D.R
Le secrétaire d’Etat chargé de la communauté nationale établie à l’étranger, M. Halim Benatallah, a remis lundi soir la médaille du mérite national à l’ex-policier Paul Rousseau qui avait dénoncé les massacres d’Algériens sortis manifester pacifiquement contre le couvre-feu raciste qui leur a été imposé par le préfet Maurice Papon le 17 octobre 1961. En lui remettant cette médaille, ''au nom du Président de la République et de son gouvernement", M. Benatallah a souligné que cet ancien agent de l’ordre est ''un policier honnête pétri des valeurs de la République qui lui ont enseigné ces mêmes valeurs d’honnêteté, de protection des biens et des personnes''. ''Il a rempli son devoir alors que le contexte de l’époque lui dictait de faire exactement le contraire. Il a aidé à la manifestation de la vérité, car cette réalité tragique a été occultée et il manquait des témoins pour, assurément, démentir les versions officielles'', a dit M. Benatallah. M. Benatallah a également déclaré que Paul Rousseau a '' le mérite d’avoir élevé la voix, d’avoir résisté et d’avoir pu manifester la vérité '', soulignant que ''c’est un porteur de vérité et ceux-là sont toujours bien récompensés par l’histoire c’est ce que le gouvernement algérien a fait ''. ''L’Algérie lui doit cette reconnaissance, car il a contribué à la réécriture de l’histoire et son témoignage va permettre de remettre l’histoire sur le bon chemin'', a encore ajouté M. Benatallah. ''J’ai beaucoup de peine car depuis cinquante ans c’est encore un jour tragique, et j’éprouve encore une grande peine au souvenir de ces massacres. Je n’ai pas fait ça pour une médaille, j’ai simplement fait mon métier honorablement au nom des valeurs républicaines'', a déclaré Paul Rousseau, aujourd’hui âgé de 78 ans, lors de la cérémonie de remise de cette médaille à la mairie de Clichy-la Garenne. ''Je ne suis pas un policier exceptionnel, juste quelqu'un qui voulait faire son métier : protéger les biens et les personnes'', a-t-il dit, ajoutant avoir milité dans la ligue des droits de l’homme et pendant longtemps, il en a été président. ''J’estime qu’il faut apporter son soutien aux personnes et les protéger plutôt que les éliminer '', a souligné Paul Rousseau. Ce policier pétri d’humanisme avait, à l’époque, dénoncé les atrocités commises contre des milliers d’Algériens et a même cherché à raisonner ses collègues en leur recommandant d’agir ''comme des hommes représentant la justice et non comme des justiciers''. ''Les Algériens sont pourchassés, frappés, tués''. ''Le raid fut rapide et en une demi-heure, les ponts étaient recouverts de sang''. ''J'ai vu qu'on se débarrassait des corps en les jetant dans la Seine, je les vois encore flotter'', dira-t-il dans ses nombreux témoignages. Il avait dénoncé cette répression d'une extrême violence dans plusieurs articles de presse. Ses témoignages n’ayant pas convenu à sa hiérarchie, il sera par la suite suspendu, puis muté disciplinairement en banlieue, et a même été condamné à mort par l'OAS. Invité à s’exprimer sur le courage et la grandeur d’âme de cet ex-policier, le chercheur Jean-Luc Einaudi a estimé que c’est effectivement ''douloureux'' pour Paul Rousseau de revenir sur ces massacres du 17 Octobre 1961''. ''Ils étaient peu nombreux les anciens policiers qui étaient prêts à témoigner sur les crimes en cette date et c’est son grand mérite et plus le temps passe et plus c’est douloureux pour lui'', a-t-il dit. ''Pour lui c’est une véritable souffrance, au souvenir des massacres des Algériens sur le pont de Clichy où il était en service le 17 octobre 1961 et auxquels il a essayé de s’opposer mais la haine dans les rangs de la police était si forte que rien ne pouvait l’empêcher'', a souligné Jean-Paul Einaudi. Peu auparavant, cet ancien policier a reçu la médaille d’or de la mairie de Clichy-la-Garenne en hommage à son courage à un moment où beaucoup de ses collègues ont fait preuve de lâcheté et le menaçaient de soutenir les ''bougnoules''.
Cet hommage a été précédé d’une cérémonie de recueillement devant une plaque commémorative située au pied du pont de Clichy suivi d’un lancer de fleurs dans la Seine, à la mémoire des milliers de manifestants Algériens jetés dans le fleuve après avoir été tabassés lors d'une féroce répression policière sur ordre du préfet de police Maurice Papon, le 17 octobre 1961.
Lors de cette cérémonie commémorative, le secrétaire d’Etat a tenu à souligner que l’Algérie est ''aux côtés de la communauté nationale et précisément à Clichy-la-Garenne'' (Hauts-de-Seine) car, a-t-il dit, ''c’est un foyer d’une forte implantation de la communauté nationale et un foyer du mouvement national''.
Il a enfin rendu hommage au maire Gilles Catoire pour ''sa grande proximité'' de la communauté nationale, soulignant que l’histoire entre la France et l’Algérie ''a besoin d’être appréhendée en toute sérénité dans un esprit d’apaisement''.
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- 17 Octobre 1961
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