D.R
Trente ans déjà que cette pierre tombale portant l’effigie de Mahdjouba confère à ce lieudit une dimension qui fait tressaillir jusqu’aux plus endurcis des mortels. Dont le benjamin des fils, persuadé que le temps finirait, un jour ou l’autre, par panser toutes les blessures. Sauf celles de l’âme grevées à jamais...
Au détour d’un virage qui n’en finit pas de serpenter, surgit un hameau quelque part entre monts et vaux. Bohmar pour la petite histoire ne figure sur aucune carte de géographie. Un coin perdu difficile d’accès, abrupt tout comme la nature belle et rebelle. Seules cinq modestes familles y habitaient dans une solidarité à toute épreuve. D’autant plus, que les temps étaient alors vraiment durs. Da Mokrane se souvient comme si cela datait d’hier de ces hivers rigoureux, de cette neige qui atteignait parfois deux mètres de hauteur, de ces mansardes et estaminets, de la médecine traditionnelle, de l’école primaire déserte en saison hivernale pour cause d’éloignement d’abord, de paupérisation collective ensuite et surtout de ces fameuses engelures qui provoquaient aux pieds et aux mains des douleurs sanguinolentes et atroces. Mais personne ne se plaignait ni ne gémissait d’être pauvre. Chaque âme assumait ce «statut» à sa manière. Et notamment en livrant à la terre ingrate un combat sans merci. Chaque jour que Dieu faisait, et à plus de quatre-vingts ans qu’il porte aujourd’hui avec cette dignité légendaire des gens bien-nés, Da Mokrane ne pipe mot de sa piètre condition humaine. Et même lorsqu’on le pousse aux confidences, histoire d’en tirer quelque croustillant détail dont raffolent les hommes de médias, rien à faire ; motus et bouche cousue semble être sa devise sinon sa raison d’être et de vivre. Il préfère s’exprimer tantôt en périphrases, tantôt en phrases sobres toutes de pudeur habillées. Jamais un mot de trop et encore moins un mot déplacé. Droit comme un i, il vous donne des complexes sur votre prétendue jeunesse... Mais a t-il eu un jour l’idée de quitter ce lieudit d’apparence maudit ? Réponse cinglante qui tombe comme un couperet ; cela ne m’a jamais effleuré l’esprit. Tu vois là-haut, tout haut cette montagne et bien crois-moi ou non, chaque matin au réveil et après la prière de l’aube, j’ai l’impression de la redécouvrir avec ses mille et une facettes, ses mille et un secrets. Dont certains à jamais incrustés dans ma mémoire et que j’emporterai donc dans ma tombe. Tu es quand même monté une fois de ton existence en ville non ? Je t’ai déjà dit que la ville c’est fait pour des gens comme toi. Ceci dit, honni soit qui mal y pense, et je respecte même ton statut, tu vois, c’est pour dire... Oui, Da Mokrane les vieux ont toujours la sagesse pour eux et je m’en voudrai de la contester... Et pour bien marquer son territoire si ce n’est son terroir, Da Mokrane extirpe de la poche intérieure de sa gandoura made in local bien sûr sa corne de boeuf «magique» qui contient l’inévitable «neffa» remontant aux temps immémoriaux. Il s’envoie alors une bonne dose de cette substance «miraculeuse» avec une dextérité inouïe. Pas un milligramme de perdu de ce précieux remontant. Et pour cause ! Sa lèvre inférieure gonflée, il trouve tout de même le ressort et les ressources nécessaires pour poursuivre la conversation en prenant le soin de ne pas mâcher ses mots et surtout de bien se faire entendre et comprendre : vous les gens de la ville « shab lemdina », vous n’avez rien compris à l’histoire. Vous considérez les montagnards avec ce mépris injustifié et qui m’écœure. Vous les regardez d’un peu trop haut à mon sens. Alors que rien a priori ne justifie pareille attitude à ma conaissance. Sauf, évidemment, disposition contraire de votre part...Voilà maintenant que tu me tiens un langage d’adminitratif Da Mokrane, ben dis-donc on en apprend des choses avec toi... Sur ces entrefaites, mon compagnon d’infortune me salue courtoisement et m’invite comme nombre de mes alter ego à songer un jour revenir à mon humus natal. Et de conclure ainsi cette rencontre conviviale et fort instructive pour