lundi 06 juillet 2020 19:38:44

Statues coloniales : Un patrimoine qui vacille

À la suite de la mort de George Floyd, le 25 mai 2020 à Minneapolis, des manifestants s’en sont pris, au Royaume-Uni, en Belgique, à des statues de personnages dont le parcours, les noms sont liés à l’esclavage et à la colonisation.

PUBLIE LE : 28-06-2020 | 0:00
D.R
Le 22 mai 2020, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, les deux statues de Victor Schœlcher (1804-1893), érigées à Fort de France, ont été détruites par des manifestants qui se proclamaient contre l’héritage colonial. En plein mouvement Black Lives Matter aux USA, et en écho au racisme suscité par la mort violente de George Floyd et d’Adama Traoré, l’existence de certaines statues fait débat. Faut-il déboulonner les statues qui glorifient la colonisation ? Les monuments qui sont édifiés pour perpétuer leur mémoire font polémique. Ces colonisateurs, qui se sont «illustrés» en réprimant avec brutalité les autochtones des pays conquis, au cours de ce sanglant XIXe siècle, s’affichent sur les plaques des rues, sur des monuments éparpillés dans les villes des anciennes puissances colonisatrices. La levée de boucliers, par exemple, à Charlottesville, aux Etats-Unis, sur le sort de la statue du général Robert E. Lee est assez édifiante. Une statue qui tremble sur son piédestal. Elle est dédiée à cet officier commandant des troupes confédérées (camp sudiste esclavagiste) pendant la guerre de Sécession. Des manifestants ont traîné la statue d’Edward Colston vers la rivière Avon à Bristol, dans l’ouest de l’Angleterre. 
 
Edward Colston (1636-1721) est un marchand d’esclaves. Autre statue, autre réaction. Elle se trouve à Lille et rend hommage au général Faidherbe (1818-1889), gouverneur du Sénégal, sous les couleurs de l’Empire de Napoléon III. Un collectif dénommé «Faidherbe doit tomber», une reprise du slogan de «Rhodes must fall» (Cécile Rhodes doit tomber) en Afrique du Sud, critique l’imposante statue équestre en plein cœur de la ville. Selon le porte-parole de ce collectif, Lille ne peut plus présenter un tel hommage à un des premiers acteurs de la colonisation du Sénégal sous la Troisième république française. Faidherbe fut d’abord officier en Algérie, pour ensuite être nommé gouverneur au Sénégal. Pour l’historien Vincent Joly, Louis Faidherbe est un destructeur. Des manifestants ont réclamé son retrait de l’espace public car c’est un symbole violent et raciste. Autre figure emblématique de la colonisation. Thomas Robert Bugeaud, caporal à Austerlitz, soldat des expéditions napoléoniennes, est connu pour la guerre totale qu’il a orchestrée en Algérie. 
Le «pacificateur» a eu ces propos fort significatifs. «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac au Sbéhas, enfumez-les à outrance comme des renards». Des manifestants appellent à en finir avec ce symbole de la barbarie coloniale. 
 
Un culte toujours vivace 
 
A Paris, la ville lumière, supposée capitale du pays des droits de l’Homme et de la révolution de 1789, 200 rues magnifient la colonisation. On maintient encore vivante la flamme de la colonisation, qu’il s’agisse de la prise d’Alger, du Tonkin, d’Aboukir (bataille livrée par Bonaparte en Egypte), de Bugeaud qui ravagea notre pays. 
A croire que la France s’accroche à un passé colonial qui est loin de l’honorer. Et pourtant elle tient à cette toponymie d’un autre âge, vestige d’une époque qui s’est distinguée par des guerres atroces, faisant un grand nombre de victimes, détruisant l’équilibre des sociétés ancestrales.
 
Il faut reconnaitre que la France n’est pas la seule à détenir ce triste palmarès. Sir Winston Churchill, débonnaire et sarcastique, fut bien ministre des colonies de sa Majesté. En Belgique, une pétition en ligne réclame le déboulonnage de la statue de l’ancien roi des Belges, Léopold II, jugé responsable de la mort de millions de personnes lorsqu’il a colonisé le Congo. La conquête de ce territoire et le travail forcé mis en œuvre par ce monarque ont provoqué des actes de tortures et de mutilations. 
Il n’était pas rare de couper les mains des réfractaires. La Belgique a dominé l’actuelle république démocratique du Congo pendant 75 ans, de 1885 à 1960. 
 
En Belgique, on peut observer aussi des noms de rues ou des statues qui font référence à la gloire coloniale. Les gens remettent en cause une certaine vision de l’histoire partout où l’existence de ces statues est contestée. Ils condamnent l’esclavage de la colonisation.
 On lit l’histoire de Nantes ou Bordeaux par l’intermédiaire de la traite noire, des négriers… Le retrait de toutes ces statues a nourri des avis divergents. Il y a ceux qui veulent maintenir le culte d’un passé qu’ils jugent grandiose, ceux qui veulent tourner la page de cette histoire sans l’arracher.  
 M. Bouraib
 
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