FORUM DES CHEFS D’ENTREPRISE : pour le maintien de l’activité

«L’endettement interne est nécessaire.
PUBLIE LE : 09-04-2020 | 0:00

La planche à billets se justifie amplement en ces moments de crise. Il suffit juste à l’Etat de mettre le curseur à un niveau précis pour ne pas provoquer l’inflation». C’est la conclusion principale à laquelle a abouti, Professeur Mohamed Cherif Belmihoub, intervenant à la 6e édition des débats mensuels du Forum. L’universitaire qui a formellement rejeté cette option il y a deux ans, explique que dans le contexte actuel, soit avec l’impact du Covid-19, la donne change. Plus précis, il indiquera que l’Etat, dont les dettes internes ne dépassent pas les 50% de son PIB, a «une marge pour s’endetter».
 
Dans le même ordre d’idées, Pr. Belmihoub propose le redéploiement des ressources publiques disponibles qui devront être affectées en fonction des nouvelles priorités. Pour lui, cette crise, ressentie à grande échelle, ne devra en aucun cas mettre l’économie nationale à genoux. Des leçons devront être tirées. Des marchés réels s’ouvrent.
 La fabrication des masques ou des gels hydro alcooliques en sont la meilleure illustration. Et l’occasion se présente, selon Pr. Belmihoub, aux entreprises algériennes, longtemps malades du syndrome hollandais, de troquer l’uniforme de l’importation à tout-va et se lancer de façon effective et efficace dans la production nationale. 
 
«Chaque mois de crise fait perdre 1% du PIB.»
 
Pour y parvenir, le consultant en économie brandit le nécessaire accompagnement des entreprises à travers des facilitations liées aux impôts et à la relation avec l’administration. Confirmant que la situation actuelle est complexe, l’universitaire, s’appuyant sur des données internationales qui font état d’une baisse d’activité mondiale de 30%, dira que «cela est valable aussi pour l’Algérie». Abondant en termes de chiffres, il fait savoir que chaque mois de crise Covid-19 met la croissance à rude épreuve et fait perdre 1% du PIB». Sur le plan macro-économique, Pr. Belmihoub relève les attentes des entreprises et des salariés par rapport au pouvoir d’achat qu’il qualifie de question cruciale. Et souligne que l’Etat doit s’orienter vers les entreprises, celles en activité notamment, pour se maintenir. Enchaînant, l’analyste affirme que cette situation a donné naissance à trois types d’entreprises. Il est question des entités en suractivité, notamment dans l’agro-alimentaire, pharmaceutique, parapharmaceutique ou encore dans l’industrie chimique, lesquelles risquent «d’avoir des problèmes d’approvisionnements». D’autres entreprises sont, selon Pr. Belmihoub, en sous-activité liée à la mobilité des travailleurs, notamment suite aux mesures liées au confinement, partiel ou total. La troisième catégorie des entreprises sont les plus vulnérables qui risquent de mettre la clé sous le paillasson. 
 
Dans son intervention, l’économiste énumère également trois leçons à retenir de cette crise Covid-19 : «la fin du pétrole en Algérie, la numérisation, certes pas suffisamment développée mais ayant permis de gérer cette crise, ainsi que l’invention et l’économie du savoir». Sur ce dernier point, l’invité de la 6e édition des débats du Forum rappelle qu’à travers le monde, l’innovation vient sous pression de la demande», préconisant, pour l’Algérie, de maintenir cette pression pour réussir un vrai décollage économique. De son côté, Sami Agli, président du Forum, après avoir égrené les différentes mesures et actions engagées suite à la crise sanitaire, a plaidé pour le maintien de l’activité économique et de l’emploi qu’il considère comme une priorité absolue. Analysant la situation économique, il indique qu’un espoir était né suite aux dernières élections présidentielles avec à la clé de nouveaux projets. 
Mais c’était une œuvre inachevée. «Cette pandémie ainsi que la chute spectaculaire des prix du pétrole, laisseront des séquelles pour l’économie nationale», dira M. Agli.
 
A une question liée à la meilleure méthode de convaincre l’Etat d’adopter un réel plan de relance économique, le président du Forum rappelle certaines propositions émises, notamment le report des paiements et échéances fiscales, le rééchelonnement du système des échéances bancaires. Sur l’utilité du partenariat public-privé en ce genre de circonstances, M. Agli dira qu’il est le bienvenu, appelant à relancer une réflexion approfondie de ce système baptisé PPP.
 
Enchaînant, il déplore la persistance de l’économie de la rente, relevant, dans ce registre, la nécessité d’adopter un nouveau paradigme qui signera l’entrée effective de la diversification. Autrement dit, explique M. Agli, une économie basée sur la numérisation, la facilitation de l’acte d’investir, la gouvernance bancaire, des lois de compétitivité équitables, et des mesures à mieux attirer les investissements étrangers. 
Fouad Irnatene

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