le moins : je ne comprends pas comment on peut rompre définitvement avec son cordon ombilical même si ce n’est qu’un fil ténu, un pâté de maisons égaré entre ciel et montagne. Tout ce site où tu as poussé tes premiers vagissements devrait te faire vibrer. Le cas échéant je te recommande humblement d’aller te faire psychanalyser, citadin de la vingt-cinquième heure. Allez, disparais de ma vue et sans rancune fiston. Quant à moi je créverai ici contre vents et marées, pour le pire et le meilleur. Car ce modeste lieudit est ma seconde patrie après la grande... Quelle grande leçon qui remet mon petit ego à sa juste place... Au contrebas d’un chemin vicinal qui a abrité et béni pas mal de mes frasques d’enfant et d’adolescent en délire, un potager jouxtant la maison parentale. Celui-là même que la défunte maîtresse des lieux, paysanne dans l’âme et on ne peut plus fière de l’être comme toutes ses congénères, entretenait et cultivait sans coup férir. Première levée et dernière couchée, sa vie durant elle n’a eu de cesse d’entretenir avec cette bonne vieille terre un rapport charnel ; quand bien même l’ingratitude épisodique de cette même terre en temps de disette notamment contrariait bien des desseins. Mais elle affrontait les aléas avec cette philosophie et cette grandeur d’âme quasi légendaires... Aujourd’hui encore, je ressens une émotion toute particulière face aux volets clos, aux derniers naufragés de la vieillesse, rentrés chez eux attendre la mort, entre murs décrépis, mansardes et chaumières ; âtres grésillant, poules, lapins, chèvres cohabitant en bonne intelligence avec les êtres et les âmes, pendant que la chouette hululait à qui mieux-mieux et délivrait ses messages de mauvais présages dixit la tradition et autres croyances populaires bien établies... Mahdjouba accrochée à son terreau comme à la prunelle de ses yeux ne le quittait, aimait-elle à le répéter, que pour « un cas de force majeure ». Dans son esprit cela signifiait une naissance du côté de son fils aîné ou la mort d’un de ses proches, la vie quoi. Puisque tout tournait dans la chronique villageoise autour de ces deux pôles d’intérêt que constituaient la fin d’une trajectoire et le début d’une autre. Au demeurant et la première fois qu’elle a mis les pieds en ville c’était « uniquement pour ne pas décevoir son aîné des enfants » qui venait de connaître un heureux événement. Et là, elle ne lésinait pas sur les moyens : de l’huile d’olives dernière « cuvée », des beignets croustillants, lemsemmen, de la galette d’orge, des figues sèches, une baratte de beurre de chèvre fait maison, de la viande séchée et conservée dans des kouffis, une espèce de grand fût en terre cuite gorgé de provisions pour parer aux rigueurs hivernales et les traverser ainsi autant se faire que peut sans trop de séquelles. Et on ne sait que trop que ventre affamé n’a point d’oreilles. Sans oublier les provisions de glands, de courges, d’ail et de piment rouge. C’est ainsi qu’on allait à l’école tantôt le ventre creux, tantôt repu au gré des caprices de dame nature «prodigieuse» versatile et souvent parcimonieuse de biens de consommation. Mais même la nourriture frugale ne pouvait venir à bout de notre résistance forgée par la nature au demeurant, exceptionnelle. On était, en somme suffisamment blindés et cuirassés grâce justement à cette nature qui nous rendait coutumiers de l’alternance entre les jours fastes et les jours sans... Ah, cette maudite chèvre, je lui aurai volontiers tordu le cou n’eussent été et sa manne quotidienne, le fameux lait entier et fort épais dont on s’abreuvait goulûment et allant même jusqu’à le boire à la source... C’est qu’à l’époque, on mangeait sain et les microbes n’avaient aucune chance de sévir. Par ailleurs les mamans veillaient au grain. Et malheur à qui se hasarderait avant de grimper, à la hussarde, l’inoubliable chemin des écoliers à se présenter sale dans l’enceinte scolaire. Qu’on considérait en ces temps là comme un véritable sanctuaire imposant tout son rituel, certes draconien, mais néanmoins porteur et