mardi 02 juin 2020 10:41:20

L’ambassadeur de Cuba, Armando Vergara Bueno : «Nous avons la volonté d’assister la construction de la nouvelle Algérie»

Le 23 mai 1963, Cuba a dépêché sa première brigade médicale en Algérie qui venait de recouvrer son indépendance. 58 médecins sont venus apporter leur concours au système de santé naissant. Cette action allait inaugurer un long processus d’aide médicale.

PUBLIE LE : 21-05-2020 | 0:00
D.R

Interview réalisée :  par Sami Kaidi

Le 23 mai 1963, Cuba a dépêché sa première brigade médicale en Algérie qui venait de recouvrer son indépendance. 58 médecins sont venus apporter leur concours au système de santé naissant. Cette action allait inaugurer un long processus d’aide médicale. À présent, la mission cubaine en Algérie compte quelque 900 médecins exerçant dans 14 hôpitaux, notamment au sud du pays, dans des spécialités comme l’ophtalmologie, l’endocrinologie, la pédiatrie ou encore la gynécologie. Cette tradition de coopération et de solidarité remontant à des décennies est le fruit de la révolution cubaine de 1959 et sa conception éminemment humaniste des relations entre les peuples. Cuba a fait ainsi de l’éducation et de la santé une de ses priorités. Ce n’est pas par hasard si ce pays compte, selon les statistiques de l’OMS, le plus grand nombre de médecins, rapporté au nombre d’habitants. Les missions médicales cubaines sont présentes dans les quatre coins de la planète et apportent leur contribution pour combattre des maladies, telles qu’ébola et le choléra, et soigner les victimes des catastrophes naturelles. Ainsi, de 1963 à nos jours, l’aide médicale cubaine s'illustre par plus de 100.000 médecins et techniciens dans le monde. Cuba s’est d’ailleurs distinguée, lors de la pandémie de Coronavirus en dépêchant, le 22 mars dernier, 52 médecins et infirmiers dans la ville italienne de Milan, pour apporter son expertise et permettre de lutter contre ce fléau. Cuba a, d’autre part, dépêché 1.000 médecins et autres personnels soignants en Amérique latine et en Afrique pour combattre le Covid-19.

El Moudjahid : Excellence, pourriez-vous nous rappeler votre parcours diplomatique ?
Vergara Bueno : C’est un honneur d'exprimer mes sincères sentiments de solidarité et d’amitié de Cuba envers l’Algérie. Durant six décennies, on a écrit des pages glorieuses portant sur la coopération, la solidarité et la fraternité entre les révolutions cubaine et algérienne dans plusieurs domaines. Nous nous orientons vers la consolidation et l’élargissement des liens aux domaines divers. Cuba s’est toujours tenue et continuera à se tenir aux côtés de l’Algérie qui nous a accompagnée pendant presque 58 ans avec des relations diplomatiques exemplaires. À propos de mon parcours diplomatique, je dois dire que je suis né la même année du triomphe de la révolution algérienne et de la signature par le Président J. F. Kennedy de l’ordre imposant le blocus à Cuba. J'entre au service diplomatique en 1993 et j’ai travaillé dans plusieurs pays arabes depuis 1995 : le Yémen, l’Égypte et le Qatar. J’ai présenté mes lettres de créance auprès des autorités en novembre dernier.

Comment qualifieriez-vous les relations entre l’Algérie et Cuba ?
Je voudrais rappeler quelques étapes, comme la visite de 36 heures effectuée par le président du Conseil, Ahmed Ben Bella, à La Havane en 1962 au seuil de la crise d’octobre et la solidarité des frères algériens durant ces jours sombres. C’est lors de cette visite, le 17 octobre, qu’ont été établies les relations diplomatiques entre Cuba et l’Algérie ; le 23 mai 1963, Cuba a envoyé sa première brigade médicale d’assistance internationale en Algérie avec 56 intégrants. Aujourd’hui, notre brigade travaille main dans la main avec le personnel algérien dans l’assistance et les soins à la population dans plusieurs wilayas. A l'occasion de la célébration en mai, du 57e anniversaire de la coopération médicale, au milieu du combat contre la pandémie de COVID-19, j’adresse mes salutations à tout le personnel algérien de la santé ainsi qu’aux brigades médicales cubaines présentes en Algérie, à la RASD et en Mauritanie.
Tout au long de ces années, il y a eu une intense coordination entre Cuba et l’Algérie notamment à l’ONU, les Non-Alignés et ‘‘le Groupe des 77 et la Chine’’. Il existe aussi une grande convergence sur de nombreux sujets de l’agenda international : la paix, le désarmement, la décolonisation y compris le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, à l’indépendance et à vivre en paix dans son territoire ; le changement climatique, le nouvel ordre économique international, etc.  Les deux pays président le Mouvement des non alignés. Je rappelle qu’en Algérie, le leader historique de la Révolution cubaine, le Commandant en chef, Fidel Castro Ruz, dans le cadre du IV Sommet en septembre 1973, a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec Israël en solidarité avec la cause palestinienne et les pays arabes ; un soutien qui, à l’heure actuelle, se renouvelle face aux successives mesures unilatérales adoptées par l’actuelle administration des États-Unis contre le peuple palestinien, y compris le refus de ce qui est dénommé l’accord du siècle.
L’histoire enregistre des moments d’amitié et de solidarité inoubliables entre le leadership historique de la Révolution cubaine et la direction de la Révolution algérienne. Les visites du guérillero héroïque Ernesto «Che» Guevara à Alger lors des premières années de la Révolution algérienne et les sept visites officielles effectuées par Fidel Castro Ruz, dont la dernière en mai 2001, ont permis d'évoquer l’héroïsme du peuple algérien pour son indépendance. Aujourd’hui, ces liens sont renforcés par l’échange entre les présidents algérien, Abdelmadjid Tebboune, et cubain, Miguel Díaz-Canel Bermúdez.

Depuis votre prise de fonction à Alger, quel bilan tirez-vous du partenariat ?
Il s’est passé peu de choses en cinq mois, une période durant laquelle le rythme d’échange s’est vu impacté par la pandémie, mais on dessine des lignes de coopération dans plusieurs domaines. Nous travaillons pour la tenue de la XXIIe session de la Commission intergouvernementale à La Havane, dans une date à préciser. Il y a une profonde volonté réciproque de consolider et d’étendre les liens de coopération à plusieurs secteurs: santé, ressources en eau, enseignement spécialisé, sports. Nous cherchons les moyens de renforcer cette association historique entre Cuba et l’Algérie.

La coopération médicale est citée en exemple, pourriez-vous nous en dire davantage ?
Nous soutenons les efforts des autorités algériennes visant à offrir une assistance médicale de qualité à la population. Notre brigade médicale offre des services dans divers programmes qui ont un grand impact. J’ai reçu de nombreuses preuves de reconnaissance du travail effectué, tant de la part des autorités algériennes que des personnes guéries grâce aux soins des médecins cubains avec leurs pairs algériens. Le personnel cubain travaille avec beaucoup de dévouement et d'engagement et offre une assistance d’excellence en coordination avec la partie algérienne. Nous offrons notre expérience dans la médecine de prévention et nous sommes disponibles pour continuer à échanger les meilleures expériences entre les deux parties dans le domaine de la santé et de l’assistance sanitaire et nous continuerons à partager avec nos frères algériens nos acquis dans l’industrie pharmaceutique et biotechnologique dont quelques produits déjà utilisés en Algérie ont eu beaucoup de succès. La solidarité n’a jamais manqué entre les Cubains et les Algériens. Lors de cette pandémie, la coopération et la solidarité sont une obligation et ces préceptes ont guidé le travail des coopérants cubains. Je réitère notre reconnaissance aux efforts des Algériens et des Cubains dans la prestation des services de santé lors de la pandémie. Notre staff et tous les Cubains en Algérie suivent les rapports quotidiens donnés par les autorités algériennes.

