mercredi 15 juillet 2020 13:22:55

Deuxième jour du procès Hamel : «Ma famille et moi sommes victimes d’un règlement de compte»

15 ans de prison requis contre Hamel et 5 ans contre son fils

PUBLIE LE : 04-06-2020 | 0:00
D.R

De notre envoyée spéciale :  Neila Benrahal

Le procès de l’ancien DGSN, Abdelghani Hamel, s’est poursuivi, hier, au tribunal pénal de Boumerdès. A l’ouverture de l’audience, l’ex-patron de la police a indiqué que «les poursuites judiciaires contre les membres de sa famille sont des affaires montées Ghali Beleksir, l’ancien Commandant de la Gendarmerie nationale. C’est un règlement de compte. On s’est attaqué à toute ma famille et on a voulu impliquer mon fils Chafik dans l’affaire de saisie de plus de 700 kg de cocaïne au port d’Oran.

Mon fils a était soumis à l’instruction durant deux années avant qu’il ne soit acquitté dans cette affaire». Quand la présidente de l’audience lui demande de se limiter aux faits de l’affaire en examen, il insiste en disant que «par cette déclaration je veux éclairer la justice. Je suis fatigué madame la Présidente, très fatigué et ma famille aussi. Mon fils Chafik est poursuivi dans cette affaire juste parce qu’il est le fils du DGSN». L’épouse de Hamel et sa fille étaient présentes à l’audience
Hamel a rejeté toutes les accusations, notamment l’abus de fonction et le trafic d’influence. «Je n’ai aucun lien avec cette affaire de détournement de foncier agricole. Mon fils Chafik a bénéficié d’un lot de terrain pour un projet d’investissement comme tout citoyen…», dit-il. Il est interrompu par la juge qui lui rappelle les déclarations de l’ex-chef de Sûreté de wilaya de Tipaza, le contrôleur de police Salim Djedjai et de l’ex-wali de Tipaza, Moussa Ghelai, tous deux en détention provisoire. Ils ont affirmé durant l’instruction judiciaire, qu’ils avaient été sollicités par Hamel pour régler le cas de son fils. Ces accusations ont été niées par Hamel. «Je n’ai contacté personne et aucun responsable. Si c’était le cas, mon fils n’aurait pas bénéficié d’un lot de terrain situé dans une décharge publique et dans une région qui était un fief terroriste à Magtaâ Kheira. Il cherchait à réaliser son projet depuis 2012. Le terrain ne lui a été accordé qu’en 2018. Je suis prêt à confronter n’importe quel responsable qui prétend avoir été sollicité pour cela. Dans un premier temps, j’ai été auditionné comme témoin dans cette affaire et je maintiens toutes mes déclarations tout le long de l’instruction», souligne-t-il.
La juge appelle l’ex-wali de Tipaza, Moussa Ghelai , pour une confrontation . «J’ai déclaré que c’est le ministre de l’Intérieur Noureddine Bedoui qui m’a appelé pour le cas Chafik,mais Hamel ne m’a pas contacté», témoigne-t-il. Ghelai avait déclaré, lors de l’instruction judiciaire, qu’on lui avait demandé «d’accélérer les procédures pour le règlement de l’affaire car elles allaient prendre du temps au niveau du tribunal administratif».
La juge se tourne vers Hamel : «Pourquoi le ministre de l’Intérieur a-t-il contacté le wali pour cette affaire ?». Hamel répond : «Aucune idée». L’un de ses avocats, Me Menasria intervient : «Pourquoi n’a-t-on n’a pas posé la question à Bedoui. Nous insistons sur sa présence et sa comparution, lui et Sellal». «Etiez-vous au courant du projet d’investissement de votre fils ? interroge la juge. Hamel répond : «Non pas vraiment. J’ai abandonné ma famille en raison de mon travail mais je me suis déplacé sur le lieu du projet suite à l’ouverture d’une enquête par les services de la GN. J’ai tout de suite demandé à mon fils de ne plus mettre les pieds sur ce lot qui n’était pas conforme». La juge lui fait remarquer qu’il s’agissait d’une terre agricole. Hamel soutient que «c’était une décharge publique située à proximité de l’usine Asagoch et d’une station-service qui sont des projets opérationnels. Pourquoi s’est-on focalisé juste sur le cas de mon fils Chafik, je n’ai contacté aucun haut responsable…», insiste-t-il. La juge l’interroge : «Et Saïd Bouteflika, le conseiller de l’ex Président ?». L’ancien DGSN répond : «Je n’étais pas en accord avec lui. Notre relation n’était pas bonne. Il faut analyser les faits de 2018, quand j’ai été limogé de mon poste parce que j’avais dénoncé la corruption. J’ai été victime d’une grande campagne de dénigrement. il faut s’interroger : pourquoi la famille Hamel ? A chacun son interprétation».
Le représentant du parquet a pris la parole pour auditionner Hamel sur ses relations avec les responsables locaux, notamment les walis. «Je n’ai jamais sollicité un wali pour des affaires personnelles quand j’étais DGSN». Le représentant du ministère public cite alors la déclaration de l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, lors de son audition en qualité de témoin. Sellal avait déclaré qu’il était «en Conseil interministériel et le général –major était présent. Il paraissait très inquiet suite à l’annulation de la concession au profit de son fils Chafik. Il en a été informé par le wali à l’époque, Ayadi». Hamel a rejeté les faits. «J’étais effectivement présent à ce conseil interministériel. Le Premier ministre s’est levé pour saluer les présents, il s’est approché de moi et m’a dit en posant sa main sur mon épaule de ne pas m’inquiéter et que la loi sera appliquée à tout le monde. J’ignorais de quoi il s’agissait. Quand je suis rentré, Chafik m’a informé de l’annulation de la décision».

