lundi 21 mai 2012 08:03:11

Histoire : La colline oubliée

Dans les plaines verdoyantes de Berrouaghia coulent de magnifiques cascades. Enchanteresses, aussi limpides et cristallines, elles se répandent sur les terres opulentes pour donner de meilleurs vergers d'un meilleur avril.

PUBLIE LE : 28-08-2011 | 0:00
D.R

Dans les plaines verdoyantes de Berrouaghia coulent de magnifiques cascades. Enchanteresses, aussi limpides et cristallines, elles se répandent sur les terres opulentes pour donner de meilleurs vergers d'un meilleur avril.
Cette aubade aquatique tient son nom de Chellala où jadis chantaient les fontaines dans les somptueux jardins andalous. La légende de l'eau rapportée par les anciens illustre bien cette étymologie aquatique : Une sécheresse s'abat sur le pays, les sources… sont à sec. «Il faut que l'eau revienne. J'irai la chercher». C'est le défi que se lança le Prince qui vainquit “El Ghoul" l'ogre malfaisant. L'eau se mit à jaillir des fontaines, telles des perles de cristal... Les sources ressuscitèrent ... Les chants «haoufi» résonnaient à nouveau dans la ville. Et c'est depuis ce temps-là que la ville avait pris le nom des Annassers qui signifie “sources” en berbère, Loin de la légende, les paysans avaient coutume, lorsque le manque de pluie compromettait la récolte ou les pâturages au printemps, d'organiser des rogations pour demander la pluie; ils faisaient surtout des visites aux principaux saints protecteurs de la ville, ... et leur adressaient des invocations. Ils accomplissaient à cet effet «çalat el istisqa'» (prière surérogatoire collective en plein air pour invoquer la pluie).
Pendant ce temps, les enfants ne restaient pas inactifs. Ils parcouraient les rues en promenant une poupée de chiffon ou un épouvantail et frappaient aux portes des maisons pour qu'on les arrose d'eau en guise de bon présage ....
Par glissement sémantique ghanja signifiait chanson, voire poésie chantée, en référence à la racine arabe «ghnâ» (chant) ... On chantait et célébrait «sous» l'arc-en-ciel «Aars Eddib» (le mariage du renard) quand survenait une concomitance de pluie et de soleil allusion au couple pluie/soleil. Lorsqu'il faisait mauvais temps et pour conjurer le mauvais sort météorologique, les vieilles femmes, tout en cardant ou «égrenant» la «m'qatfa», récitaient pour la circonstance une complainte mystique : implorant la clémence du Tout-Puissant.
Autrefois, lorsque le cycle des saisons était régulier et le climat indemne de toute effet de serre, on vivait la saison, avec sa météo intrinsèques ses rites culturels. Eraabi (printemps) et son tbaq gorgé (plateau de fruits champêtres) est une des manifestations alimentaires liées aux us et coutumes locales. Abstraction faite du caractère agraire de cette fête, la consommation des arachides (noix, noisettes) s'expliquerait par une imitation «anthropologique» (du régime) de l'écureuil qui fait ainsi le plein de calories.
A propos d'agriculture, un vieil adage dit : «Teldj Chta yadmane el Khssa» (La neige de l'hiver prévient toute perte de récolte)...
Mohamed Bentaleb

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