lundi 06 juillet 2020 19:27:23

Le Dr Abdelhafid Kaïdi, spécialiste en maladies infectieuses : «Le comportement du citoyen entrave la lutte contre la pandémie»

Le docteur Abdelhafid Kaïdi, spécialiste des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik (Blida), ne cache pas sa déception devant le comportement de beaucoup de citoyens qui ne contribuent pas à la lutte contre la Covid-19 et assure que les statistiques sont effarantes.

PUBLIE LE : 30-06-2020 | 0:00
D.R
 
«Le nombre de cas de contamination augmente chaque jour. Nous sommes sur le terrain et nous le ressentons à travers les patients que ne recevons. Quand on était en période d’accalmie, on travaillait plus ou moins à l’aise et on avait des lits disponibles», explique-t-il. 
Il affirme que durant cette période d’accalmie, les autorités sanitaires avaient décidé même d’hospitaliser les formes mineures de la Covid-19 pour pouvoir les explorer et rechercher les sujets contacts.  «Aujourd’hui, ajoutera-t-il, nous sommes revenus aux formes sévères et des malades qui viennent avec une dyspnée d’efforts, c’est-à-dire une gêne respiratoire, une forte fièvre et une asthénie intense et nous avons très peu de lits d’hospitalisations disponibles». 
Le Dr Kaïdi soulève le manque de disponibilité des lits d’hospitalisation et soutient que le phénomène est lié au fait que durant la période d’accalmie, les unités qui ont été mises à disposition pour la prise en charge des cas de coronavirus ont été rouvertes pour qu’elles reprennent leurs activités et prendre en charge les autres pathologies. En parallèle, il y a eu augmentation des chiffres des sujets porteurs de virus. 
S’exprimant sur l’augmentation des cas de contamination, il déclare que les causes sont connues et pointe du doigt le relâchement des citoyens quant au respect des mesures de prévention.  «Le déconfinement était inévitable car les citoyens ne pouvaient pas rester confinés chez eux indéfiniment», souligne-t-il.  Il a insisté sur le respect des mesures barrières et le port du masque, rendu obligatoire pour endiguer les risques de propagation du coronavirus. 
Il lance un appel à tous les citoyens qui doivent être conscients de la situation et contribuer à l’effort de lutte contre cette maladie en respectant les mesures de prévention et les gestes barrières. 
A propos d’un éventuel retour au confinement, le spécialiste des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik estime que de telles décisions sont «difficiles à prendre» et fait savoir que plusieurs wilayas sont concernées par la remontée du nombre de cas à Sétif, Tipasa, Batna, Sétif, Ouargla, Blida et Alger.  «La véritable problématique qui se pose actuellement est de savoir si les citoyens se sentent concernés par ce qui se passe actuellement dans leur pays», mentionne-t-il, confirmant que les services de la Covid-19 enregistrent de plus en plus de cas de formes sévères de la maladie. 
«Le virus est le même sauf que nous avons remarqué que beaucoup de sujets sont porteurs de co-morbidités. 
Les diabétiques, les hypertendus, les cardiopathes, les asthmatiques et les personnes âgées sont des sujets qui présentent une certaine fragilité vis-à-vis du coronavirus et, donc, décompensent rapidement», indique-t-il. 
Il fera part de l’existence de certains cas de malades qui évoluent rapidement vers la sévérité sans que l’on sache le pourquoi de la chose. 
Ouvrant une petite parenthèse, il précisera que le recours actuellement à la corticothérapie en soins intensifs a permis de donner de meilleurs résultats chez les sujets en décompensations et en dessaturation en oxygène. 
«Nous avons pu récupérer pas mal de patients avec une corticothérapie à forte dose et de courte durée en maintenant la bithérapie, à savoir l’hydroxychloroquine et l’azithromycine», révèle le Dr. Kaïdi qui met l’accent sur la disponibilité du traitement adéquat pour assurer la prise en charge des malades.  Évoquant l’impact de l’épidémie sur le personnel en charge de la Covid, l’infectiologue affirme que la charge de travail, la pression et la peur d’être contaminés constituent de sérieux facteurs qui jouent énormément sur le moral de la troupe. 
 
«Trop de charge de pression sur le personnel médical»
 
«Je constate sur le terrain que mon équipe commence à s’épuiser.  Au fur et à mesure qu’on avance, on perd des confrères et d’autres tombent malades. 
Il y a des personnes qui ne tiennent pas le coup. Il est nécessaire de les mettre un petit peu au repos et penser à faire tourner les effectifs même s’ils sont réduits», plaide-t-il.
Toutefois, le Dr. Kaïdi relève l’engagement et la détermination du personnel médical à poursuivre sa lutte contre le coronavirus et se montre rassurant à propos des moyens de protection.  
«Sur ce point, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous travaillons actuellement avec les moyens de protection qui sont fournis régulièrement. Nous sommes plutôt préoccupés par le comportement du citoyen qui fragilise toute cette volonté de casser l’épidémie», conclut-il. 
Kamélia Hadjib
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