lundi 06 juillet 2020 19:36:26

Torture de l’armée coloniale française en Algérie : Des crimes barbares et inhumains

Des fidaïs d’Oran, anciens condamnés à mort ayant survécu à l'époque coloniale française, témoignent des méthodes barbares pratiquées à grande échelle dans le sous-sol du sinistre «Châteauneuf» d’Oran, un commissariat de police qui servait de centre de torture.

PUBLIE LE : 27-05-2020 | 0:00
D.R
«Mes inquiétudes ont commencé avec l’arrestation de Mohamed Baghdadi et de son adjoint Mohamed Moulay, mes chefs hiérarchiques qui étaient responsables du réseau des Fidaïs d’Oran sous la coupe de Hadj Benalla, adjoint de Larbi Ben M'hidi», raconte Abderrahmane Bentahar, un enfant de haï Planteurs (Sidi El Houari) dans un entretien à l'APS.
 
Originaire de Tlemcen, Baghdad Mohamed, 11 fois condamné à mort par le tribunal militaire colonial d’Oran, fut exécuté le 1er juillet 1959, de même que son adjoint Moulay Mohamed, le même jour au Champ de tir de Canastel (Oran), de triste réputation», se rappelle-t-il les larmes aux yeux.
 
Le réseau des Fidaïs d’Oran, dont il était responsable de la branche militaire, était organisé, secret et bien structuré, se souvient Abderrahmane Bentahar, qui dit avoir été recruté par Hadj Benalla parce qu'il savait à l'époque manier les armes pour avoir fait le service militaire obligatoire.
 
«Je fus arrêté en fin janvier 1957 dans un accrochage avec des soldats français au quartier de Tir au pistolet à Oran, avant d’être conduit au Châteauneuf, où j’ai subi les sévices de la gégène à un puissant voltage», se remémore-t-il vivement.
«Dans les cellules du sous-sol, les policiers et autres bourreaux se relayaient pour me faire parler. L’interrogatoire auquel j’étais soumis, était atroce, un véritable supplice d’un autre âge. Tout nu, dans une position tel un poulet au rôtissoire, poings et mains attachées avec des cordes», raconte-t-il la mort dans l'âme.
 
Malgré la gégène, ses bourreaux n’ont rien pu soutirer de lui, s'est-il enorgueilli, en évoquant le cas de membres du réseau politique local arrêtés ayant subi d’autres sévices comme les brûlures au chalumeau et qui ont résisté. Et de poursuivre : «après une dizaine de jours dans la cellule 3 du sinistre Châteauneuf, j’ai été condamné à mort et transféré à la prison d’Oran où j’ai purgé deux années». Le reste de sa peine, qu’il décrit avec des mots difficiles, s’est effectué à la prison d’El Harrach (2 ans) puis à Lambèze (Batna) où il est resté jusqu’à l’indépendance. Les séquelles et les blessures des moments difficiles vécus dans les cellules des geôles et prisons de l'administration coloniale sont toujours dures à ressentir et vivaces pour ce vaillant moudjahid qui a poursuivi après l'indépendance le combat de l’édification du pays dans les rangs de l’Armée de libération nationale. «Notre révolution est écrite de mains de sang, de dévouement et de sacrifices», lâche-t-il.
 
Un autre témoignage poignant de Kaddour Naïr, un Fidaï d’El Hamri.
Kaddour a été arrêté le 21 novembre 1957 à Oran, armes à la main, après avoir accompli une mission sur ordre du Front de libération nationale, celle de faire sauter le «Grigui», un bar situé à la rue d’Arzew (actuellement rue Larbi Ben M'hidi) au centre-ville d'Oran, fréquenté par des policiers, des gendarmes et des militaires de l’armée coloniale française et surtout des criminels de guerre.
«C'étaient des buveurs de sang, des violeurs de filles devant leurs parents, des pilleurs et des assassins qui fréquentaient ce bar», évoque-t-il fièrement cette opération fidaïe.
 
«Grièvement touché à la jambe, à la tête et à la poitrine, les forces d’occupation m’ont pris pour mort. Ils ne se sont pas empêchés pour m’évacuer au pavillon 14 de l’hôpital d’Oran, dans un état comateux, puis à la morgue. «Deux jours après, un agent constate, fait curieux, que je suis toujours en vie et a donné l’alerte. Après quoi, ils m’ont conduit au Châteauneuf pour me faire parler, et là j’ai vécu l’horreur», a-t-il dit avec un pincement au cœur.
«Dès qu'on entre dans ce centre, on entend des hurlements de détenus à longueur de journée. Les caves du sous-sol servaient de salle de tortures digne des bagnes de Nouvelle Calédonie, où la barbarie avait atteint le sommet, tant les pratiques étaient inhumaines», se remémore-t-il.
 
«Comme l’arrachage des dents ne suffisait pas, il y avait aussi les castrations. La machine criminelle usait d’autres méthodes sophistiquées pour faire parler les Algériens, dont les électrocutions avec de puissants voltage», a-t-il déclaré avec répit.
«Malgré l'état de santé grave où je me trouvais, ces criminels n'avaient dans leurs veines que la tentation de me faire parler. Le 28 novembre 1957, le tribunal d’Oran relevant de l'administration coloniale a tenu un procès expéditif me condamnant à mort. Je fus conduit à la prison civile d’Oran où j'ai passé une année, avant de purger deux ans à la prison de Berrouaghia et deux autres années à la prison d’El Harrach, jusqu’à l’indépendance», se souvient-il encore avec amertume, surtout des premiers jours à la prison d’Oran, encore convalescent avec une jambe gangrenée. 
 
Cette horreur résonne toujours dans ses oreilles, dit-il.
«Il faut le laisser crever sans manger et sans médicament disent-il, car il voulait amputer ma jambe», a-t-il déclaré. Et de décrire la maltraitance qu’il a subie de jour comme de nuit dans les centres de détention, n’était-ce le courage, la foi en Dieu qui lui a épargné de perdre la raison et lui a permis de tenir pour se retrouver un jour en liberté.
Les conditions d’incarcération étaient aussi très pénibles. «Durant les cinq années que j'ai passées en prison, chaque nuit que Dieu fait, on nous annonçait qu’on allait passer à la guillotine», garde-t-il en mémoire.
  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions