mardi 02 juin 2020 10:30:28

19 Mai 1956 Journée nationale de l’étudiant : De l’amphi au maquis

L’Algérie célèbre une date historique.

PUBLIE LE : 19-05-2020 | 0:00
D.R

L’Algérie célèbre une date historique. Le 19 Mai 1956, les étudiants algériens décident de répondre à la grève illimitée des cours et des examens, lancée par l’Union générale des étudiants musulmans (UGEMA), à l’appel du Front de libération nationale, un fait unique dans l’histoire mondiale des luttes de libération nationales. 

Des années auparavant, les délégations de l’AEMAN, mère de l’UGEMA, dénonçaient dans les forums et les festivals de la jeunesse, le phénomène colonial. Le mouvement estudiantin n’est jamais resté en marge des évènements historiques que notre pays a vécus. Depuis ses balbutiements, en 1919, il est demeuré présent aux côtés du mouvement national. De dimension maghrébine, il est devenu national avec la naissance en 1955 de l’Union générale des étudiants musulmans algériens. C’était un message fort adressé par les étudiants algériens au colonisateur. L’acte représentait une preuve incontestable de leur sentiment nationaliste, parce qu’ils avaient sacrifié toutes leurs perspectives de carrière, leurs aspirations personnelles, persuadés qu’une vie sous un régime d’asservissement et de soumission ne vaut absolument rien, même avec un diplôme en poche. Ils ont fait le choix du combat plutôt que de se contenter d’un parchemin que les autorités coloniales daignaient octroyer avec condescendance aux «indigènes». 
«Notre devoir nous impose de nous mettre aux côtés de ceux qui luttent et meurent libres face à l’ennemi. Il faut déserter les bancs des universités pour le maquis. Il faut rejoindre en masse les rangs de l’Armée de libération nationale. Pour le monde qui nous observe, pour la nation qui nous appelle, pour le destin héroïque de notre pays, serions-nous des renégats ?» Le ralliement massif des jeunes intellectuels algériens en faveur de la cause nationale constitue un des chapitres les plus remarquables de notre lutte de Libération. Il a pesé sur la suite des évènements car il illustrait l’engagement sur le front de lutte d’une élite que l’on supposait, à tort, éloignée des drames que vivait le peuple algérien. La propagande pernicieuse que colportaient les autorités coloniales contre le FLN, leurs tentatives de séduction n’ont servi à rien. L’adhésion sans condition au devoir n’est pas le fruit du hasard. 
C’est le résultat d’une maturation politique, de la préparation idéologique, une réaction naturelle à l’encontre des multiples opérations de représailles lorsqu’il s’est agi pour le peuple de revendiquer son droit à la dignité comme ce fut le cas durant les manifestations du 8 mai 1945. Les étudiants étaient pleinement convaincus de la noblesse de leur combat. C’est un signe qui ne trompe pas. Le colonialisme a fermé toutes les portes, emmuré dans une obstination insensée. Dès lors, il s’avérait nécessaire pour cette frange de jeunes instruits d’interrompre les études et de monter au maquis. «Nos diplômes ne feront pas de nous de meilleurs cadavres», avaient clamé les étudiants. La révolution avait besoin de militants de cette trempe. Sincères et dévoués. Dans cette prise de conscience hautement patriotique, la naissance de l’UGEMA avait ruiné toutes les illusions du colonialisme français. Les étudiants qui ont déserté les bancs de l’université ont été à l’école du FLN-ALN, pour devenir des techniciens, des navigateurs, des diplomates qui ont fait retentir la voix de l’Algérie combattante. Ils ont pensé des plaies, organisé les rangs des Moudjahidine, se sont hissés aux postes de responsabilité au sein de la Révolution. Beaucoup sont tombés dignement au champ d’honneur. L’indépendance conquise de haute lutte, ils ont participé aux tâches d’édification nationale. On les retrouvera dans toutes les sphères de l’activité politique, économique, culturelle, éducative, massivement impliqués dans les chantiers du développement. L’histoire a consigné pour la postérité leur engagement pour une Algérie libre et souveraine. Le 19 mai 1956 fut, sans aucun doute, le couronnement des efforts d’union et de solidarité des étudiants autour de l’objectif fondamental d’indépendance. Nous ne pouvons que nous incliner devant le souvenir de ceux qui se sont mobilisés pour servir la cause du peuple. 
M. Bouraib  
 
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Le commandant Amar Mellah 
«Un nouveau souffle pour la lutte armée» 
 
