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20 Août 1955—20 Août 1956 : Le Congrès de la Soummam, un impact exceptionnel

La journée du 20 Août 1955 est marquée par l’offensive des moudjahidine dans le Nord-Constantinois contre le colonialisme et ses forces d’agression en plein jour

PUBLIE LE : 19-08-2010 | 14:18
D.R.

Pour commémorer la date de la tenue du Congrès de la Soummam (20 Août 1956) et celle du 20 Août 1955, il a été décidé de décréter cette date (20 Août) comme journée du Moudjahed et de la célébrer chaque année pour honorer la mémoire des chouhada  tombés au Champ d’honneur et sauvegarder la dignité des moudjahidine encore vivants qui se sont sacrifiés au même titre que leurs frères chouhada pour libérer la patrie du joug colonial.

La journée du 20 Août 1955 est marquée par l’offensive des moudjahidine dans le Nord-Constantinois contre le colonialisme et ses forces d’agression en plein jour, appuyée par des moussebline armés de toute sorte d’objets en mesure de se défendre, offensive qui a semé la peur dans les rangs des colons envahisseurs et fait trembler l’armée ennemie. Cette offensive est en réalité un événement local limité à une région du pays, mais son impact et sa résonance se sont répandus à travers le territoire national.
Par contre, la tenue du Congrès de la Soummam un an après, le 20 Août 1956, est considérée comme un événement à l’échelle nationale, ayant enregistré un impact exceptionnel, compte tenu des décisions prises dans les domaines  politique, militaire et structurel de la lutte armée; un événement historique qui a assuré la poursuite du combat libérateur jusqu’à la victoire.
Le Congrès est l’un des plus grands évènements qui ont marqué le parcours de la lutte de Libération nationale, du fait qu’il s’est tenu en plein combat et au cœur même du territoire national, sans que l’ennemi ne découvre la date et  le lieu, au même titre que le déclenchement de Novembre 54, dont la surprise a dérouté l’ennemi et n’a pu se rendre compte qu’après coup, pour réagir sauvagement avec une répression féroce contre la population.
Ce Congrès de la Soummam aurait pu avoir plus de réussite et d’efficacité dans l’application de ses décisions si le grand chahid Mustapha Ben Boulaïd, l’un des piliers de la Révolution de Novembre avait assisté à ses assises et contribué à son impact à l’intérieur et à l’extérieur. Malheureusement, ce grand héros national, chef de la zone des Aurès-Nememcha était déjà décédé, son corps déchiqueté avec quelques compagnons moudjahidine , à la suite d’une tragique déflagration d’un poste parachuté, paraît-il, et remis spécialement entre les mains de Ben Boulaïd au lieu-dit “Tafreinte” dans le massif du djebel Lazrag le 23 mars 1956, c’est-à-dire cinq mois avant la tenue du Congrès. C’était donc une perte ressentie par tous les moudjahidine, notamment ses frères dirigeants de la première heure, avec lesquels il a  décidé de se réunir six mois après le déclenchement du 1er Novembre 1954 pour faire le point de l’impact des premiers mois de la Révolution.

Un facteur de réussite et de  concorde
Après avoir échappé à la mort en février 1955 aux frontières entre la Tunisie et la Libye sur son chemin vers l’extérieur à la recherche des armes, il a été capturé par les forces ennemies; il a été condamné à la peine capitale et emprisonné à la prison de Constantine.  Armé de foi et d’un courage hors du commun, il a pu s’évader en compagnie d’une dizaine de condamnés pour rejoindre les Aurès et reprendre la direction de la lutte armée; mais le destin en a décidé autrement. Scandalisé par la situation dégradante de certains moudjahidine dirigeants pendant son arrestation, il a essayé de redresser la situation en tenant plusieurs réunions; celle de djebel Lazrag lui a été fatale le 23 mars 56 où il tomba au champ d’honneur.
Un autre héros parmi les six historiques tomba aussi au champ d’honneur le 18 janvier 1955; il s’agit de Mourad Didouche, chef de la Zone 2 au djebel Boukerkar à la suite d’un accrochage violent avec l’ennemi supérieur en nombre et en  armes.
Un autre dirigeant parmi les six, Rabah Bitat, chef de la Zone 4, a été arrêté lui aussi à Alger début 55, pour porter le nombre d’absents au Congrès de la Soummam à trois parmi les six historiques chargés de diriger la lutte de Libération nationale.
Un autre facteur de réussite et de concorde nationale aurait pu avantager le Congrès de la Soummam si la délégation extérieure de la Révolution avait assisté aux grandes décisions qui ont été prises dans tous les domaines, et on aurait pu éviter la crise profonde de 1962, et la confrontation fratricide qui s’en est suivie pour s’emparer du pouvoir au lendemain de l’indépendance, dont les retombées n’ont pas cessé d’affaiblir l’Algérie jusqu’à présent en temps qu’Etat et Nation.
Mais ce congrès de la Soummam qu’on peut qualifier d’extraordinaire, malgré l’absence de certaines grandes figures, comme les chouhada Mourad Didouche, Mustapha Ben Boulaïd tombés au champ d’honneur, le premier en  janvier 1955, le deuxième en mars 56, le chahid Boudiaf assassiné en sa qualité de Chef de l’Etat en juin 1992 après avoir répondu à l’appel de la nation pour être utile à la patrie, et malgré l’absence de la délégation extérieure dont les membres sont aussi de grandes figures du nationalisme et de la Révolution, les grands chefs ayant participé au Congrès, n’ont ménagé aucun effort pour élaborer une stratégie de   guerre, digne des grandes révolutions de l’époque contemporaine et qui répondait aux exigences d’une guérilla capable d’affronter une grande armée disposant de toutes les armes redoutables comme l’armée française, soutenue par l’armada de l’Alliance atlantique.
L’unification de la direction de la Révolution armée pour la première fois dans l’histoire des insurrections survenues durant la période coloniale est l’une des décisions historiques du Congrès de la Soummam, avec la création d’un CNRA, du CCE, symbole de la direction collégiale, l’organisation du territoire national en six Wilayas, plus la Zone Autonome d’Alger, la création de la Fédération FLN en France, l’adoption de la plate-forme politique qui a permis la mise en place des structures et instances de la Révolution sur les plans intérieur et extérieur, en vue de transformer la lutte armée en une révolution populaire, et définir le champ d’action sur le plan diplomatique et conquérir l’opinion internationale pour soutenir la lutte armée du peuple algérien et son droit à recouvrer sa souveraineté nationale.
L’organisation des moudjahidine en une armée de libération digne de ce nom, est fière d’être l’héritière de l’Emir Abdelkader, avec ses unités régulières, du faoudj au bataillon, avec ses grades jusqu’au colonel, assurant sa formation militaire et l’acquisition des armes de plus en plus modernes pour faire face aux forces de l’ennemi, sans oublier la stratégie en vigueur de guérilla qui est la sienne.
Les décisions prises par le Congrès dans les domaines de l’organisation populaire, de la logistique, de la santé, du domaine spirituel et religieux, enfin rien n’est laissé au hasard; ce qui prouve que les participants au congrès sont des génies d’inspiration pour diriger une lutte armée. Les Ben M’Hidi, Krim, Abbane, Zighoud, Ouamrane, Bentobbal et autres Amirouche, Benaouda, Bouguerra, Temmam n’ont pas démérité et se sont élevés au niveau des officiers supérieurs de l’armée ennemie, y compris les stratèges militaires et politiques de l’Etat français à travers toutes les années de guerre jusqu’au général de Gaulle.

