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Hausse des cas de la covid-19 : Des experts s’expriment

Les cas de coronavirus augmentent quotidiennement. Depuis quelques jours, la barre des 400 cas a été dépassée. Des spécialistes de la santé tentent d’expliquer le pourquoi de cette hausse.

PUBLIE LE : 05-07-2020 | 23:00
D.R
Le Dr Bekkat Berkani au sujet de la pandémie :
«On ne peut pas parler de seconde vague»
 
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité national de veille et de suivi de l’évolution de la Covid-19, a indiqué que l’on ne peut pas parler de seconde vague, mais plutôt d’effet rebond de l’épidémie. 
«L’augmentation des cas ne concerne que quelques wilayas. Par voie de conséquence, l’on ne peut pas parler de seconde vague. Le Sars-Cov2 nous a appris que l’évolution de cette pandémie se fait en plateau, autrement dit, il y a des résurgences et une évolution en dents de scie, mais pas de véritable pic, comme avec l’épidémie de grippe», explique-t-il.
«Cela s’explique clairement par la sortie du confinement qui est synonyme d’augmentation des cas. De plus, il faut dire que certains citoyens n’ont pas respecté les mesures barrières ou ne les ont pas comprises», soutient-il. 
Il estime qu’il y a eu un retour brutal à la normale et que «les Algériens se sont réappropriés trop rapidement les espaces publics, notamment les marchés. Certains se sont rendus à des fêtes familiales, faisant apparaître de nouveaux clusters». Il indique que l’apparition des nouveaux clusters ne concerne que certaines wilayas. Le président de l’Ordre des médecins appelle à plus de vigilance, dans la mesure où, poursuit-il, les structures hospitalières commencent à être débordées, au grand dam du personnel de santé qui commence à être saturé après de longs mois de lutte. 
«Les autorités ont très rapidement réagi pour éviter le pire. Il faut sensibiliser la population par le biais d’un plan de communication plus agressif», suggère-t-il, non sans appeler au renforcement des mesures susceptibles de mettre fin au non-respect des mesures préventives. 
 
Nécessité d’un plan de communication 
 
Le Dr Bekkat invite les citoyens à respecter scrupuleusement toutes les règles d’hygiène, à l’image du port du masque, la distanciation sociale ainsi que le lavage régulier des mains avec du savon et/ou une solution hydro-alcoolique.  «Nous aspirons à un retour à la vie normale. Il n’y a pas d’autre choix que de respecter l’ensemble des règles imposées par les autorités sanitaires», dit-il. Le spécialiste confie que le virus est moins violent qu’en Occident. 
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani est revenu sur le protocole de traitement à base de chloroquine pour faire savoir que cela a été un succès. «Grâce à ce médicament, nous avons beaucoup plus de guérisons. Toutefois, cela n’exempte pas les citoyens de leur responsabilité pour faciliter la tâche au personnel de santé. L'épidémie est une opportunité pour redéfinir le système de santé», souligne-t-il. 
Sami Kaidi

Le Pr Amar Tebaibia, chef de service de médecine interne à l’EPH de Birtraria 
«Les comportements sociaux contribuent à la propagation de la pandémie»
 
 Le chef de service de médecine interne à l’établissement public hospitalier de Birtraria (Alger) indique que la poussée de l’épidémie est due essentiellement au non-respect des mesures de prévention. 
«C’est tout à fait normal qu’il y ait une telle augmentation. Les gens ne respectent pas du tout les règles d’hygiène et oublient pratiquement qu’elles sont nécessaires pour freiner la pandémie», regrette le professeur Amar Tebaibia qui fait savoir que le nombre de malades a pratiquement triplé, citant l’exemple de son service qui a reçu récemment 65 malades en une seule journée, entre forme légère et celle modérée. 
Il affirme que cette situation était prévisible vu qu’un relâchement dans les mesures de prévention a été observé.
 «Nous avons même vu des célébrations de mariage et des rassemblement, sans le moindre respect des mesures barrières. C’est comme si le virus n’existe plus», déplore le président de la Société algérienne de médecine interne, qui ne cache pas ses craintes de voir la situation s’aggraver, notamment lors de l’Aïd El Adha, appelant à durcir les mesures de confinement durant cette fête. 
«Il y a risque de propagation de l’épidémie dans plusieurs régions. Si les foyers se situent essentiellement à Sétif, Oran, Constantine, Batna, Alger et Blida, cela pourrait toucher d’autres wilayas si cela continue à ce rythme», prévient le Pr Tebaibia.
Ce dernier attire l’attention sur des cas d’infections qui ne le déclarent pas par peur d’être stigmatisés. «On a constaté que des malades n’acceptent pas l’hospitalisation à domicile qu’on leurs propose par crainte que leur entourage sache qu’ils sont atteints par le coronavirus», déplore-t-il, affirmant que l’hypocrisie sociale fait que certains cachent leur maladie, ce qui explique en partie son évolution. 
«Une personne qui se rend dans un endroit infecté, pourra contracter le virus et contaminer son entourage», fait-il remarquer, relevant l’importance de limiter les déplacements et d’exiger le port du masque et le respect de la distanciation sociale. 
«Il faut appliquer les sanctions à l’encontre des citoyens qui ne respectent pas les mesures de prévention, car c’est le seul moyen d’endiguer la pandémie», assure le chef de service de médecine interne à l’EPH de Birtraria. 
«Il est temps que le citoyen comprenne que nous sommes actuellement sur un feu qui est doux dans certains endroits, mais qui va devenir brûlant», met-il en garde, soulignant que «nous sommes dans une situation plus grave que celle vécue en mars et avril derniers». 
«La différence, déclare-t-il, c’est que le personnel de santé connaît mieux la maladie et la gère mieux». 
Le Pr Tebaibia révèle qu’au niveau de son service, tout le personnel soignant a été mobilisé pour la prise en charge des cas de la Covid-19. Il signale le manque des agents de nettoyage et du personnel paramédical. 
«Les médecins essayent de tenir le coup en adoptant un système de garde», dit-il, avant de lancer un appel pour l’acquisition d’une ambulance afin d’assurer le transfert des malades qui nécessitent une réanimation vers d’autres structures hospitalières. 
Kamélia Hadjib
 

