La Capitale à l’heure des mesures de prévention : Les algérois s’adaptent au confinement

Jeu du chat et de la souris dans les quartiers populaires
PUBLIE LE : 07-04-2020 | 0:00

Reportage réalisé par :  Neila Benrahal

Au lendemain de l’annonce du confinement sanitaire partiel dans la capitale, le commandement de la sûreté de wilaya d’Alger a procédé à l’adaptation de son dispositif afin d’assurer, à la fois, le respect du confinement sanitaire et la sécurité. Un équilibre délicat à maintenir dans un contexte exceptionnel, qui oblige les services de sécurité à être sur tous les fronts. 

Alger 15h 07 mn. En cette journée du dimanche, jamais les rues n’ont été  autant désertes. Les policiers sont déployés depuis une heure. À 14h, des fourgons des sûretés urbaines de la Sûreté de wilaya (SW) d’Alger, sillonnaient déjà les quartiers pour sensibiliser et informer les citoyens sur l’entrée en vigueur du confinement sanitaire partiel, ce dimanche  à partir de 15h. «Rentrez chez vous», lançait un policier en patrouille mobile, dans un mégaphone. