lundi 06 juillet 2020 18:26:08
D.R
Depuis quelques années, le secteur automobile était instable et la disponibilité des véhicules neufs devenue un véritable casse-tête, et pour les hautes autorités et pour le citoyen qui veut à tout prix rouler dans une voiture neuve ou acquérir un véhicule de première ou deuxième main qui ne lui causera pas de gros problèmes. Cette disponibilité est devenue, au fil du temps, le souci majeur des commerçants qui ne disposent que d’un stock très réduit pour satisfaire une clientèle très exigeante en matière de qualité et d’options en matière d’équipements de sécurité active et passive.  
La politique des pouvoirs publics à partir de 2016 à travers l’imposition des quotas d’importation avait pour objectif d’éliminer les importations et d’avantager les véhicules montés localement mais qui ne répondaient pas à la demande grandissante de la clientèle qui n’avait pas un large choix en matière de marques et de modèles. Une stratégie qui n’a pas donné ses fruits dans la mesure où même les industriels locaux ont été destinataires d’une note les obligeants à réduire les importations de kits SKD/CKD, équipements nécessaires dans le processus de montage automobile, ce qui a fait flamber les prix des véhicules sortis des usines d’Oran, Batna, Relizane et Tiaret. Il faut dire que de sévères restrictions des importations et une dégringolade du dinar ont chamboulé le marché des voitures neuves et d’occasion, provoquant une flambée spectaculaire des prix. L’arrêt des usines et la rareté des véhicules neufs, deux points importants qui ont fait réagir le gouvernement d’Abdelaziz Djerad qui a autorisé à nouveau les importations pour assurer la disponibilité et renouveler un parc automobile vieillissant et polluant. Le retour à l’importation de voitures neuves ou d’occasion de moins de 3 ans en Algérie permettrait l’approvisionnement du marché national. Il faut également se demander si l’Algérie est un pays qui va être dépendant et simple consommateur de l’industrie automobile mondiale et axer sa politique sur l’importation et le véhicule d’occasion, ou si elle cherchera à s’insérer dans les chaînes de valeurs automobiles mondiales ?
Pour avoir une idée de ce qui va attendre le consommateur en termes d’impact des nouvelles taxes sur le prix des véhicules d’occasion, nous avons contacté des experts et des spécialistes du marché automobile qui ont bien voulu nous aiguiller sur certains points importants.
 
