mardi 02 juin 2020 10:31:10

Fabrication de bavettes : Tout le monde s’y met

Pénurie d’élastiques pour les masques faits maison

PUBLIE LE : 23-05-2020 | 0:00
D.R

 Plusieurs foyers se sont transformés en ateliers artisanaux. Des citoyens ont pris l’initiative de produire des masques de protection, notamment suite à l’obligation du port des bavettes. Qu’en est-il de la conformité de ces produits, d’autant que leur conception est dictée par les normes de l’OMS et devront être validés par la direction de la Santé publique, dans chaque wilaya ? En ce sens, le président de l'Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), El Hadj Tahar Boulenouar, a plaidé pour l’encadrement de cette activité et sa régularisation par l’ajout du code dans le registre du commerce pour les ateliers de couture et commerces d’habillement.
L’obligation du port de masque dans les lieux publics et professionnels dès le premier jour de l’Aïd El Fitr «exige sa disponibilité pour le grand public», ont insisté des citoyens interrogés sur la décision du gouvernement.
Le commerce des bavettes a explosé suite à cette décision qui entrera en vigueur dans les prochaines heures. Les citoyens ne seront plus autorisés à circuler sans masque et les contrevenants seront verbalisés. A cet effet, des bavettes cédées à des prix différents ont été proposées à la vente jeudi par les buralistes, merceries, pharmacies et même par des quincailleries, à l’instar d’un magasin à la rue Tanger qui proposait des masques blancs de protection à 80 DA. Au marché Ferhat-<Boussaâd (ex-Meissonnier), des bavettes confectionnées à domicile sont vendues à 70 DA. «C’est ma fille couturière qui les a confectionnées. Elles sont lavables», a assuré le vendeur, un sexagénaire. A quelques mètres de la mosquée Errahma, un jeune homme vendait des masques faits maison à la sauvette. «Je n’ai pas travaillé depuis plus de deux mois.   Je me débrouille pour arriver à subvenir aux besoins de ma famille. Ma femme a décidé de fabriquer des bavettes, nous nous adaptons à la situation», a-t-il soutenu.
Un taxieur à Belouizdad a confié, de son côté, que sa maison s’est transformée en atelier de couture, ces derniers jours. «Ma sœur qui travaille dans le secteur de la santé nous a orienté sur les étapes de fabrication des masques avec le recours au Youtube. Ma fille universitaire a créé, de son côté, un compte Facebook pour lancer les offres, nous avons eu des commandes. C’est un revenu pour la famille en cette période difficile de chômage forcé», a-t-il dit. A la Grande Poste, une grande pancarte informant sur la disponibilité des bavettes à 40 DA est collée à la vitrine d’une pharmacie. Des bavettes en tissu de différentes couleurs se vendent dans plusieurs magasins et même sur le net au grand bonheur des vendeurs de textile.

Pénurie d’élastiques pour les masques faits maison

«La fabrication des masques a donné un souffle nouveau au commerce de tissu, les couturières sont de retour en force», a constaté un vendeur de tissu à la place des martyrs. Les magasins vendant des articles de couture sont également pris d’assaut. Un vendeur dans une mercerie a relevé le manque d’élastique. «Il est très demandé mais il n’est pas disponible même chez les fournisseurs et les vendeurs de gros», a-t-il déploré.
Il y a quelques semaines, des centres de formation ont été mis à contribution, ainsi que des usines de textiles mais avec l’obligation du port des bavettes pour le grand public, le défi est de répondre aux besoins d’une grande population, notamment en période de post- confinement  et avec le début de la saison estivale.
El Hadj Tahar Boulenouar a relevé l’absence d’usines de textile spécialisées dans la fabrication de masques de prévention. «C’est nouveau en Algérie comme dans certains pays dans le monde. Au niveau de l’ANCA, nous avons mobilisé la commission nationale de textile de l’association pour sa mise à contribution dans la fabrication des bavettes, depuis déjà plusieurs semaines. Lors d’entretiens avec les ministres du Commerce, du Tourisme et de la Formation professionnelle, nous avons souligné l’engagement de l’ANCA, pour couvrir les besoins en la matière car il s’agit d’une activité manuelle et facile. Nous avons demandé des informations sur le type de tissu», a-t-il dit. M. Boulenouar a réitéré l’engagement de son association pour l’accompagnement des dernières mesures prises par le gouvernement. «Cela va permettre d’assurer la disponibilité. L’ANCA dispose de 800 ateliers de couture. Le président de la commission textile avait rencontré le ministre de la Santé et lui avait remis des échantillons de masques et bavettes fabriqués pour le personnel médical qui sont validés», a-t-il fait savoir, tout en assurant le travail en coordination avec les services de la santé. Il a salué, en ce sens, la décision des directeurs des centres de formation professionnelle qui ont recouru aux spécialistes pour la conception des masques.

L’ANCA peut fabriquer 200.000  bavettes/jour

M. Boulenouar a affirmé également que les ateliers de l’ANCA ont la capacité de fabriquer 200.000 bavettes par jour dans un premier temps. «Le volume de production sera augmenté pour atteindre dans quatre semaines 500.000 bavettes quotidiennement, soit 25% du besoin national». Toutefois, la pénurie d’élastiques pose problème pour les artisans qui sont à l’arrêt. «J’appelle les autorités à prendre en charge ce manque et à autoriser l’importation de ce produit», a-t-il insisté.
Le président de l’ANCA a estimé que la crise sanitaire a favorisé la promotion de la production nationale et le lancement de certaines activités, notamment la vente du textile. «Cela va créer de la concurrence entre les artisans, ce qui va assurer la qualité et déjouer la spéculation». De son côté, Mustapha Zebdi, président de l'Organisation algérienne de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce), a insisté sur la nécessité du port du masque.
 «La situation sanitaire actuelle exige le port de la bavette même si elle n’est pas, globalement,  conforme aux normes internationales en raison du manque de disponibilité des masques, pas seulement en Algérie mais au niveau mondial (...) Pour les bavettes chirurgicales, la qualité du tissu est bien définie mais elle fait l’objet de spéculation, tandis que pour les bavettes classiques, il suffit d’un tissu qui limite l’air et c’est conseillé   pour se protéger et elles sont disponibles et accessibles», a-t-il assuré. Le ministre de la Santé avait appelé les citoyens à confectionner leurs propres bavettes à la maison et ne pas attendre que l’Etat les leur fournisse, car celles importées de Chine sont destinées aux personnels de santé qui doivent avoir des masques conformes aux normes. Pour rappel, des séances d’information et d’explication sur les techniques de confection de ces masques alternatifs sont organisées par la télévision nationale. Enfin, les spécialistes de la santé ont réitéré leur appel au respect des règles de prévention, notamment le port du masque dans les espaces publics et ont plaidé pour une prise de conscience et une culture sanitaire.
Neila Benrahal
 

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