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Ne pas diviniser les médiateurs

En islam, la communauté des croyants s’accorde à penser que tous les prophètes sont des saints. Mais tous les saints, convenus dans l'esprit populaire, ne sont pas des prophètes.

PUBLIE LE : 02-05-2020 | 23:00
D.R

Par : Kamel Bouslama

En islam, la communauté des croyants s’accorde à penser que tous les prophètes sont des saints. Mais tous les saints, convenus dans l'esprit populaire, ne sont pas des prophètes. Autrement dit, les prophètes sont toujours supérieurs aux saints. Néanmoins, ces derniers sont awliyâ’ Allah (les amis de Dieu) et —affirment leurs fidèles— ils ont leurs secrets. En outre, il est bien spécifié dans le Coran (Sourate X, versets 62-63), les textes ci-après : «Non ! En vérité nulle peur ne pèsera sur les proches (awliyà') d'Allah et ils ne seront pas attristés. Ceux qui auront cru et auront été pieux.» Par ailleurs, les oulamâ, docteurs en théologie et les spécialistes dans l'étude de l'islâm, précisent : «Donc celui qui concrétise l'attribut de la croyance ainsi que l'attribut de la crainte d'Allah entre implicitement dans les bien-aimés d'Allah.» Quoiqu’il en soit, l’islam «rejette la tendance à diviniser les médiateurs, et seuls les prophètes, avec la permission et l’aide de Dieu, peuvent faire des miracles. Les saints, eux, non». (Emile Dermenghem, Vies des saints musulmans, Ed. Baconnier, Alger, 1942).
Ainsi dans notre pays, tout le monde est censé savoir que la plupart des saints personnages, évoqués ici et là par d'aucuns, appartiennent à la catégorie connue sous l'appellation de marabouts. Il s'agira seulement de rappeler, ici, ce qu’on entend habituellement par l’expression marabout. Ce mot, qui vient du verbe arabe rabath, signifie à priori «attacher, lier, retenir, emprisonner». A la troisième forme, cela donne m'rabath d'où a été décliné le mot marabout qui se traduit par ce qui attache ou retient, (au figuré) obligation de conscience, lien qui rattache l’homme à la Divinité.
Le marabout est donc l’homme qui est lié, fixé, attaché aux choses divines ; il est «emprisonné» —et il ne doit jamais en sortir— dans la règle de conduite que lui trace le Livre descendu du ciel (Le Coran) pour fixer définitivement les limites du licite et de l’illicite. Le marabout, c’est l’homme spécialement voué à l’observance des préceptes du Coran ; c’est enfin l’homme que —autrefois surtout— la prière, les bonnes œuvres, la vie ascétique et contemplative, rapprochaient de la Divinité : car la religion musulmane, à l'image des religions juive et chrétienne a, elle aussi, eu ses ascètes, ses anachorètes. Et, à présent, ses saints patrons, les marabouts.
On retiendra aussi du mot m'rabath cette assertion de Marcelin Beaussier, interprète principal de l’armée coloniale, dans son Dictionnaire pratique arabe-français : «Les marabouts étaient des hommes voués à l’adoration, liés à Dieu, qui ont laissé une réputation de sainteté : on leur donne le titre de wàli, ami de Dieu, et leur nom est toujours précédé du qualificatif Sidi, seigneur, monseigneur. Leur nombreuse postérité conserve le titre de marabout et forme la noblesse religieuse des musulmans.»
Cela est d'autant plus vrai aujourd'hui qu'il y a très peu de sites —villages et autres lieux— dans notre pays, où l’on ne trouve une qouba (mausolée) de marabouts. C'est pourquoi on ne peut évoquer de manière exhaustive tous les marabouts du pays. On retiendra, cependant que les plus connus d'entre eux et dont les mausolées couvrent les sites touristiques les plus courus ont pratiquement donné leur nom à presque toutes les plages d'Algérie —pour ne citer que ces lieux parmi les plus courus en période estivale— lesquelles partagent, le plus naturellement, leurs sites avec des lieux saints renommés.
K. B.
 

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