L’ex-Chef de sûreté de Tipaza : «Hamel m’a appelé pour s’enquérir du dossier  de son fils»

Le tribunal a auditionné, par la suite, l’ex-chef de Sûreté de wilaya de Tipaza, le contrôleur de police Salim Djajai, poursuivi pour trafic d’influence et abus de fonction. Celui-ci maintient ses déclarations : «Le général-major Hamel m’a contacté par téléphone pour me demander de s’enquérir de l’avancement du dossier de son fils Chafik auprès du wali. Mais, depuis, il ne m’a plus appelé pour cette affaire. J’ai alors contacté suite le directeur des domaines sur orientation du wali Ghelai. Quand la décision a été signée j’ai contacté Chafik Hamel par téléphone …». «Qui vous a donné son numéro ?» demande la juge». «J’ai rencontré Chafik au siège de la wilaya, il est venu vers moi et on a échangé nos numéros». L’accusé a assuré, en réponse aux questions du parquet, qu’il s’agissait d’une «intervention personnelle, mais je ne suis qu’un exécutant. C’était une période difficile, je ne pouvais pas dire non, mais il faut dire que le numéro 1 (Hamel) était respectueux et ne m’a pas ordonné ou exercé une pression. J’ignore pourquoi Ali Bouamirirene m’accuse, à tort», soutient l’ex chef de sûreté. Hamel demande alors la parole : «Madame la présidente, le juge d’instruction du tribunal de Tipaza est venu me voir à la prison d’El Harrach. Il m’a informé qu’il avait pris des dispositions avec le directeur des domaines de Tipaza qui avait déposé plainte pour menace et harcèlement policier mais durant 21 jours, il n’a pas prouvé d’où le retrait de statut de victime pour lui». La juge l’interroge à nouveau : «Pourquoi le juge d’instruction vous a-t-il informé de cette procédure ?».
Chafik Hamel se présente à la barre, après la clôture de l’audition de Djajai. Il est auditionné sur la réattribution du même terrain d’une superficie de 14. 475 m2 à la SARL AMC. «L’ex-wali Kadi Abdelkader avait signé l’arrêté d’attribution d’un terrain d’une superficie de plus de 14. 000 m2 dans la commune de Douaouda, sous la dénomination EURL HCH Algérie. Le tribunal administratif a annulé l’arrêté d’attribution le 17 juillet 2017», interroge la juge. Chafik Hamel met en cause l’administration et se plaint de la lenteur des procédures qui entravent l’investissement. «J’ai bénéficié d’un lot de terrain à proximité d’un cimetière. Mon projet a trainé pendant quatre années avant que je décide de changer l’activité et la société», dit-il. «Je n’ai contacté aucun responsable. J’ai rencontré le wali suite à une demande, comme tout citoyen, et je n’ai bénéficié d’aucun avantage ou privilège», insiste-t-il.
De son côté, Abdelhakim Z., accusé non détenu, a nié l’accusation d’incitation de fonctionnaire pour l'obtention d'indus avantages. Son audition porte sur l’arrêté d’attribution d’un terrain de plus de 5.000 m2 à Cherchell, signé par l’ex-wali Kadi Abdelkader et annulé par la chambre administrative le 17 juillet. Le wali Ghellaï Moussa, successeur de Kadi Abdelkader, signe, le 9 octobre 2017, un arrêté de réattribution d’une superficie de 5.686 m2 au profit du même bénéficiaire. «J’ai bénéficié d’un lot de terrain dans le cadre d’un projet d’investissement pour un hôtel urbain à Cherchell. Je n’étais pas informé de l’annulation des décisions d’attribution par le tribunal administratif», dit-il. Lors de son audition, il relève une anomalie : «Après l’annulation des décisions, chose que j’ignorais, on m’a accordé l’agrément signé par le ministre actuel du Tourisme ! On ne m’a pas appelé pour payer les redevances». Interrogé sur le rôle de son père, un officier supérieur de l’ANP, dans cette affaire, Abdelhakim. Z répond : «Madame la présidente, je suis un citoyen algérien, j’ai droit au travail et à l’investissement. Ce n’est pas parce que je suis le fils de général que je n’ai pas le droit de travailler. J’ai saisi la justice pas l’administration parce que j’étais en règle». La juge est revenue sur le statut de son père : «Quel poste occupait-il ? Il était chef de région militaire ?». «Non, il occupait un poste administratif et a pris sa retraite en 2019», indique-t-il.