diffuseur de valeurs pérennes... Il est bientôt l’heure de vérifier les pièges tendus aux grives, aux rouges-gorges et aux étourneaux notamment. Un grand moment où le cœur bat la chamade et bondit presque hors de la poitrine. Tellement le suspense était poignant et insoutenable. Zut, pour cette fois-ci je dois me contenter du menu fretin : un misérable rouge-gorge qui a eu le malheur de se poster là au mauvais moment. Qu’à cela ne tienne : il faut savoir se contenter de ce qu’on a en attendant des jours meilleurs. C’est ma chére maman qui m’a appris à tendre des pièges. Je la revois encore riant et se riant de mon « noviciat ». Mets plus de terre arable au-dessus de ton piège pour que n’apparaisse que l’appât, généralement une olive, un ver sinon une fourmi volante ou barak pour les intimes et autres familiers de cette occupation pas tout à fait comme les autres. Quel régal que ce rouge-gorge cuit à la braise et accompagné d’un couscous d’orge. J’en ai encore l’eau à la bouche des décennies après. Et de vous à moi, j’en reprendrai bien volontiers... Le hameau est désert, les jeunes ont « fui la peste pour le choléra » dixit un villageois qui a «brûlé ses ailes» de l’autre côté de la Méditerranée et qui s’en est retourné « bredouill» pour n’avoir pas su et /ou pu « gérer son moi » dans cet univers édulcoré et mirifique à souhait ; avant « la grande désillusion » et le retour au bercail de l’enfant prodigue... Qui n’a pas « fini de manger son pain noir » puisque désormais impotent... Le berger lui connu et reconnu par toute la communauté villageoise pour ses exploits lorsque la rivière en crue avait la mauvaise idée de s’en prendre à ses propres enfants et de les dévorer ou les rejeter sans vie par endroits semant ainsi consternation et désolation comme si à chaque jour ne suffisait pas sa peine en cette bourgade déjà en soi calfeutrée dans « un silence de basalte » pour paraphraser feu Yacine Kateb de son nom qui aurait pu naître ici « au milieu de nulle part », histoire de faire passer à la postérité ce patelin en marge de tout et presque de tous. Tant on peut traverser toute la contrée sans soupçonner jusqu’à sa présence même... Mais Mahdjouba aura été une mère si discrète et si effacée qu’elle n’aurait pu voir le jour ailleurs que dans cette « agglomération » à la dimension même de ce personnage hors pair et incontournable d’une trajectoire trop tôt hélas brisée par cette pochette surprise qu’est la vie. Ces trois insignifiantes syllabes qui se vident et se remplissent comme le fameux tonneau des danaïdes... Qui peut donc se passer d’une mère et combler cet incommensurable vide affectif et vide tout court ? Elle ne possédait comme capital que trois grenadiers, une vingtaine de figuiers et quelques arpents lovés entre ciel et terre dans un décor surréaliste de prime abord mais si prégnant dans sa mémoire. « Tes enfants sont toujours propres » lui disait l’instit et elle recevait ce compliment avec une telle humilité que l’instituteur lui-même lui vouait force respect et admiration. Elle s’ouvrait à lui de temps à autre histoire de prendre la température et d’être fixée mine de rien sur l’assiduité e son rejeton de fils. Car Mahdjouba ne badinait surtout pas avec les études. Et le soir venu elle veillait tout particulièrement à ce que les devoirs faits de grammaire, de conjugaison et de calcul soient honorés, combien même elle n’y pigeait que dalle pour la petite histoire. Ce qui ne l’empêchait point d’être « constamment sur la braise » et « derrière le dos de sa progéniture » aux fins de leur mettre la pression nécessaire. Ah, le bon sens paysan rien de tel pour « fouetter les énergies », stimuler, motiver par un jeu de sanctions récompenses à vocation pédagogique... Le cas échéant, le repas du soir risquait purement et simplement de sauter. Et lorsqu’on lui récitait nos leçons pour la convaincre de notre maîtrise du sujet, il suffisait d’un moindre couac pour qu’elle nous fasse d’abord un speach pour actualiser le propos, ensuite nous astreindre à reprendre le film des événements sans buter sur quoi que ce soit... Car pour elle il était vital qu’on « soit partout les meilleurs », ce qui n’était pas tous les jours facile... Et quand les bulletins scolaires transitaient obligatoirement par ses mains, silence au poulailler le coq va chanter... De quoi ! De quoi ! un deux sur dix en calcul, ce soir tu vas m’entendre et tu vas goûter surtout à mon bâton en bois de grenadier flexible à souhait et tu m’en diras des nouvelles, vaurien, chenapan, bachi bouzouk, ectoplasme, moule à gaufre, yahé ‘ala tbahdila, tu imagines si ma pestiférée de voisine l’apprend ? Elle organisera une véritable zerda accompagnée de twelwila pour célébrer ta bêtise en fanfare... Tout penaud, je lui promettais alors de me défoncer la prochaine fois et surtout de changer de place à l’école car mon voisin était un cancre dont la sottise est contagieuse, la preuve... mais rien n’y fait : le bâton de grenadier a bel et bien lardé mon dos et une partie charnue que des restes de pudeur m’empêchent d’étaler ici... Une correction magistrale qui m’a remis sur orbite et une bonne fois pour toutes... Du moins, c’est là mon intime conviction... ou ma conviction intime comme dirait hadj Moussa...
Bientôt il me faudrait m’astreindre à ce rituel terrible tant cela me fend le cœur de l’accomplir : m’arracher à ce hameau pour je ne sais encore combien de temps. D’autant plus, que ce même temps m’est compté. Pourtant il me semble que Mahdjouba du fond de sa dernière demeure m’implore de différer mon départ, de le reporter sine die. Juste pour qu’elle n’ait plus faim de moi. Et que je n’aie plus faim d’elle à mon tour. Chose impensable et irréalisable. Et puis tout à coup germe dans mon esprit en appel cette idée saugrenue : et si Mahdjouba n’était pas vraiment morte, qu’elle repose tout bonnement en paix, là, tout juste là, à l’ombre de ce grenadier séculaire qu’elle avait elle-même planté durant sa prime jeunesse ? Et qui couvre aujourd’hui de toute l’étendue de son feuillage « gorgé » de grenades d’un rouge écarlate, comme pour la protéger de toute velléité de profanation ou de tentations funestes... Pendant que ce même grenadier reconnaissant ne cesse de pousser dans tous les sens la couvrir et la couver sans doute pour contredire aussi tout ce qui se colporte et se murmure sur l’ingratitude supposée de dame nature... alors qu’il n’est de pire ingratitude que celle des humains qui balaient souvent d’un simple revers de la main tout ce qui a été patiemment construit... Trente ans déjà que cette pierre tombale portant l’effigie de Mahdjouba confère à ce lieudit une dimension qui fait tressaillir jusqu’aux plus endurcis des mortels. Dont le benjamin des fils, persuadé que le temps finirait, un jour ou l’autre, par panser toutes les blessures. Sauf celles de l’âme grevées à jamais...
Amar Zentar
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Au contrebas d’un chemin vicinal qui a abrité et béni pas mal de mes frasques d’enfant et d’adolescent en délire, un potager jouxtant la maison parentale. Celui-là même que la défunte maîtresse des lieux, paysanne dans l’âme et on ne peut plus fière de l’être comme toutes ses congénères, entretenait et cultivait sans coup férir. Première levée et dernière couchée, sa vie durant elle n’a eu de cesse d’entretenir avec cette bonne vieille terre un rapport charnel ; quand bien même l’ingratitude épisodique de cette même terre en temps de disette notamment contrariait bien des desseins
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Qui peut donc se passer d’une mère et combler cet incommensurable vide affectif et vide tout court ? Elle ne possédait comme capital que trois grenadiers, une vingtaine de figuiers et quelques arpents lovés entre ciel et terre dans un décor surréaliste de prime abord mais si prégnant dans sa mémoire. «Tes enfants sont toujours propres» lui disait l’instit et elle recevait ce compliment avec une telle humilité que l’instituteur lui-même lui vouait force respect et admiration
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Qui se souvient de Bohmar ?
Bohmar encastré au cœur d’un point nodal n’est plus ce haut lieu de l’enchantement courtisé par des touristes accourus tout autant des quatre coins du pays que de l’hexagone et d’outre-mer, voire même parfois du bout du monde. J’étais alors guide touristique non structuré mais tout heureux de me rendre utile, d’éclairer les lanternes des visiteurs d’un jour, d’un soir que mère hébergeait à l’occasion dans cette chambre d’hôte spécialement aménagée. Et si d’aventure un des touristes attardé affichait son désir de passer la nuit, ma mère s’empressait de lui mijoter un de ces plat traditionnel dont elle avait le secret. Et qui faisait mouche sur les papilles gustatives de cet hôte de circonstance loin, bien loin de regretter d’être venu. Il n’en finissait pas d’ailleurs de se pourlécher les babines et prendre tout son temps pour mieux apprécier les fameux mets de mon cordon bleu... Ravi de l’aubaine, le voyageur repu et rassasié s’endormait alors comme un loir jusqu’au petit matin frisquet. Pendant que ma chère maman toujours aussi matinale se faisait un point d’honneur de servir à l’hôte un petit déjeûner fort copieux, « serti » de l’inévitable « m’cheoucha » préparation aux œufs et à la farine ou semoule dont se régalait le convive. Qui ne boudait pas son plaisir en se confondant en moult compliments sur l’expertise de ma mère. Avant de lui poser la question qui tue : j’ai cherché longtemps le nom de ce village mais apparemment il n’ y a nulle trace sur ma carte... Et ma mère de partir alors dans un grand éclat de rire avant de m’inviter à expliquer dans sa langue à l’étranger que les coins les plus connus ne sont pas forcément les meilleurs... Hugh !...
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M’hamed, le Pierrot du village...
Je ne sais plus si M’hamed cet ami d’enfance pas tout à fait comme les autres est encore de ce bas monde. Je souhaite du fond du cœur qu’il le soit bel et bien, en chair et en os. Tant nous avons partagé des moments inoubliables, voir d’impérisables et inextinguibles souvenirs... Nous avions pratiquement le même âge mais M’hamed le bien nommé était quelque peu simplet. Sans pour autant ne pas jouir de toutes ses facultés mentales. Voisins, il s’est instauré entre nous une multitude de passerelles, en sus de quelques fenêtres ouvertes... Que de fois avions-nous commis quelques larcins, rien de bien grave mais les frasques de la jeunesse ne sauraient résister à l’irrépressible envie d’emprunter moult escaliers interdits... Mais lorsque M’hamed piquait sa petite crise de démence subite, mieux valait ne pas se trouver à la ronde... Car à ce moment là, il ne répondait plus de ses actes et bombardait de grosses pierres qui sifflaient aux oreilles des passants pressés de se mettre à l’abri. C’est alors que les villageois désemparés et impuissants à juguler la crise et au fait de toute l’amitié qui me liait à M’hamed faisaient appel à mes bons offices... Et ô miracle, mon ami d’enfance mettait un bémol à son ardeur en revenant sans crier gare à de meilleurs sentiments. Quelle scéne poignante sinon touchante que de voir M’hamed se jeter dans mes bras protecteurs et éclater en sanglots. Comme quoi même celui que l’on affublait du sobriquet de Pierrot du village était à même de produire des sentiments, de revenir à la raison et de présenter même des excuses publiques à l’Assemblée du village dont je deviendrai le médiateur attitré sinon carrément l’homme des grandes situations toute forfanterie mise à part... J’ignore hélas au jour d’aujourd’hui si le si sympathique simplet d’hier est encore de ce bas monde. En tout cas, je le souhaite de tout cœur, Dieu m’est témoin...
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