LE : 24-11-2011 | 0:00

 El Moudjahid : M. Gadonneix, au vu du contexte énergétique mondial qui prévaut actuellement, quels sont les objectifs assignés à l’assemblée exécutive du CME dont les travaux se déroulent cette année, à Oran ?
  M. Gadonneix : Concrètement, il s’agit de faire le point sur la contribution des hydrocarbures au système énergétique global, dans une région qui a connu et continue de connaître d’importants bouleversements cette année, qu’ils soient dus au développement des hydrocarbures non conventionnels, essentiellement outre-Atlantique, ou aux événements désignés par l’expression « printemps arabe », et à leur impact sur la volatilité des prix des hydrocarbures ou encore à la croissance persistante des sources d’énergies alternatives renouvelables et non carbonées.
Il y a également la question de remettre à jour, à partir de la perspective algérienne, notre compréhension des enjeux globaux de long terme et des moyens permettant de construire un système énergétique durable.
 
Pouvez-vous nous en dire plus  sur cette perspective algérienne, et en quoi elle peut être utile dans les « enjeux globaux », comme vous dites ?
  Vous savez, l’Algérie, comme d’ailleurs la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), est confrontée aux enjeux de long terme que connaît le monde entier. Il s’agit, entre autres, de la nécessité pour ce pays de créer le développement économique pour accroître le bien-être de son peuple et éradiquer la pauvreté, ce qui exige un approvisionnement énergétique sûr, dans un contexte de grandes incertitudes en ce qui concerne la croissance économique internationale, la concurrence des pays émergents et enfin les niveaux et la volatilité des prix des hydrocarbures.
Aussi, le challenge algérien est de trouver des solutions locales pour répondre à la pression croissante de l’acceptabilité  des solutions énergétiques
 
Pouvez-vous être plus explicite sur ce sujet ?

Je vous répondrai que la palette est large. Puisque les exigences vont notamment de la question de la protection de l’environnement et du climat, alors même qu’aucun cadre réglementaire international n’a été fixé pour guider les pays et les acteurs, de la sûreté des énergies, alors même que le monde sort troublé des récents accidents qui ont eu lieu de Blue Horizon dans le golfe du Mexique et plus récemment dans la centrale nucléaire de Fukushima
 
Justement, pensez-vous que l’expérience algérienne soit concluante en la matière ?
  Sans aucun doute. Les actuels développements algériens et plus globalement dans le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient, dans les énergies renouvelables, avec des projets  concrets et efficients, devront enrichir considérablement notre retour d’expérience et notre expertise sur les nouvelles technologies.
Ceci d’autant que l’Algérie dispose d’une position géographique stratégique et de ressources énergétiques renouvelables considérables.
  Je me félicite des efforts déployés pour maîtriser et développer les technologies propres à ce secteur ainsi que de l’expérience algérienne en matière de préservation des ressources d’énergie conventionnelles et d’investissement dans les énergies alternatives renouvelables.
C’est pour ça que les travaux du CME permettent précisément d’apporter une perspective et une richesse d’analyse locale sur des enjeux globaux.

Quelles sont les perspectives qui se présentent dans ce domaine ? Celui de l’énergie s’entend … ?
  En fait au vu de la nouvelle donne internationale, la nécessité de prendre en compte les tensions et les mutations que connaît le monde arabe  appellent à une réévaluation à court terme des niveaux de la demande énergétique, notamment des hydrocarbures, et des débats sur leurs impacts sur la volatilité des prix.
Aussi, face à ces enjeux, nous devons construire des systèmes énergétiques résilients, c’est-à-dire capables de répondre aux enjeux de long terme, tout en restant suffisamment flexibles pour bénéficier d’opportunités ponctuelles imprévues, comme c’est le cas pour les gaz non conventionnels, soit de proposer des solutions rapides à des obstacles inattendus, comme le coût du renforcement des mesures de sécurité sur « toutes les énergies ».

 Un dernier mot sur  votre propre perception de la politique énergétique  de l’Algérie et ses perspectives futures ?
  Concrètement, j’ai le sentiment que ce pays est en train de mettre en place son propre système énergétique, visant à la fois à sécuriser ses revenus actuels issus du commerce de l’énergie, en renforçant les réserves massives d’hydrocarbures, et en cherchant de nouvelles ressources, notamment non conventionnelles. Le projet de développement de cinq nouveaux bassins on shore créerait les conditions d’une véritable renaissance de l’industrie algérienne des hydrocarbures. A long terme, ce pays tient également à assurer sa propre alimentation en énergie, à asseoir sa posture d’exportateur et sa capacité à répondre aux enjeux environnementaux en développant des filières industrielles d’avenir, susceptibles de prendre le relais des filières fossiles conventionnelles, c’est-à-dire les énergies renouvelables où un effort massif est pensé à l’horizon 2030, c’est-à-dire demain !

Propos recueillis par Amel Zemouri
 
Qui est Pierre  Gadonneix ?
Docteur en économie d'entreprise de la Business School de l’université Harvard et ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1962) et de l'École nationale supérieure du pétrole et des moteurs, Pierre Gadonneix est né en 1943 à New York.
En 2004, il est nommé président d'Électricité de France, par le gouvernement  de Jean-Pierre Raffarin. Il avait été auparavant directeur général de Gaz de France entre 1987 et 1995, puis président de ce même groupe de janvier 1996 jusqu'à sa nomination à EDF. Il est devenu président-directeur général d'EDF. [ quitte son poste en 2009 []. []Il est actuellement président du Conseil mondial de l'énergie
A.Z.
 


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