lundi 06 juillet 2020 19:05:33

Offensives du 20 août 1955 : Un acte réprimé dans le sang

Au moins 12.000 victimes algériennes

PUBLIE LE : 06-06-2020 | 0:00
D.R

La spectaculaire offensive menée le 20 août 1955 par Zighoud Youcef dans le Nord-Constantinois et sauvagement réprimée dans le sang aura été un tournant décisif dans le parcours de la Révolution algérienne, en même temps qu’elle a illustré la nature criminelle de la puissance coloniale française, selon des témoins et autres historiens et chercheurs.

Vaillamment orchestrée en plein jour par le Commandant de la Zone II (Nord-Constantinois) et son adjoint Lakhdar Bentobbal, cette attaque, d’une grande ampleur, avait ciblé plusieurs objectifs de l’occupant, principalement dans les villes de Constantine, Skikda, Guelma et Collo.
La glorieuse Révolution de novembre 1954 n’avait pas encore bouclé sa première année que des milliers de fellahs ont adhéré aux côtés des moudjahidine de l’Armée de Libération nationale (ALN) à cette action, initiée principalement pour desserrer l'étau   sur les Aurès et la Kabylie, durement assiégés depuis le déclenchement de la guerre de libération nationale.
L’impact de cet assaut, rapportent témoins et historiens, a été double : sur le plan interne, il avait renforcé la confiance entre le commandement de la Révolution et la base populaire, plus galvanisée depuis. De même qu’il avait accéléré la structuration de la Révolution à la suite de l’historique Congrès de la Soummam, ayant réuni, le 20 août 1956, dans la wilaya de Béjaia, les principaux dirigeants de la glorieuse épopée de libération nationale.
Sur le plan extérieur, l’offensive a conduit à l’inscription de «la question algérienne» à l’ordre du jour de l’Assemblée générale de l’ONU, le 30 septembre 1955.
           
Au moins 12.000 victimes algériennes

La riposte de l’Administration coloniale à cette offensive ayant duré trois jours n’a pas tardé à s’abattre sur les exécutants de celle-ci, révélant à l’opinion nationale et internationale toute la férocité et la barbarie propres à la puissance française coloniale : Les représailles avaient pris une grande ampleur et les allures de vastes campagnes d`arrestation, de répression, d’intimidation et de torture ayant ciblé des milliers de civils algériens. Des dizaines de villes et villages ont été sauvagement pilonnés ou investis par les soldats français pour y traquer le moindre moudjahid et y commettre les pires exactions. Des violations qualifiées, par de nombreuses voix et parties, aussibien en Algérie qu’ailleurs, de «crimes de guerre» et de violations des droits humains, à leur tête le droit élémentaire à la vie.
Si les récits divergent sur le bilan exact de la violente répression française, ils convergent néanmoins, dans leur ensemble, sur le macabre décompte d’au moins 12.000 martyrs algériens. Ceci, alors que des statistiques américaines, basées sur des rapports de reporters de guerre dépêchés en Algérie pour la couverture de celle-ci, avaient fait état de plus de 20.000 victimes.
   
Crimes contre l’humanité

Les représailles menées par l’armée française contre les populations civiles, à la suite de l’insurrection du 20 août 1955 dans le Nord-constantinois, «peuvent être considérées juridiquement comme une forme de crime contre l’humanité», avait affirmé à l’APS Claire Mauss-Copeaux, chercheure au Centre national de Recherche scientifique (CNRS) de France.
Lors d’une participation à un colloque consacré par l’université de Skikda au «rôle de la femme algérienne durant la Révolution», elle y avait également révélé avoir consacré un ouvrage à ce douloureux épisode de la guerre de Libération nationale, intitulé «20 août 1955, insurrection, répression, massacres».
Pour cette chercheuse, il s’agit dans ce livre de «dépasser les récits mythiques français dans lesquels on ne parle jamais de l’insurrection, mais uniquement du massacre d’Européens au village minier d’El Alia, à l’Est de Philippeville (Skikda, ndlr)».
Car il faut rappeler, à ce propos, la machine médiatique mise en branle par l’occupant français afin d’altérer la véracité des faits et d’étouffer l’intensité de sa brutalité à l’égard de civils algériens sans défense. Dans ce registre, «L’Echo d’Alger» fut un instrument de guerre psychologique et de propagande colonialiste, tel que rappelé par des participants à un colloque sur «La Wilaya II dans la guerre d’indépendance», organisé, il y a quelques années, à Skikda.
Selon l’universitaire Amor Bouderba, cet organe de la presse colonialiste, fondé en 1909, «exprimait les opinions de l’extrême droite et prônait une suprématie économique, culturelle et politique d’une minorité européenne en Algérie, alors que sa couverture des événements se basait sur les communiqués de l’armée française et des reportages orientés».
Et de souligner que ce média avait écrit, à la suite de l’offensive du 20 août 1955, que les actions de l’ALN étaient «inspirées par l’étranger», tout en prenant le soin de citer, à maintes reprises, l’architecte de cette historique action, le chahid Zighoud Youcef. L’objectif était de «tenter de compromettre l’impact diplomatique de cette action d’envergure qui finit par susciter un soutien international à la cause algérienne», avait commenté l’universitaire algérien.

 Une symbolique qui continue à fonctionner 

En dépit de toutes les pratiques inhumaines et outrageusement illégales de l’empire colonial français, l’attaque du 20 août 1955 demeure un des épisodes saillants de la Révolution de novembre 1954 et revêt «une symbolique qui continue à fonctionner, si bien qu’elle a parfois même occulté d’autres événements aussi importants, survenus la même période sur l’ensemble du territoire national», de l’avis du chercheur en histoire et universitaire Hassan Remaoun.   
Dans une de ses interventions pour l’APS, le chercheur associé au Centre de Recherche en Anthropologie sociale et culturelle (CRASC) a considéré que le 20 août 1955 est une date «marquante», car renvoyant à «la première grande opération» menée par l’ALN avec pour objectif de «frapper l’imagination». Ce qui, selon lui, fut le cas au regard de «l'ampleur» de la répression de l’offensive par les forces coloniales.
Il insistera, à ce propos, sur la nécessité de «valoriser les moments fondateurs d'une nation», dont cet épisode ainsi que celui du Congrès de la Soummam, «deux événements extrêmement importants dans le processus de lutte de libération nationale», a-t-il noté.
Pour l’universitaire Mustapha Nouicer, l'offensive du Nord-constantinois a été «un événement sans précédent» car reposant sur une vision «claire» adoptée par le commandement de la Révolution, ce qui lui avait permis d’atteindre de «grands objectifs avec peu de moyens».



 

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