mercredi 15 juillet 2020 13:45:30
D.R

Le documentaire intitulé Algérie, mon amour, diffusé mardi soir sur une chaîne française, revêt un caractère «provocateur» et des relents de la «France nostalgique», ont estimé hier des universitaires et des experts qui mettent en garde contre «les dessous» non avoués de cette production.

«Force est de reconnaître que les Français nostalgiques ne font jamais les choses à moitié. Ils sont parfaits comme le néant et le vide. Hier, ils avaient excellé dans la déformation et le travestissement de nos réalités, pourtant claires et limpides comme l’eau de roche», a réagi, dans une déclaration à l’APS, Chabane Zerrouk, cadre supérieur de l’Etat à la retraite.
Qualifiant le film réalisé par Mustapha Kessous et dédié au Hirak de «navet» et de «ratage parfaitement réussi», il a estimé que celui-ci «procède de la mentalité bien ancrée dans l’inconscient des résidus de la France coloniale et d’un passé à jamais révolu».
Faisant rappeler le film documentaire l’Algérie vue du ciel, diffusé en 2015, l’intervenant a relevé la «coïncidence» de celui-ci suivi mardi soir par de nombreux Algériens avec un autre débat sur l’Algérie, programmé au même moment sur l’autre chaîne française LCP. Ce qui l’amènera à ajouter : «ces pêcheurs en eau trouble cherchent à biaiser et à déformer l’image dérangeante de l’Algérie, terre d’Islam, de l’intelligence, de la noblesse, de la bravoure et de l’héroïsme», avant de déplorer un documentaire «minable, maudit et de basse extraction qui jette du discrédit sur son réalisateur et ses sponsors et les disqualifient devant l’Histoire».
A propos des clichés que le film a tenté de mettre en avant, M. Zerrouk dira : «les gothiques, les partisans de l’Algérie de papa, de l’Algérie des marginaux et des gays, de l’Algérie des veuves, doivent savoir qu’ils n’auront jamais de place dans l’Algérie du preux peuple algérien. Ils ne font que glisser sur la pente savonneuse de notre indifférence la plus totale».
Et de poursuivre : «Qu’ils sachent que le train-Algérie avance à grande vitesse, celui qui le rate ne pourra prétendre au statut piteux d’un déclassé de l’histoire», avant de conclure en évoquant la célèbre déclamation du Général Giap : «l’impérialisme est un mauvais élève».
Pour le chercheur Ahmed Mizab, il s’agit d’un «cadeau empoisonné» concocté par «une France qui n’a jamais voulu du bien à l’Algérie et dont les conséquences se feront ressentir au moyen terme». Ceci, explique-t-il, «dans le sens où le Hirak risquera de perdre son caractère pacifiste car des manifestants seront remontés contre d’autres et poussés à la confrontation».
Tout en considérant que «le timing de la diffusion vise à créer un troisième souffle au mouvement qui ne soit pas pacifique», le chercheur appréhende que le documentaire n’ait pour effet de «provoquer des sensibilités idéologiques et de susciter de forts discours discriminatoires».
A ses yeux, le film «a mis à nu une face cachée qui a choqué plus d’un, à leur tête ceux qui revendiquent le projet d’un Etat civil, rendant ainsi justice à l’Armée nationale populaire (ANP), qui n’a eu de cesse de mettre en garde contre les risques d’infiltration du Hirak et contre les manœuvres visant à porter atteinte à l’Algérie, à travers certains slogans qui y sont brandis».
Aussi, l’analyste plaide-t-il pour «la vigilance face aux dessous» de cette production, avant de souligner que le Hirak «qui avait, le 22 février 2019, suscité l’adhésion populaire pour le changement, n’est pas le Hirak que d’aucuns ont transformé en tribune pour faire valoir leurs projets destructeurs».
Docteur en Sociologie politique, Fatma Kebour tient à préciser, citant le sociologue Pierre Bourdieu, que «toute production télévisuelle est une construction d’une réalité sociale et politique vue par son émetteur, et ne représente qu’une vision parmi d’autres de la vraie réalité».

Le Hirak, un signe de «bonne santé»

De son point de vue, le souci aujourd’hui «n’est pas l’investissement de la rue par le peuple algérien, bien au contraire, le Hirak a permis à ce dernier de retrouver son unité et une réconciliation réelle avec lui-même !».
Et d’estimer que «ce mouvement populaire ne doit pas être considéré comme étant une crise sociale ou politique mais plutôt comme un «continuum» de la participation politique de l’individu, un signe de bonne santé et un sursaut populaire».
A travers le Hirak, les Algériens ont «réinvesti la chose politique», poursuit-elle, notant que ce mouvement est représenté par une diversité sociale, politique et idéologique (intellectuels, démocrates, islamistes) mais aussi par les marginaux «qui font partie de notre société et partageant les mêmes combat et objectif pour une nouvelle Algérie avec une jeunesse se projetant dans un avenir meilleur !». Un aspect sciemment occulté par le réalisateur du très controversé documentaire, regrette-t-on.

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Le film Largement décrié en Algérie

Le documentaire sur le Hirak, mouvement d'aspiration au meilleur démocratique en Algérie, diffusé mardi dernier par des chaînes de télévision publiques françaises, a suscité un vaste mouvement de réprobation et d'indignation des Algériens sur les réseaux sociaux, au point où des professionnels des médias ont assimilé la campagne médiatique annonçant sa diffusion à «une montagne qui a finalement accouché d'une souris». Conçue en deux séquences concomitantes sur deux chaînes de télévisions publiques, France 5 TV et La Chaîne Parlementaire (LCP), relayées par France 24, cette orchestration politique, basée sur la diffusion de deux documentaires et de deux débats subséquents, avait été précédée d’une vaste campagne d’annonce, durant deux semaines, à travers l’ensemble de la presse hexagonale sur papier, en ligne et audiovisuelle, généraliste et spécialisée, toutes sensibilités confondues. Cette campagne médiatique en est d’autant plus une vraie campagne de presse que les deux documentaires seront rediffusés plusieurs fois jusqu’à presque la fin du mois de juin. «L’échec en tous points de vue est aussi étendu que la lame de réprobation des Algériens du pays et de la diaspora», a-t-on encore estimé.
Cette campagne de presse publique lancée en dehors de toute justification par l’actualité brûlante ou même décalée, a fait tomber les masques et traduis des desseins malveillants. Ceux d’une France officielle qui s’implique officieusement, de manière cyclique, dans l’anti-Algérie. Pour mieux encourager en sous-main le mouvement des plaques tectoniques de la subversion portée par des forces marginales, a-t-on mis en avant dans les réseaux sociaux.
Les documentaires des deux chaînes de télévision publiques en question, notamment celui de France 5 TV, ont été donc perçus, comme une insulte au génie des Algériens et à leur profond patriotisme qui s’est exprimé sur une vaste échelle de la protestation et de la condamnation depuis mardi soir.
Ils constituent également une «insulte profonde» au Hirak réduit à un «dérisoire mouvement de frustration» de jeunes en mal de vivre mais si peu représentatifs de la jeunesse algérienne et de leur société.
Par son contenu, son montage, les choix d’images et leur orientation, ainsi que les commentaires consubstantiels, le documentaire de France 5 TV, a-t-on encore soutenu, a été encore «plus offensant» pour le mouvement populaire Hirak rabaissé au rang de mouvement d’aspiration «à la consommation bachique et à un mieux-être sexuel affranchi de tous les codes de la morale publique et de l’éthique individuelle». Ce qui a amené ces observateurs à considérer ce documentaire comme «un affront et un outrage à un mouvement béni qui a sauvé l’Algérie, préservé la République et ses institutions et permis de neutraliser des réseaux transversaux d’agents d’influence mobilisés pour la défense des intérêts français et qui ont même financé la campagne électorale d’un candidat à l’élection présidentielle du 12 décembre 2019».
C'est ainsi qu'on a estimé que cette campagne cathodique a considérablement nui au formidable mouvement d’aspiration démocratique, d’espérance sociale et d’exigence ardente de plus de dignité.
Cette campagne a montré, d’une certaine manière, que les ennemis stratégiques du Hirak sont ceux-là mêmes à l’étranger qui trouvent des points d’appui en différents groupes d’intérêts hétéroclites en Algérie pour les utiliser comme des chevaux de bataille pour déstabiliser l’Etat-national. Or, l’expérience d’une année d’expression pacifique du Hirak a révélé au grand jour que c’est justement l’Etat-national, représenté par les forces patriotiques et l’Armée nationale populaire (ANP), qui ont assuré au mouvement sa vitalité et sa pérennité. Il y a une certitude largement partagée aujourd'hui qui fait que «c’est l’Etat-national qui a protégé et accompagné le Hirak, dans le sens où il lui a permis de sauvegarder ce qu’il a de plus sain en son sein comme forces patriotiques et populaires. Celles-là même qui lui ont permis de survivre en dépit des alliances contre-nature de certaines forces politiques et du choc des intérêts catégoriels parfois inconciliables. Et qui ont aidé l’Etat-national a sortir renforcé des années de la déperdition et du délitement d’avant le 12 décembre 2019».
Consacré «Journée nationale de la fraternité et de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie» par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et appelé à être inscrit dans le marbre constitutionnel, le mouvement du 22 février culmina avec l’élection présidentielle du 12 décembre 2019.
La date est charnière car elle distingue deux protagonistes : ceux qui nourrissent des rêves coloniaux sous couvert d’apprentissage démocratique par la voie transitionnelle, également appelée constituante, d’une part, ceux qui aspirent au changement systémique par la voie pacifique et institutionnelle, d’autre part.
Pour la majorité des internautes ayant fustigé le documentaire en question, le néo-Hirak que les médias français s’efforcent de régénérer coûte que coûte s’inscrit franchement dans le prolongement de «bouleversements préfabriqués» contre-révolutionnaires fomentés par des médias relayant des ONG ayant pignon sur rue à Paris.
En espérant un divorce entre le peuple et la révolution nationale qu’il a enfantée et portée à son terme, les commanditaires du néo-Hirak restent ainsi fidèles à une vieille litanie néocoloniale qui stipule «qu’avant, c’était mieux» et que l’Indépendance n’a pas été au niveau des «bienfaits de la colonisation».

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