Les étudiants algériens qui ont rejoint le maquis le 19 mai 1956 ont impulsé un «nouveau souffle»' à la lutte armée durant la Révolution de Libération nationale, selon le témoignage du moudjahid et commandant Mohamed-Salah Mellah, alias commandant Amar Mellah.
Le moudjahid, dont l'âge n'excédait pas 18 ans lorsqu'il a répondu à l'appel de la Nation, a expliqué à l'APS à Batna à l'occasion de la commémoration du 64e anniversaire de la journée nationale de l'Etudiant (19 mai), que l'apport des étudiants a eu des répercussions dans plusieurs domaines, notamment en matière de gestion, d'organisation, d'information, de diplomatie, de communication et de médiatisation, jusqu'à la stratégie militaire et politique dans la conduite de la Révolution armée. «En abandonnant leurs études pour intégrer les rangs des militants de la Révolution, certains étudiants ont porté haut la voix du peuple algérien et défendu sa cause sur les ondes radio de nombreux pays, dont la Tunisie, l'Egypte, la Libye ainsi qu'en Europe centrale», a précisé Mohamed-Salah Mellah. Se remémorant les années de lutte armée, le moudjahid a fait savoir que la grève des étudiants du 19 mai 1956 ne s'était pas limitée uniquement aux lycéens, mais des étudiants d'universités de l'intérieur et de l'extérieur du pays, ont également répondu avec une profonde fierté à l'appel de la toute jeune Union générale des étudiants musulmans algériens, de l'Armée et du Front de libération nationale à rejoindre leurs frères moudjahidine.
Le succès de cette grève est imputable en grande partie à l'organisation estudiantine algérienne, qui s'était séparée de l'organisation estudiantine française, vectrice de la pensée coloniale et qui percevait la lutte du peuple algérien et la Révolution de libération comme étant «hors la loi» et les moudjahidine tels «des voleurs et des bandits de grands chemins».
La mémoire toujours aussi vivace à 82 ans, le commandant Amar Mellah s'est rappelé les circonstances qui l'avaient incitées en mai 1956 à rejoindre les rangs de la Révolution, expliquant que quatre surveillants du lycée franco-musulman de Constantine où il étudiait, à savoir Hihi El Mekki, Kouicem Abdelhak, Abdellaoui et Mohamed Sahnoune, avaient pour instruction de les informer que l'Union nationale des étudiants musulmans algériens avait décidé de boycotter les examens et les études à travers toute l'Algérie. «Il était de notre devoir de répondre à l'appel de la grève», dit-il.  «Nous avons donc ramassé nos affaires scolaires et avons quitté le lycée qui est resté fermé 17 mois durant», a poursuivi le moudhahid, confiant être retourné dans sa ville natale à Tahammamet (la ville d'El Madher de Batna) et d'avoir essayé à plusieurs reprises de prendre attache avec l'Armée de libération nationale (ALN) avant de voir son vœu exaucé grâce au moudjahid El Hadj Abdelmadjid Abdesamad, responsable de la région militaire de Bouarif.
Le commandant Amar Mellah se souvient aujourd'hui encore de ce moment qui a constitué un ''tournant décisif'' dans sa vie, se rappelant qu'il jouait au ballon quand Ahcène, le frère du moudjahid El Hadj Abdelmadjid Abdesamad lui a appris, dans le plus grand secret, que son frère lui avait demandé de rejoindre les rangs de l'Armée de libération nationale.
  «A cet instant, je me suis précipité chez moi, j'ai pris une kachabia et une corde pour faire croire aux soldats ennemis, ayant ceinturé la ville de Tahammamet de fils barbelés, que j'allais chercher du bois», se remémore-t-il, poursuivant : «J'ai quitté mon village pour rejoindre la Révolution et ma première rencontre avec les moudjahidine a eu lieu avec El Hadj Abdelmadjid Abdesamad, El Hadj Laib et Nedjaï dans un lieu faisant face à la montagne de Bouarif dans la dechra El Massaïd, où j'ai rencontré pour la première fois de ma vie des militants et appris à connaître leurs refuges».
 
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Le moudjahid Salah Mekacher
«L’arrivée des étudiants a propulsé la Révolution» 
 
L’arrivée aux maquis des étudiants qui ont répondu à l’appel à la grève du 19 mai 1956, lancée par l’Union générale des étudiants musulmans algérien (UGEMA), a propulsé la Révolution et lui a donné un nouveau souffle, a témoigné l’ancien moudjahid, Salah Mekacher, qui a rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) suite à cet appel.
Rencontré par l’APS chez lui à Tizi-Ouzou, cet ancien officier de l’Armée de libération nationale et secrétaire au Poste de commandement (PC) de la Wilaya III historique, où il a été affecté par le Colonel Amirouche Ait Hamouda, a observé que «l’apport des étudiants et lycéens à la guerre de Libération nationale contre le colonialisme français, était considérable, notamment au plan politique, sanitaire et administratif. Les étudiants ont propulsé la Révolution et étendu l’espace de lutte», a-t-il affirmé. «Les étudiants ont participé à une meilleure organisation de la Révolution à tel point que la Wilaya III historique, où j’étais affecté, est devenue une horloge qui a bien fonctionné et qui a déboussolé l’adversaire», a-t-il insisté.
Au plan politique, a-t-il expliqué, les étudiants «ont contribué de manière efficace à la propagation de l’idéologie du Front de libération nationale (FLN) grâce à leur maîtrise du discours et de la communication de masse», a souligné El Hadj Salah Mekacher, ancien élève de la médersa Ethaalibia d’Alger et qui a boycotté comme ses autres camarades, les examens en réponse à l’appel à la grève de l’UGEMA.
Le service de santé de l’ALN, qui était important pour la prise en charge des blessés, a été aussi constitué par ces mêmes étudiants. «Les étudiants ont constitué la charpente du service de santé de l’ALN et c’est une œuvre merveilleuse parce qu’ils étaient en mesure de recevoir leurs compagnons blessés et de les soigner», a-t-il témoigné.
Concernant le volet gestion et administration, M. Mekacher a observé que les étudiants ont pris en charge et organisé le service d’intendance. 
«Avant le déclenchement de la guerre de Libération nationale, les groupes de moudjahidine comptaient, en moyenne, une douzaine d’éléments et leur prise en charge était assurée par les villages, mais lorsque l’ALN a été constituée elle comptait des unités d'une centaine de Djounoud, il a fallu mettre en place un service d’intendance et dont la gestion a été confiée aux étudiants», a-t-il observé.
C’est parce qu’il fallait constituer ces deux services que Abane Ramdane et Larbi Ben Mhidi ont appelé à la grève des étudiants. «Ils savaient qu’on avait besoin d’eux et c’est dans cette perspective qu'ils ont appelé tous ceux qui étaient lettrés à rejoindre le maquis», a insisté M. Mekacher.
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