vendredi 14 aot 2020 20:56:37

Le Pr Rachid Belhadj, président du comité scientifique d’expertise de restes humains : «A chaque crâne ... son histoire !»

Le président du comité scientifique d’expertise de restes humains, le professeur Rachid Belhadj, a indiqué à El Moudjahid que ce sont les ministères des Affaires étrangères et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui l'ont contacté pour le désigner en qualité de médecin légiste.

PUBLIE LE : 04-07-2020 | 23:00
D.R
 
Il y avait également des archivistes, des documentalistes et des historiens», dira le professeur qui indique qu’un groupe d’universitaires a été créé en coordination avec les cadres des ministères.
«Nous avons commencé nos travaux pour l’identification des crânes en septembre 2018. Il y a eu le premier contact avec nos collègues français et les experts du musée de l'Homme de Paris», ajoute-t-il. 
Pour entamer les travaux, le comité scientifique avait reçu le mandat d’expertise de 44 restes humains. «Nous avons établi un protocole de travail consensuel pour éviter des réserves durant l’expertise et nous avons élaboré une méthodologie de travail basée sur des critères scientifiques», affirme-t-il.
Selon cet expert en anthropologie médico-légale, la méthodologie est basée sur l’exploitation des documents et des archives. 
Il signale que l’historien Ali Farid Belkadi a signalé en 2011 la présence de crânes même si l’Etat connaissait déjà leur existence.
Il rappelle que plusieurs réunions ont eu lieu entre la commission mixte pour un partage d'informations et le comité est arrivé à un consensus d’identification de 24 crânes de résistants algériens. 
Pour les autres crânes, il n’y avait pas assez d’éléments pour affirmer que ce sont des restes humains d’Algériens. 
«Nous avons découvert l’existence des ossements et des crânes appartenant notamment aux résistants de Zaâtcha», indique-t-il. Il mentionne le plus grand problème rencontré était l’absence d’une loi autorisant le rapatriement.
«Nous avons abordé le volet d’éthique déontologique de la symbolique de la présence d’une tête d’un être humain exposé dans un musée et j’avais beaucoup d’appréhensions sur la réussite de notre opération malgré un engagement de haut niveau de l’Etat français. C’était insuffisant en termes de loi parce qu’il fallait avoir un texte autorisant l’Etat français à donner ces crânes à l’Algérie», explique-t-il.
Il relève les efforts du président de la République, Abdelmadjid Tebboune qui «a réussi à convaincre» son homologue français Emmanuel Macron, à trouver une solution pour le rapatriement de 24 crânes que la commission a validée. 
Et d’enchaîner : «Nous sommes parvenus à obtenir la restitution des crânes de nos glorieux résistants. C’est un moment historique», se félicite-t-il. 
Les chercheurs algériens en archives ont fourni de précieux documents pour l’identification des crânes. «Nous avons découvert des documents très intéressants sur des crânes d’Algériens qui ont été transportés en France et exposés au musée», confie le directeur du laboratoire de recherche d’anthropologies médico-légale. 
«Il était important de vérifier la concordance entre les données médico-légales et les documents historiques», a fait remarquer le médecin légiste.
Evoquant le crâne de Chérif Boubaghla, il révèle qu’il avait plusieurs blessures graves, dont une remonte à 1851 et était très importante au niveau du globe oculaire droit qui a complètement éclaté. Il y a aussi le crâne d’un jeune homme qui s’est révolté en 1832. Il a été décapité à Bab Azzoun. Nous avons retrouvé un PV», dit-il. 
Parmi les crânes identifiés, il y a celui d’Aïssa El Hamadi dont la tête a été momifiée et qui avait encore des cheveux et des reliquats de la peau. Pour les autres crânes, le spécialiste fait savoir qu’ils ont été conservés par des procédés chimiques secs, du cuivre avec du charbon avec une exposition prolongée au soleil. Il assure que derrière chaque crâne, il y a une grande histoire. 
«Quand on nous ont montrés les crânes dans des boîtes, on a senti un souffle d’histoire traverser notre corps. C’était émouvant. Le premier réflexe que nous avons eu était de réciter la fatiha. C’était un moment historique. J’étais vraiment honoré de participer à cette opération de rapatriement des crânes des héros de la résistance algérienne», confie-t-il. 
Selon lui, au-delà de la symbolique historique, l’aboutissement de cette opération constitue une grande réussite pour les universitaires algériens, conclut le Pr Belhadj. 
Kamélia Hadjib
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