Le Dr Lyès Merabet :
«Le citoyen doit prendre conscience du danger»
«Le citoyen doit impérativement comprendre qu’il n’a pas d’autre choix que de respecter les mesures barrières et les appliquer méticuleusement», indique le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat des praticiens spécialistes de  santé publique. 
Selon lui, des mesures coercitives sont plus que nécessaires pour imposer le port des bavettes et la distanciation physique. «Les services de sécurité et ceux en charge du contrôle des activités commerciales, et même les bureaux d’hygiène communaux doivent consolider leur présence sur le terrain afin de veiller en permanence à l’application de ces mesures» a-t- il plaidé. 
«Les secteurs de la jeunesse et des sports, de la culture, de la formation professionnelle et de l'éducation nationale doivent s’impliquer dans ce dispositif à travers des actions de sensibilisation et de mobilisation des moyens humains ou logistiques», préconise notre interlocuteur. 
Des actions axées essentiellement, préconise-t-il, sur des opérations de nettoyage et de désinfection des locaux et lieux publics, a-t-il expliqué, non sans mettre l’accent sur l’impératif de voir les communes renouer avec ces missions. 
A une question sur la fermeture des plages et autres endroits de détente, le Dr Lyès Merabet estime qu’une telle mesure «est justifiée par le risque accru de contamination qui pourrait être majoré du fait des déplacements des populations de plusieurs régions vers les côtes». 
«Il est difficile d'imposer des mesures barrières en bord de mer en pleine ascension de l'épidémie», affirme-t-il, ajoutant que le corps médical est éprouvé autant sur le plan physique que mental, notamment avec des professionnels contaminés et beaucoup de décès. 
«Dans plus de 20 wilayas, la situation est grave et les services dédiés à la Covid-19 sont saturés. Les unités de réanimation sont de plus en plus sollicitées et il n'y a plus de places dans les grandes villes comme Alger», a-t-il dit.
«On manque de moyens de protection devant le flux incessant de malades, de tests de dépistage pour le diagnostic mais aussi pour mener les enquêtes épidémiologiques nécessaires pour cartographier l'étendue de l'épidémie», a-t-il ajouté. 
Certains hôpitaux ont manqué d'oxygène du fait de la surconsommation induite par le nombre élevé de patients en détresse respiratoire, dit-il, préconisant «d’améliorer le niveau de la coordination dans le secteur de la santé (public/privé) afin d'organiser l'offre de soins dédiée aux malades atteints du virus, mais aussi aux autres malades suivis déjà ou ceux qui se présentent pour d'autres problèmes de santé». 
Il souligne l’impératif de procéder «à l’installation des comités opérationnels représentatifs des différents établissements de santé dans toutes les wilayas concernées». 
«Il faut plus de flexibilité dans la prise de décision au niveau local et plus de moyens pour faire face au nombre de contaminations», estime en outre interlocuteur. 

Oran
Les équipes médicales épuisées et désabusées
 
Quatre mois après le début de la pandémie covid-19, le personnel médical d’Oran (médecins et infirmiers) demeure mobilisé pour endiguer la propagation de la pandémie. Epuisé et désabusé, il lance un cri de détresse dans l’espoir de trouver un écho auprès des citoyens, qui font preuve d’insouciance face à ce mal invisible. Le chef de service des maladies infectieuses au CHU d’Oran, le Pr Nadjet Mouffok, jusque-là paraissant animée d’une énergie inépuisable, semble être au bout du rouleau. «Je suis épuisée», reconnaît-elle d’une voix faible. Avec la persistance de la pandémie, l’équipe du Pr Mouffok ne voit pas le bout du tunnel. Les médecins sont également fatigués. 
Les unités covid-19 à Oran, au CHU comme à l’EHU, sont très sollicitées. Les lits de réanimation ne sont pas loin de la saturation. «Le personnel mobilisé a besoin de renfort. Dans ces conditions, il n’est pas possible de songer aux congés», affirme, pour sa part, le responsable de l’unité Covid à l’EHU d’Oran, le Pr Salah Lellou. Le chargé de la communication de la Direction de la santé et de la population, Youcef Boukhari, a annoncé qu’un système de travail durant 48 heures, suivi de cinq jours de repos, sera appliqué «pour permettre aux équipes médicales de souffler», a-t-il ajouté.
Au rythme de travail insoutenable, les équipes médicales se sentent quelque part trahies par la population, qui fait fi des mesures de prévention, contribuant ainsi à l’augmentation constante du nombre de cas.
Au-delà de l’épuisement, la psychologue, qui prend en charge des médecins et des infirmiers, évoque un traumatisme lié au spectre de la maladie et de la mort qu’ils côtoient au quotidien. « Le médecin est un être humain avant tout. Il a peur pour sa vie et celle des siens», souligne la coordinatrice majeure de la cellule de crise chargée des équipes médiales au CHU d’Oran, Samira Boudou. La psychologue, dont la grande partie de ses patients présentent des signes d’épuisement, tente de prévenir les burn-out, et de l’effet pop-corn qui peut en résulter.
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