Le monde traverse actuellement une crise sanitaire, comment Cuba compte-t-elle apporter sa contribution dans cette bataille ?
Nous avons soutenu les efforts des autorités algériennes et du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière dans la lutte contre la pandémie de Covid-19. Notre personnel médical assiste les efforts de formation et partage les expériences en innovant dans l’utilisation d’équipements.
Concernant le soutien apporté par Cuba à d’autres pays, je cite une déclaration récente du ministère des Relations extérieures qui signale que la dimension de la crise actuelle «nous oblige à coopérer et à pratiquer la solidarité, même en reconnaissant les différences politiques. Le virus ne respecte ni les frontières ni les idéologies». Il faut entreprendre les démarches permettant de coordonner la production et la distribution de l’équipement médical, des moyens de protection et des médicaments. Les pays disposant de ressources doivent partager avec les plus touchés et avec ceux qui reçoivent moins d’aide. C’est avec cette approche que nous travaillons pour essayer d’apporter la modeste contribution d’une petite nation qui n’a pas de richesses naturelles et soumise à un long et brutal blocus économique. Tout au long des décennies nous avons acquis des expériences dans le développement de la coopération internationale en matière de santé, ce qui est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé. On a envoyé 21 brigades de professionnels de la santé pour joindre l’effort de 20 pays alors que 60 brigades se trouvent dans d'autres nations pour combattre cette maladie.
Nous avons aussi partagé quelques médicaments à efficacité prouvée dans la prévention ou le traitement de la maladie. En outre, notre personnel médical a pris part depuis Cuba, via vidéo-conférence, à des consultations et débats sur les traitements spécifiques pour des patients.

L’épidémie est-elle maîtrisée à Cuba ?
Cuba affronte la pandémie comme le reste du monde. Nous comptons sur un système de santé public universel ayant la médecine de prévention à la base ; une communauté scientifique solide avec des acquis scientifiques importants appliqués dans les traitements des cas suspects et une volonté du gouvernement engagé pour le bien-être du peuple. Nous possédons aussi un plan pour la prévention et le contrôle du nouveau coronavirus, mais l’apport de tous en respectant le confinement et la responsabilité citoyenne est fondamental. Le pays en est à l’étape de transmission locale limitée dans quelques territoires et points, et l’on travaille sans relâche pour éviter l’augmentation du nombre de personnes atteintes.
Cependant, cet effort colossal se fait malgré les immenses limitations imposées par le blocus économique, commercial et financier du gouvernement étasunien, ce qui représente une contrainte extraordinaire quant à notre objectif de garantir les matières premières et l’équipement soutenant le système de santé publique cubain ainsi que les nécessités spécifiques pour faire face à ce type de pandémie.

Y a-t-il d’autres projets pour renforcer les relations bilatérales ?
La relation d’amitié, de fraternité et de solidarité se consolide et doit atteindre de nouveaux horizons pour continuer les échanges dans tous les domaines. Nous avons la volonté d’assister à la construction de la nouvelle Algérie. J’enregistre une gratitude éternelle pour les innombrables preuves d’amitié de l’Algérie dans la lutte contre le blocus et pour la consolidation des liens historiques entre nos deux peuples et nations.

Quelles sont les difficultés entravant l'élan de solidarité dans un contexte de blocus ?
Les attaques persistantes et immorales suite au blocus du gouvernement étasunien constituent un crime au milieu de cette pandémie, mais cela ne nous empêchera pas de continuer notre soutien solidaire. Nous ne le refusons à personne, pas même à ce pays voisin qui nous cause tant de dommages.
J'adresse un message d’encouragement fraternel et d’espoir pour le peuple frère algérien et ses autorités. Pour surmonter cette crise du Covid-19, nous comptons sur deux armes puissantes, la coopération et la solidarité, défendues et pratiquées par Cuba et l’Algérie tout au long de l’histoire de leur Révolution.
Je souhaite un ramadan moubarek à l’Algérie et à tout le monde musulman.
    S. K.
 

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