Les véhicules d’occasion resteront chers
 
Pour Mourad Saadi, directeur de Largus.dz et l’un des premiers spécialistes des médias spécialisés dans l’automobile, «l’impact immédiat qu’engendreront les nouvelles taxes sur les importations de véhicules neufs se manifestera par des volumes qui seront loin de répondre aux besoins du marché. A partir de là, les véhicules d’occasion resteront chers en raison de la rareté du véhicule neuf. En effet, le risque est trop important pour les concessionnaires d’importer massivement». Il rappellera cependant que le marché algérien pèse environ 450. 000 unités par an, un volume qui ne sera jamais approché avec de telles taxes. «C’est d’ailleurs in fine ce qui est espéré par les pouvoirs publics dans la mesure où les réserves de change s’amenuisent de plus en plus et les perspectives d’une crise économique majeure pointent à l’horizon. Dans ce contexte, il est attendu que les importations de véhicules neufs sur une année pleine avoisinent les 100. 000 unités. Cela donnera une image d’un marché contracté, en net recul par rapport à la période 2010-2015», a-t-il affirmé.
Saadi a exprimé sa crainte quant à l’hésitation de certains concessionnaires de procéder à des importations ciblées. Pour lui, «les besoins sont trop importants. La frustration est également très forte chez le consommateur algérien.  Pour un concessionnaire, il y a actuellement cette opportunité de pouvoir profiter au mieux des méventes en cours en Europe en raison de la pandémie de Covid-19. Les stocks sont très importants et reviennent très cher aux constructeurs. Il s’agit donc pour les concessionnaires algériens de savoir bien négocier aussi bien les prix que les contrats de garantie, afin de pouvoir proposer des modèles plus ou moins à la portée», a-t-il souligné. Il ajoutera également que dans la conjoncture actuelle, on peut effectivement tenir ce raisonnement. Le souci des pouvoirs publics consiste certainement à préserver, autant que faire se peut, les réserves de change. La mise en place des nouvelles taxes est une manière de dissuader les clients algériens d’acquérir un véhicule neuf importé. Cela sera d’ailleurs quasiment impossible pour la majorité des citoyens au regard de leur pouvoir d’achat limité. En même temps, la remise en question des usines de montage oblige les décideurs à proposer une alternative. C’est ce qui est fait avec le retour aux importations de véhicules neufs. En définitive, nous verrons sur une année pleine un marché timide, qui ne dépassera certainement pas les 100. 000 unités. Le patron du site électronique Largus.dz, consacré à l’automobile, à destination des particuliers et des professionnels et renommé pour sa cote des véhicules d’occasion, a expliqué que le marché va se contracter. «  En revanche, une industrie automobile digne de ce nom me parait encore éloignée. Aujourd’hui, les grands constructeurs font face à une crise multidimensionnelle, ils sont ombreux à être contraints de revoir leurs stratégies.
« Ce qui se passe actuellement en Europe nous donne un aperçu de ce qui est déjà mis en œuvre. Le temps des délocalisations semble révolu. Chaque pays veut préserver son outil de travail et l’industrie automobile est connue pour être un fort pourvoyeur d’emplois. La crise actuelle va renforcer le sentiment national et cela concerne aussi bien les constructeurs que les équipementiers», a précisé Mourad Saadi. Néanmoins, selon lui, partant du fait que la production automobile mondiale reste loin de répondre aux besoins en mobilité, l’Algérie dispose de nombreux atouts pour convaincre un constructeur sérieux et de rang mondial à venir investir. Cela va certainement prendre du temps, il faudra donc être patient.
 
Revoir les textes régissant la revente
 
Pour Nadir Kerri, journaliste spécialisé en automobile et directeur de publication du site autojazair.com, cette décision du gouvernement de revoir à la baisse les taxes sur le véhicule neuf pour certaines catégories de véhicules était plus qu’attendue par les Algériens fans de véhicules neufs.
«Une taxe de 150.000DA sur les véhicules en motorisation essence jusqu’à une cylindrée de 1600CC  est toute somme logique. Une très grande majorité de clients souhaiteraient acquérir des véhicules dont la cylindrée ne dépasse pas le 1.6 litre en  version essence.  Au-delà de cette catégorie, ils peuvent acquérir un véhicule avec un moteur 1.8 litre  pour  une taxe de 250.000DA ou un 2.0 litres avec  450.000 DA de taxes ».
Pour la version Diesel, poursuit notre interlocuteur, «la révision de la taxe sur les véhicules dotés d’un moteur inférieur ou égal à 1.6 litre (1600cc) est aussi une bonne décision à mon sens. Le gros des ventes en version diesel est représenté par les véhicules  équipés d’un moteur de  1600CC ou moins. Une taxe de 250.000DA est à notre sens logique. Au-delà de cette cylindrée, c'est-à-dire un véhicule équipé d’un moteur  supérieur à 1.6 litre (1600 cc) et égal ou inférieur à 2.0 litres (2000 cc), le client peut payer une taxe de 400.000DA. Pour les grosses cylindrées, les augmentations de taxes sont logiques dès lors que cette catégorie est destinée à une certaine frange de la société qui peut se permettre d’acquérir des véhicules à 10 millions et 15 millions de DA et dispose des moyens financiers pour s’acquitter de la taxe.
Pour le patron du site électronique spécialisé, la révision des textes régissant la revente du véhicule neuf de la même année entre particuliers doit être revue. Cela permettra de mettre un terme à la prolifération des revendeurs ambulants qui ont clochardisé la profession et causé  une augmentation  vertigineuse des prix et une grosse pénurie sur le marché des véhicules neufs.
«Le véhicule neuf doit être exclusivement vendu chez le concessionnaire agréé. Les mêmes revendeurs n’investissent aucun dinar et ne payent aucun droit aux contribuables du moment qu’ils ne possèdent ni registre du commerce ni local. Le client s’il veut vendre son véhicule de la même année, devra payer une redevance de 400.000DA par exemple au trésor public », ajoute notre interlocuteur qui soulignera que l’application des nouvelles taxes aura un énorme impact sur les prix des véhicules d’occasion qui seront proposés avec une tarification à la hausse. Sur un autre registre, le spécialiste évoquera une autre préoccupation affichée par les concessionnaires qui ont soulevé la problématique de la domiciliation bancaire  introduite en 2017. «En application d’un règlement datant du 25/10/2017 de la Banque d’Algérie, les domiciliations bancaires relatives à l’importation des marchandises destinées à la revente en l’état et ne constituant pas un intrant industriel, doivent être accomplies dans un délai minimum d’un mois avant la date d’expédition de ces marchandises avec une couverture financière de 120% du montant de l’opération», a-t-il expliqué 
Cette obligation pose un grave problème à certains importateurs qui redoutent un favoritisme au profit de certaines marques automobiles installées en qualité de filière en Algérie et possédant une assez large assurance de domiciliation auprès des banques de leur pays d’origine.
 
