vendredi 14 aot 2020 21:01:29

Tahkout au deuxième jour de son procès : «Je n'ai bénéficié d’aucun crédit bancaire»

Accusé de corruption, indus privilèges, infractions au code des marchés publics et fraude fiscale, l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout a comparu hier devant le juge au tribunal de Sidi M’hamed à Alger.

PUBLIE LE : 07-07-2020 | 23:00
Ph. Billal
Il est le principal accusé dans une affaire incriminant une cinquantaine de personnes dont les deux anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, d’ex-ministres et walis, des membres de sa famille et autres responsables à divers niveaux. 
«Je suis un opérateur économique et non un homme d’affaires, un enfant du peuple qui a grandi dans un quartier populaire à Reghaïa», dit Mahieddine Tahkout auditionné par le juge au deuxième jour du procès. 
 
Entourée d’une quinzaine d’avocats, il revient sur son statut d’investisseur dont la carrière remonte, dit-il, à 1984 avec la création d’une usine de fabrication de chaussures, à l’est d’Alger. 
Quatre ans plus tard, il crée une entreprise de transport opérant dans les wilayas du Centre avec 6 bus et qui comprend actuellement quelque 3.300 véhicules.
Il a aussi créé une entreprise de production de pièces détachées avant de se lancer dans l’activité du montage automobile. 
Tahkout Mahieddine assure qu’il a réalisé ces investissements sur fonds propres et qu’il n’a bénéficié d’aucun crédit bancaire, niant avoir bénéficié d’un montant de 27.000 milliards de centimes de la part des banques publiques pour financer ses projets dont le montage automobile. 
Il nie aussi en bloc toutes les accusations et indique ne pas avoir bénéficié d'indus privilèges et autres traitements de faveur de la part de l'ancien système. 
 
Ouyahia et Yousfi ont bloqué les dossiers investissement
 
Bien au contraire, il affirme qu’en tant qu’investisseur, il a fait l’objet de blocages de la part d’ex-hauts responsables. «L’ex-Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et l’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, ont bloqué les dossiers investissement», a-t-il dit. 
Il précise qu'il emploie 14.500 individus au sein des différentes entreprises. «Tous bien payés», assure-t-il, ajoutant que ses activités généraient annuellement au Trésor public 1.200 milliards de dinars. 
Il ajoute que le groupe Tahkout a signé un contrat de 3 ans avec la société de transport urbain d’Alger (ETUSA) et qu'il n'a toujours pas été payé. «Tahkout doit 157 milliards de centimes à l'ETUSA», a-t-il révélé en sus de la formation dispensée aux conducteurs de l’ETUSA. Selon Tahkout, la société a économisé 200 milliards de centimes. Il poursuivra qu’il a acquis un terrain au niveau de la wilaya de Blida pour la réalisation d’un projet agroalimentaire avec un partenaire américain pour la production de chips de la marque Lays. 
Le juge l'interroge sur le projet de création de l’usine de montage automobile de marque Suzuki à Saïda qu’il a engagé sans l’aval du Conseil national d’investissement.
«J’ai obtenu un accord de principe», répond l’accusé. Le juge énumère également les multiples lots de terrain qu’il a obtenus dans plusieurs wilayas en concession. Tahkout affirme que tous ces terrains ont été acquis dans le cadre de la loi et ont été exploités, pour plusieurs d’entre eux, pour la création d’une société de gardiennage, des entrepôts de maintenance et de logistique et des projets agricoles, comme c’est le cas dans la localité de Ksar Chellala. «Mon père était fellah», a-t-il tenu à préciser. 
 
Abdelkader Zaâlane : «Il n’y avait aucune pratique de corruption»
 
L’audition de Tahkout a été précédée par la comparution de l’ancien ministre des Travaux publics et des Transports, Abdelkader Zaâlane, inculpé en tant que ministre et en sa qualité d’ancien wali d’Oran. 
Il s’est expliqué sur l’affrètement des bus de Tahkout pour le transport urbain à Alger et à Oran rendu nécessaire, dit-il, pour assurer la liaison avec les nouveaux quartiers qui ont vu le jour à la faveur des multiples opérations de relogement. 
Zaâlane fera savoir que l'affrètement de ces bus est effectué sur la base d’un appel d’offres lancé par ETUSA et ETO à Alger et Oran et n’a fait l'objet d'aucune infraction au code des marchés. «J’ai respecté à la lettre le code des marchés publics», dit-il. Et d’insister : «Il n’y avait aucune pratique de corruption». De son côté l’ancien DG de l’Etusa, Miloud Abdelkader, interrogé par le juge apporte des détails sur le contrat paraphé avec le groupe Tahkout pour l’affrètement de 300 bus pour le transport universitaire d'un montant de 2,2 milliards de DA. La transaction a été supervisée par la commission nationale d’évaluation des offres, mentionne-t-il, niant toute malversation ou infraction aux lois. 
Abdelhak Boudraâ, ancien DG des œuvres universitaires, a été interrogé sur l’élaboration du cahier des charges relatif au contrat. 
«Avez-vous favorisé le groupe Tahkout dans cette transaction ?», interroge le juge. «Non», répond l’accusé. 
«Le directeur du transport d’Alger a rapporté que l’ancien wali Abdelkader Zoukh aurait ordonné de favoriser Tahkout pour le transport universitaire», dit-il. Tahkout proteste. Le juge l’invite à rester calme. 
Son fils Bilal fait savoir qu’il ne possède aucun bien, précisant que ses parts dans la société Cima-Motors, spécialisé dans la vente et le service après-vente automobile, ont été cédées à son père. 
Il ajoute qu’il a bénéficié d’un lot de terrain au niveau de la commune de Brezina à El Bayadh au profit de son entreprise dans le domaine agricole Elfilaha El djazairia. 
Le procès se poursuivra aujourd'hui avec l’audition des autres des accusés. 
Lundi, le juge d'instruction près le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a auditionné les deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, les anciens ministres de l’Industrie et des Transports, Youcef Yousfi et Ammar Ghoul, ainsi que des cadres du ministère de l’Industrie et le responsable du port de Skikda, impliqués dans cette affaire.
Lors de l’audience, Ahmed Ouyahia a rejeté en bloc l’ensemble des accusations retenues contre lui : octroi d’indus avantages et facilitations à Tahkout pour ses projets de montage automobile.
Soulignant que le seul critère adopté pour l’approbation des dossiers des investisseurs était l’expérience, même minime, dans le domaine concerné, il a ajouté que l’Etat avait recouru au montage automobile après la chute des prix du pétrole.
Appelé à la barre, l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a également rejeté les charges retenues contre lui, imputant l’entière responsabilité des cahiers des charges au ministère de l’Industrie. Ni le Premier ministère ni le Conseil national de l’investissement n’étaient concernés par leur élaboration, a-t-il soutenu.
Karim Aoudia 
 
  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions