vendredi 22 novembre 2019 15:36:35

La prévention des catastrophes naturelles en débat au Forum d’El Moudjahid

«Il est payant d’investir dans les systèmes d’alerte »

PUBLIE LE : 13-10-2011 | 0:00
Ph. T. Rouabah

Faut-il composer avec les désastres ou plutôt penser à les prévenir pour en diminuer les conséquences ? Faut-il accuser la nature et oublier que l’homme a transformé un danger virtuel en une catastrophe réelle ? Ce sont des questions qui reviennent au lendemain d’une catastrophe.  Et c’est dans cet esprit que l’ONU a promulgué la journée du 13 octobre, Journée internationale de prévention des catastrophes naturelles.

L’objectif étant de faire prendre conscience aux  populations et aux gouvernements  que l’absence de préparation et de prévention génère des comportements inadaptés et augmente les conséquences désastreuses des catastrophes, qu’elles soient individuelles ou collectives. Certains pays ont prouvé qu’il était possible de réduire les effets des inondations ou d’autres phénomènes naturels, pour paraphraser M. Ban Ki-moon. Il suffit d’investir dans les systèmes d’alerte rapide, entre autres dispositifs. Et, justement, cette thématique a été au centre des débats du Forum d’El Moudjahid qui a organisé, hier, une table ronde sur  cette  thématique. M. Ouldameur Rabah, wali hors cadre et point focal de la stratégie internationale de prévention des catastrophes, a expliqué que l’ONU a répertorié 14 catastrophes ; Mais cette année, l’accent a été mis sur les inondations, les séismes, les feux de forêt. Pour le conférencier, notre pays s’est doté d’un arsenal juridique pour faire de la prévention une culture.  Les représentants de divers secteurs (les Collectivités locales, l’Education, l’Habitat, les Ressources en eau, les Travaux publics,  le CRAAG  et la Protection civile) ont été unanimes à souligner que « même si l’on ne peut prédire une catastrophe, on  peut en prévenir les risques et atténuer les conséquences ». Car, comme l’a expliqué  M. Ayadi, directeur de recherche au CRAAG, il suffit de comprendre le phénomène pour ne plus avoir peur et se préparer pour y faire face. Le commandant Achour de la Protection civile est allé dans le même sens en expliquant que cette structure joue un rôle très important dans la prévention en organisant, à travers tout le territoire national, des opérations de simulation. Dans ce contexte, il a annoncé que la Protection civile vient d’acquérir un simulateur de séisme pour mettre en condition les enfants lors des opérations de simulation. Car il a été constaté que les enfants ont le plus souffert du  séisme de Boumerdès où un grand nombre est devenu diabétique. Le commandant Achour a également mis l’accent sur la préparation des secouristes et a avancé le chiffre de 19.000 secouristes formés pour intervenir en cas de catastrophe. Une action qui, dit-il, s’inscrit dans la pérennité. 

Prévention des risques en milieu scolaire
 Cette année, la journée fait place au rôle décisif qu’enfants et jeunes ont à jouer. Étant souvent  les premières victimes des catastrophes, les enfants et les jeunes peuvent et doivent être encouragés à participer à la réduction des catastrophes et à la prise de décision.  Et le milieu scolaire est le mieux approprié pour leur inculquer les meilleurs gestes. Mme Latifa Remki, représentante du ministère de l’Education nationale, a expliqué que le département de Benbouzid a intégré dans ses programmes la prévention des risques majeurs afin d’assurer l’acquisition par les élèves de nouveaux comportements et réflexes leur permettant de se préserver et de préserver les autres en cas de sinistre. L’intervenante a également souligné que l’introduction à l’environnement dans le cursus scolaire s’inscrit dans le cadre d’un protocole signé le 2 avril 2002 par le ministère de l’Education nationale et celui de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire. Ainsi, le système éducatif développe une démarche didactique pour la prise en charge de la dimension information, sensibilisation et formation de la communauté éducative et plus particulièrement des éléves des différents cycles d’enseignement.  Et pour marquer la célébration de cette journée, tout un programme d’activités a été tracé au niveau national et local. Et même si la journée coïncide avec le mouvement de protestation des syndicats de l’éducation, des concours de dessin avec pour thème la vision qu’ont les enfants des catastrophes seront organisés, ainsi que la présentation d’un cours de sensibilisation sur les risques majeurs. Car, comme le dit le secrétaire général de l’ONU : «  La leçon est facile à tirer, nous devons tous, tous les jours, nous préoccuper de l’éventualité d’une catastrophe. Car notre vulnérabilité aux catastrophes s’accroît plus vite que notre capacité de résistance. »
Nora Chergui

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Le sens d’une journée  
Consacré "Journée internationale pour la prévention des catastrophes naturelles" par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) depuis 1990, le deuxième mercredi du mois d’octobre est consacré chaque année à la sensibilisation du public sur les différentes thématiques liées aux risques naturels, tremblements de terre, ouragans...
l’objectif étant de mieux connaître les risques naturels, les prendre en compte dans l’urbanisme et la construction, informer, prévenir, éduquer et enfin atténuer les risques par des aménagements et travaux préventifs. Cette journée permettra également de rappeler les enjeux de la Décennie internationale pour la prévention des catastrophes naturelles 1990-2000, lancée à l’initiative de l’ONU. 138 pays prennent part à cette action concertée, dont le but est de prévenir les pertes en vies humaines, des dégâts matériels et des perturbations sociales et économiques provoqués par les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes et cyclones, les feux de forêt, les inondations et les glissements de terrain...

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Ils ont dit…

Mohamed Belazougui, directeur du Centre National de Recherches Appliquées en Génie Parasismique :
« Le décret de mois de mai 2011 organise mieux la gestion des risques »
«Il faut dire qu’il y a un acquis extraordinaire, parce qu’on est parvenu à tirer les leçons à partir du séisme de Boumerdès et des inondations de Bab El-Oued. La loi 04/20 du 25 décembre 1984 contient tout ce que l’Algérie doit faire pour la prévention des catastrophes, à savoir les plans de prévention et d’intervention, les systèmes d’alerte, la formation, la sensibilisation, ainsi que l’organisation avec la délégation nationale. La stratégie est contenue dans cette loi. Ce qui manque, par contre, c’est l’outil qui pérennise cette loi. Maintenant, il existe un décret datant du mois de mai 2011 qui l’organise et précise ses missions.
Cette délégation va démarrer ses activités dans quelques semaines, car il n’y a aucun inconvénient pour se mettre en place. Il faut juste nommer un délégué qui organise son administration et un comité national intersectoriel de coordination qui est prévu à son niveau. Quant au Centre national de recherches appliquées en génie parasismique (CGS), que je dirige, il est devenu fonctionnel à partir de la mi-septembre. Il est, également, l’un des plus importants dans la zone euro-méditerranéenne, et il est à la disposition de tous les chercheurs algériens, arabes et euro-méditerranéens. »

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Le Commandant Farouk Achour, chargé de communication à la direction générale de la protection civile :
«La prévention est la seule parade contre les catastrophes naturelles »
«On ne peut pas aller au-delà de la prévention, mais il faut y insister. En réalité, s’il y a parade contre les catastrophes naturelles et les risques, c’est bien celle de la prévention. Elle permet soit d’éliminer ou de réduire les effets et conséquences des accidents. Il faut que cette prévention soit bien appliquée. Aussi, il est aujourd’hui important d’accorder un intérêt particulier à la prévision et d’avoir les moyens nécessaires pour pouvoir intervenir au moment opportun. En ce qui concerne la Protection civile, on a bénéficié d’un plan de développement qui permet d’accroître les effectifs et ce depuis les cinq dernières années. »

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Deux questions à M. Ayadi Abdelhakim, directeur de recherche au CRAAG :
« Il nous faut une gestion globale des risques »

Ne pensez-vous pas que l’urgence est de passer de la gestion des crises à la gestion des risques ?
En Algérie, l’urgence consiste, effectivement, à gérer les risques avant la situation de crise. Notre pays a beaucoup de souvenirs douloureux, comme les séismes et inondations qui ont causé de grosses pertes. Pour cela, je peux dire que l’Algérie a une grande expérience dans la gestion de crise. Maintenant, la loi prévoit de gérer le risque d’une manière générale. Le « risque management », c’est d’avoir un dispositif qui permet de prendre en charge n’importe quelle situation avant, pendant et après la catastrophe. La loi 04/20 nous incite à entreprendre une pareille démarche. Ce qui est demandé actuellement, c’est qu’il y ait une gestion globale.

L’urbanisation qui occupe près de 70% des grandes villes en Algérie, particulièrement à Alger, constitue un véritable handicap...
Quand la densité de la population  augmente dans un lieu quelconque, le risque augmente de facto. Plus il y a d’enjeux sur un territoire donné, plus le risque devient élevé. L’équation est simple : au niveau des centres urbains, plus on est densifié, et moins on tient compte de leur vulnérabilité ; il y aura un risque majeur. S’agissant des solutions ou des démarches à entreprendre, j’estime qu’il est grand temps pour que les travaux soient consentis sur ces deux facteurs liés, et ce afin d’obtenir de bons résultats.
Propos recueillis par Fouad Irnatene
 

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