Le marché doit connaître une forte concurrence
 
Il faut revenir à la règlementation d’avant cette date, c'est-à-dire l’ouverture des crédits documentaires, afin de permettre une concurrence loyale et équitable dans ce secteur et par la même occasion assurer une assez large disponibilité des véhicules. Pour sa part, Allaeddine Fellahi, directeur de la marque Audi en Algérie, filiale du Groupe Sovac indiquera que les nouvelles taxes revues à la baisse impacteront, à un certain degré, directement les prix des véhicules d’occasion qui risquent  de connaître une hausse. Il dira que pour espérer une baisse des prix des véhicules neufs ou d’occasion, «le marché doit être caractérisé par une forte concurrence, ce qui permettra également de proposer au consommateur un large choix de marques et de modèles». Il soulignera que les nouvelles taxes qui vont renflouer les caisses de l’Etat vont agir sur les prix des véhicules d’occasion au début mais, par la suite, avec la disponibilité de l’offre, les prix changeront lors des  cinq prochaines années.  Cela va créer, également, de la concurrence entre les concessionnaires sur un marché affaibli. nSelon M. Fellahi, après le vide des deux années 2017 et 2018 synonymes d’indisponibilité des véhicules neufs, aujourd’hui le marché n’est pas assez alimenté, malgré la présence de plusieurs unités de montage. «Et en dépit de cela, tous les modèles ne figuraient pas sur le marché, notamment en termes d’utilitaires de berlines ...», soutient-il. Notre interlocuteur s’est tout de même interrogé sur la possibilité de voir les pouvoirs publics relancer le processus d’acquisition d’un véhicule avec la formule crédit à travers un financement bancaire, ce qui permettrait à un grand nombre de citoyen d’acquérir une voiture neuve. Evoquant la réorganisation des concessionnaires pour entamer une nouveau départ, M. Fellahi dira que 2021 sera une année de reconstruction pour les concessionnaires, précisant qu’un gros travail les attend pour réorganiser les réseaux de distribution. Pour lui tout va  se stabiliser à partir de 2022.
Pour résumer, de l’avis des spécialistes du marché de l’automobile, les nouvelles taxes vont impacter directement sur les prix des véhicules d’occasion mais elles ne vont en aucun cas empêcher les concessionnaires de relancer le processus d’importation des véhicules neufs des différentes marques. 
Mohamed Mendaci 
 
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