lundi 06 juillet 2020 19:32:43

Evènements de la Dzira en 1960 à Aïn Sefra : L’image hideuse du colonialisme

C’est à partir du mois d’août 1960, et pris de court par la précipitation des évènements (audience élargie du FLN au sein des populations, succès militaires remportés par l’ALN d’une part, négociations secrètes entres les autorités officielles de Paris et des représentants du GPRA sur les perspectives d’indépendance de l’Algérie, d’autre part) que le pouvoir colonial s’acharne sur des populations civiles, sans défense, en les déportant en masse au lieu-dit la «Dzira».

PUBLIE LE : 02-06-2020 | 0:00
D.R

C’est à partir du mois d’août 1960, et pris de court par la précipitation des évènements (audience élargie du FLN au sein des populations, succès militaires remportés par l’ALN d’une part, négociations secrètes entres les autorités officielles de Paris et des représentants du GPRA sur les perspectives d’indépendance de l’Algérie, d’autre part) que le pouvoir colonial s’acharne sur des populations civiles, sans défense, en les déportant en masse au lieu-dit la «Dzira».
À voir les structures du camp de la Dzira, la composition humaine chargée de son fonctionnement, l’on comprend mieux que ce camp ne fut pas improvisé mais conçu dans des buts bien précis : démanteler, du moins, bouleverser l’organisation du FLN et son aile armée l’ALN. Le camp de Dzira d’Ain Séfra, cette ville martyre et porte flambeau du nationalisme dans le sud-ouest oranais, n’était en fait autre qu’un camp de concentration pour populations civiles et si la 2e guerre mondiale n’avait pas pris fin en mai 1945, l’on se serait cru en face d’un authentique camp de déportation hitlérien.
En effet, la Dzira était aussi bien d’une ressemblance frappante avec les camps de concentration hitlériens en raison de toutes les cruautés que subissaient les détenus, que par l’isolement de son implantation (5 km d’Ain-Sefra, à hauteur du sud-est du ksar Sidi Boutkhil). Ainsi conçue, la Dzira n’était autre qu’un «cliché» assez réduit d’un système honni qui ne se différenciait en rien du système Nazi, ni par les conditions de détention, ni par la détermination d’exterminer le plus grand nombre de personnes dont le crime était d’avoir dit non à la colonisation de leur pays. Beaucoup de  familles en gardent, jusqu’à présent, des séquelles physiques et psychologiques. Humiliés, avilis, des hommes et des femmes étaient parqués sans la moindre considération dans des espaces spécialement aménagés, entourés de fils barbelés et de lignes électrifiées, chefs-d’œuvre digne des conceptions racistes les plus basses.
Les détenus vivaient  un enfer qu’aucune morale ne pouvait tolérer. On y torturait, on y assassinait au nom d’un système en déclin. Déjà minés par les conditions de détention inimaginables, ces derniers n’avaient, pour visiteurs, que des vautours, rapaces voraces à l’extrême et qui attendaient impatiemment d’intervenir à leur tour.
La détention massive et sans ménagement de civils fait penser à celle pratiquée par le régime hitlérien d’alors, à cela s’ajoutait l’extermination de millions d’êtres humains, dans des conditions horribles.
Roger Ikor déclarait : «Ce qui frappe dans l’extermination raciste hitlérienne, c’est la bestialité de machine.» Dans la Dzira, les détenus n’étaient pas loin de cette théorie diabolique qu’ils enduraient, vivant l’horreur poussée à son apogée extrême. Entassés les uns sur les autres dans des cellules étroites et sans commodité aucune, ils ne pouvaient même pas marcher. Aussi étaient-ils obligés de se tenir debout en dépit de la fatigue et de la faim. Dans cette situation pénible et des plus insupportables, les membres inférieurs s’ankylosaient. Ce n’était que le baptême prélude à une incarcération qui allait s’annoncer des plus abominables que l’humanité connut.
Le 2e Bureau était chargé alors des interrogations «préliminaires», dites aussi de «sélections», et dont dépendaient la vie et la mort de toute personne car, aux yeux de l’administration, tout le monde était suspect. À sa tête  se trouvait, généralement, un capitaine, officier de renseignements de l’armée, secondé de sous-officiers et d’éléments subalternes, pour procéder à des interrogations qui duraient souvent très tard dans la nuit. Le détenu était placé sur une chaise métallique, les bras liés derrière le dos, une lampe de forte puissance allumée et braquée sur son visage tiré et ruisselant de sueur. Les internements ne s’arrêtaient pas seulement aux interrogatoires, hélas, car il y avait aussi la baignoire, les électrodes, la suspension par les pieds, l’ingurgitation d’eau mélangée à du savon, la position allongée sur le ventre, les bras et pieds écartés, avec un poids de pierre sur la nuque et bien d’autres traitements atroces que devaient subir les détenus. Une horreur inqualifiable que de simples mots ne peuvent décrire. Quel que soit le jugement de valeur que l’on porte sur les conditions de détention de la Dzira, la vérité reste bien en deçà de ce que les détenus vécurent en réalité et seuls les survivants peuvent, en connaissance de cause, relater. Le pouvoir colonial ne faisait point de distinction entre jeunes et moins jeunes, hommes et femmes. Le 2e Bureau, sorte de gestapo à la française, appelé ironiquement  bureau psychologique», sans doute pour ne pas effaroucher nos populations, faisait subir aux femmes le même sort carcéral que celui réservé aux hommes. En dépit de tous ces sévices, les détenus ne dénoncèrent, à aucun moment de leur détention, leurs camarades de lutte qui étaient encore en liberté.
C’était là une épreuve évidente de courage et d’abnégation qui venait rehausser leur idéal patriotique. Les habitants des ksour de Sfissifa, Boussemghoun, Moghrar et Tiout n’ont pour leur part point échappé à ces mêmes traitements odieux.
Le camp de la Dzira se trouvait sous la responsabilité du colonel Deseze, commandant du 2e REI, secondé du commandant Met, chef d’état-major, dirigé par le capitaine Camus, et composé d’éléments spécialement formés pour les tortures et interrogatoires de «suspects» et de moudjahidine faits prisonniers au cours d’accrochages ; certains de ces tortionnaires, «délégués aux tortures», avaient droit de vie ou de mort sur les prisonniers. Construit en vue de couper toute aide que les habitants et les membres de l'organisation civile du Front de libération nationale apportaient aux moudjahidine dans les montagnes de la zone VIII de la wilaya V, la Dzira demeurera un témoin de la répression coloniale française, exercée contre les révolutionnaires de l'Armée de libération nationale et des Algériens en général.
Actuellement classé monument historique, témoin des sacrifices consentis par la population algérienne, cet édifice toujours debout, porte le souvenir de ceux qui ses sont sacrifiés pour recouvrer leur dignité et leur souveraineté sur tout le territoire national.
Ramdane Bezza
 

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