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Littérature, Les Très Riches Heures de l’Humanité, de Stefan ZWEIG : Captivante immersion

Dans ce recueil de fragments héroïques, plein d’émotions, d’enthousiasme, l’auteur cherche à graver sur du marbre, l’évènement qui a su modifier à jamais le cours de l’histoire, sans que les contemporains soient parvenus à en percevoir la grandeur.

PUBLIE LE : 12-04-2020 | 23:00
D.R

Dans ce recueil de fragments héroïques, plein d’émotions, d’enthousiasme, l’auteur cherche à graver sur du marbre, l’évènement qui a su modifier à jamais le cours de l’histoire,  sans que les  contemporains soient parvenus à en percevoir la grandeur.

Il assène d’emblée cet argument   dans la préface de ce livre. Aucun artiste, note t-il, n’est artiste de façon continue. Il ne parvient à produire quelque chose d’essentiel, de durable, que lors de quelques rares moments d’inspiration. Il en va de même pour l’histoire. Nous admirons, en elle, la plus grande poétesse et la plus grande actrice de tous les temps et pourtant elle ne crée pas en permanence.  Dans cet «atelier mystérieux de Dieu», comme la nomme avec respect Goethe, il se produit aussi un nombre considérable de faits banals. Ici comme partout dans l’art et dans la vie, les moments sublimes et inoubliables sont rares. Le plus souvent indifférente, l’histoire se contente d’aligner avec constance, fait après fait, les maillons de cette immense chaîne qui parcourt les millénaires. Un peuple doit toujours engendrer des millions d’hommes avant que ne naisse un génie. Il faut toujours que des millions d’heures oisives s’écoulent dans le monde avant que n’apparaisse une heure d’une réelle importance historique.
Lorsqu’un génie nait dans le domaine des arts, il transcende les époques. Lorsqu’une telle heure historique arrive, elle est décisive pour des décennies, pour des siècles. Un seul geste, avancé ou retardé rend cette heure irrévocable pour cent générations futures et détermine la vie d’un individu, d’un peuple ou même la destinée de l’humanité entière. «De telles heures d’une grande concentration, dramatiques porteuses de destin, ou une décision capitale se condense en un jour, en une seule heure, sont rares dans la vie d’un individu», poursuit-il. L’histoire, selon Zweig,  procède par bonds : une enfilade de faits sans intérêt est interrompue par des événements clés. Dans ces très riches heures de l’humanité, il déploie, comme à l’accoutumée, ses qualités de conteur, sa capacité à littéralement faire revivre d’autres époques, à transporter le lecteur dans d’autres continents, sans tomber dans la grandiloquence ou le dithyrambe.
Dans un style fluide et agréable à lire, il réussit à exhumer de hauts faits ensevelis sous les décombres de l’oubli. L’écrivain relate douze moments à ses yeux essentiels dans l’histoire de l’humanité.  Il raconte des histoires aussi diverses que la bataille de Waterloo, l’expédition du capitaine Scott au pôle sud, la sensationnelle prise de Byzance par les Ottomans, le premier mot qui traversa l’océan, la résurrection de Georges Fréderic Haendel ou le wagon plombé…   
Il narre avec ardeur l’épopée d’hommes hors du commun dont il n’a jamais caché sa fascination pour eux.
Il essaie de faire revivre quelques unes de ces heures survenues aux époques et dans les contrées les plus diverses et qui, semblables à des étoiles, brillent d’un éclat immuable. Le plus méritoire est que l’auteur, doué d’une ample érudition, épris de recherches, n’a pas essayé de farder ou d’enjoliver la réalité, dénaturer les faits. Ce serait peine perdue car dans les moments sublimes où elle accomplit sa création, l’histoire n’a besoin d’aucune aide. «Dès lors qu’elle fait véritablement œuvre de poète, de dramaturge, aucun poète ne doit essayer de la surpasser». Un livre foisonnant, voire époustouflant qui se lit d’un trait.
Né à vienne, en 1881, Stefan Zweig a pu étudier en toute liberté l’histoire, les belles-lettres, et la philosophie. Esprit encyclopédique, grand humaniste, il a exercé son talent dans tous les genres (traductions, poèmes, romans, pièces de théâtre) mais il a incontestablement excellé dans la nouvelle, l’essai et la biographie. Désespéré par la montée du nazisme, il fuit l’Autriche en 1934, se  refugie en Angleterre puis aux Etats -Unis. Il connut malheureusement une fin tragique, il s’est suicidé.
                          
  M. Bouraib

Les très riches heures de l’humanité, de Stefan Zweig, traduction d’Alzir Hella et Helene Denis
 -  Edition Le livre de poche  


 

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