Unité et union
Si l’offensive du 20 Août 55 dans le Nord- Constantinois a permis à la lutte armée de s’affranchir de la clandestinité, d’agir au grand jour contre l’oppresseur ennemi, de faire la jonction entre les régions du pays avec rapidité, de desserrer l’étau ennemi dans les Aurès, bref, de réussir sur le plan politique malgré un énorme sacrifice en pertes humaines chiffrées à plusieurs milliers, cet événement restera dans les annales de la Révolution comme un symbole de sacrifice, de défi par les moudjahidine soutenus par la population pour affronter les forces colonialistes au grand jour et transformer la lutte armée en une révolution populaire.
Le Congrès de la Soummam du 20 Août 1956 s’est tenu pour structurer et organiser cette révolution, lui donner une assise nationale et révolutionnaire et lui assurer une présence sur le plan international, un Congrès dont la réussite dépasse l’imagination et les pronostics.
C’est un Congrès de l’unité et d’union dans l’action, dont les décisions ont assuré la continuité du combat malgré les difficultés et le poids redoutable de l’ennemi.
De nos jours, en temps de paix, les congrès qui se tiennent dans le monde exigent une période de préparation assez longue, avec un choix de lieu, de date et de la qualité des participants à ne pas négliger pour la réussite d’un congrès.
Mais tenir un congrès en plein combat, sur un terrain où les forces ennemis sont fortement implantées, disposant de tous les moyens de détecter toute information et action, se retrouver en conclave dans le secret absolu, dans les maquis de la Vallée de la Soummam de la Wilaya III, pour discuter et étudier les problèmes de la lutte armée pendant une dizaine de jours environ en tant que dirigeants de cette lutte armée, prendre les décisions qui s’imposent et achever le congrès dans de meilleures conditions de sécurité et de sérénité, assurées par le vaillant chef de la Vallée, le chahid Amirouche, assisté d’un état-major efficace composé d’éléments les plus sûrs et compétents, la réussite d’un tel congrès relève du miracle des hommes et aussi de l’aide de Dieu et de la baraka de valeureux chefs moudjahidine, dont la plupart sont des chouhada, et quelques-uns sont encore vivants.
Que Dieu leur accorde longue vie pour permettre aux générations montantes d’apprendre l’Histoire,  tout au moins une partie seulement de cette glorieuse Révolution algérienne. En cette journée de recueillement  qu’est la journée du Moudjahed (20 Août) de chaque année, cette date ne fait que rappeler au peuple algérien son devoir sacré de  vénérer les chouhada, d’en tirer les leçons nécessaires pour la sauvegarde de l’unité nationale, de construire le pays et de participer à l’épanouissement et à la prospérité de l’Algérie des martyrs pour qu’elle soit et reste éternelle en tant qu’Etat et Nation.
Gloire à nos chouhada !!!
 

A.A.
(*) Ancien officier de l’ALN
Observation : Pour connaître le déroulement des travaux du Congrès, se référer à :
1- Mémoires de combat. Edition Dar-El-Oumma, mars 98.
2- Congrès de la Soummam. Dr Zeghidi. Musée du Moudjahed.
3- Revue du 1er Novembre, ONM.
4- Archives - El Moudjahed (56-62).

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