lundi 19 octobre 2020 16:28:17

Émigration clandestine : Les traversées de la mort

Le phénomène de l’émigration clandestine est-il de retour ? Plusieurs tentatives sont déjouées quotidiennement et d’autres ont été mises en échec en plein pandémie de la COVID 19 et durant le Hirak.

PUBLIE LE : 03-08-2020 | 0:00
D.R

Le phénomène de l’émigration clandestine est-il de retour ?  Plusieurs tentatives sont déjouées quotidiennement et d’autres ont été mises en échec en plein pandémie de la COVID 19 et durant le Hirak.

Des informations publiées par la presse espagnole faisant état de l’arrivée de centaines de harragas algériens sont largement rapportées par des médias nationaux. Le média local El Confidentiel évoque «une flambée» et un nouveau mode opératoire, sans citer de sources officielles ni de témoignages. «S’il est confirmé, comme nous le soupçonnons, qu’il s’agissait d’une opération coordonnée, nous sommes confrontés à un bond qualitatif de l’immigration en provenance d’Algérie», estime le journal. 
Sollicitée sur ces informations rapportées par des médias espagnols l’ambassade d’Algérie en Espagne a indiqué qu’elle n’avait pas été saisie par les autorités espagnoles à ce sujet. «Cela étant, ces immigrés clandestins sont présumés de nationalité algérienne tant que la procédure légale d’identification n’a pas été effectuée», relève-t-elle. Toutefois, l’ambassade assure qu’elle reste très attentive à cette question et ne manquera pas de communiquer, par les moyens appropriés, toute information utile à ce sujet.   
Le phénomène de l’émigration clandestine sévit toujours : des jeunes, des femmes et des mineurs ont tenté ces derniers mois de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée voire les côtes italiennes et espagnoles sur des embarcations de fortune. Dans ce cadre, les services de sécurité ont intensifié le travail de renseignement et orienté leurs efforts pour démanteler les réseaux de passeurs. A ce titre, un réseau national spécialisé dans l’organisation des traversées de la mort à partir des plages de Tlemcen a été démantelé par les services de police de la Sûreté de daïra d’Ain Mrane (Chlef) en juin dernier et six individus arrêtés.

Priorité des Forces navales : sauver les vies humaines

Les investigations ont permis l’identification du cerveau du réseau et de cinq complices originaires de Chlef et Tlemcen, tous arrêtés. Les six suspects sont âgés entre 25 à 44 ans. L’explication peut paraître simple : les harragas et les réseaux de passeurs ont tenté de profiter du contexte sanitaire délicat que traverse le pays en plein confinement ainsi que de la mobilisation des services de sécurité pour la gestion du Hirak, durant les derniers mois de l’année 2019, ayant enregistré la mise en échec de plusieurs tentatives. Pour ce faire, le Commandement des Garde-côtes a procédé à l’adaptation du dispositif mis en place à travers la multiplication des patrouilles en mer et la surveillance durant les jours fériés. «Le dispositif opte pour la prévention et la préservation des vies humaines», précise-t-on. La mission des Garde-côtes ne se limite pas à la localisation des embarcations et l’interpellation des candidats mais «au sauvetage et à l’évacuation des harragas». Sauver les vies humaines est la priorité du Haut Commandement de l’ANP, d’autant que les embarcations non conformes qui naviguent dans l’obscurité totale sans aucune indication, constituent une vraie menace pour les occupants, des mineurs et des femmes ont été secourus et sauvés d’une noyade certaine. Parmi les harragas , les détachements de l’ANP ont également intercepté des embarcations avec à bord des migrants étrangers, notamment des Marocains, des Syriens et des subsahariens mais aussi des personnes faisant l’objet de mandats d’arrêt. Selon un bilan du MDN , depuis le début de l’année, 973 candidats à l’émigration clandestine ont été interpellés à bord d’embarcations en pleine mer, à l’Est, au Centre et à l’Ouest du pays .En effet, des unités de Garde-côtes de la Façade maritime Ouest ont intercepté et sauvé, le 9 Juillet dernier, 37 candidats à l’émigration clandestine à bord de plusieurs embarcations de fabrication artisanale, indique un communiqué du MDN . En outre, 199 harragas ont été interpellés en plein mer, durant la période du 18 juin au 28 juin à l’Est et l’Ouest, dont 8 femmes, 3 mineurs et 20 étrangers. Selon la même source, une tentative d’émigration clandestine de 17 personnes a été mise en échec au niveau des côtes ouest, également le 10 juin dernier. En outre, des unités de Garde-côtes de la Façade maritime Ouest et de la Façade maritime Est, ont intercepté et sauvé, durant la période du 31 mai au 2 juin dernier, 35 personnes, dont un Africain. Les réseaux de passeurs n’ont pas chômé durant la pandémie de Coronavirus, ni pendant le Ramadhan en tentant de profiter de la crise sanitaire pour organiser plusieurs opérations. Le 22 mai dernier, 23 candidats ont été interceptés par les Gardes-côtes à l’Ouest du pays. 48 h avant, les mêmes unités ont interpellé 57 personnes à bord de plusieurs embarcations. En février, des tentatives ont été mises en échec et donné lieu à l’interpellation de 106 personnes, dont 3 mineurs, 5 femmes et 10 étrangers dans la première opération et 103 autres, dont 5 mineurs, une femmes et 2 ressortissants marocains dans une deuxième opération alors que 90 autres dont 3 femmes et 4 harragas de nationalité marocaine ont été sauvés par les Forces navales.
Des pics du phénomène ont été enregistrés en janvier et février derniers, les passeurs ayant tenté de profiter de la baisse de vigilance des garde-côtes, le dispositif est renforcé durant la saison estivale en raison de la stabilité de la mer. Selon le MDN, les unités des Garde-côtes ont intercepté et sauvé, du 9 au 25 janvier, 267 personnes, dont 8 mineurs, 3 femmes et 19 étrangers au centre et à l’Ouest du pays. D’autres tentatives de 103 personnes ont été également mises en échec, durant la période allant du 2 au 7 janvier alors que 309 candidats, dont 12 mineurs, 11 femmes et 14 Marocains ont été interpellés. Durant la période du 27 décembre 2019 au 2 janvier, 190 personnes ont été interceptées et sauvées, dont 16 mineurs et 7 femmes. Selon les bilans du MDN, plusieurs harragas étrangers ont été interpellés dont des Syriens, des Marocains et des Subsahariens.

Hirak, Ramadhan, crise sanitaire : pas de répit

La vigilance est de mise d’autant que des narcotrafiquants figuraient parmi les harragas alors que d’autres personnes objet de mandats d’arrêt ont tenté de fuir par la voie maritime illégale. A Ghazaouet dans la wilaya de Tlemcen, un baron de la drogue activement recherché a été interpellé à bord d’une embarcation de fortune avec d’autres harragas.
Le phénomène de l’émigration clandestine n’a pas disparu durant le Hirak populaire, c’est du moins ce que démontre le nombre de tentatives déjouées. C’est ainsi que des unités des Garde-côtes de la Façade maritime Est ont déjoué le 5 mars 2019, deux tentatives de 23 personnes, dont une femme, sur les côtes Est et 12 personnes sur les côtes de Ghazaouet. Du 5 au 12 juillet 2019, plusieurs tentatives de 67 personnes ont également été mises en échec.
Neila Benrahal
 

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