Le DG des domaines : «Sellal a demandé le désistement des poursuites judiciaires»

C’est au tour du directeur général des domaines Djamel Kheznadji, toujours en poste, accusé non détenu, d’être auditionné. Il aurait demandé au directeur des domaines de Tipaza d’annuler la décision de gel de l’attribution.
Kheznadji, qui a explosé en larmes, a indiqué qu’il avait été rappelé après sa mise en retraite pour occuper le poste de DG. «J’ai été convoqué par le ministre des Finances de à l’époque, Baba Ammi, qui m’a demandé d’appeler le directeur des domaines de Tipaza pour un désistement des poursuites judiciaires déposées auprès du tribunal administratif. Le ministre a précisé que c’étaient les instructions du Premier ministre Abdelmalek Sellal dans l’intérêt général, en précisant qu’il s’agissait d’une procédure légale.
Lors de ce procès, huit accusés ont été auditionnés, dont le directeur de l’industrie de la wilaya de Tipaza et Mohamed Bouamama, le conservateur de Koléa , qui a déclaré qu’un agent civil l’avait contacté pour accélérer les procédures du dossier Hamel. «Il s’est présenté comme émissaire du chef de SW de Tipaza. Il m’a dit qu’il était venu de la part du «maâlem» (chef)», a-t-il indiqué. Le procès s’est poursuivi dans l’après-midi avec les auditions des témoins. Dans son intervention, l’ex wali de Tipaza , Moussa Ghelai , en détention provisoire, a indiqué qu’il avait reçu plusieurs appels du ministre de l’intérieur Nourredine Bedoui et du conseiller à la présidence Said Bouteflika «pour accélérer les attributions suite à l’ouverture d’enquêtes par la GN sur le foncier agricole».
Le parquet près le tribunal de Boumerdès a requis la peine maximale de 15 ans contre Abdelghani Hamel, assortie d’une amende de 1 million de DA. Une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende de 1 million de DA a été requise contre le Directeur des domaines de Tipaza, Ali .B et le directeur de l’industrie et des mines , Abderezzak Haddou alors que 7 ans de prison ferme ont été requise contre l’ex-chef de SW de Tipaza, Salim Djajai , assortie d’une amende de 1 million de DA. Pour le conservateur foncier de Koléa, le parquet a requis 6 ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 DA. Une peine de 5 ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 Da a été requise à l’encontre de Chafik, fils de Hamel, et d Abdelhakim Zerad.
N. B.

 

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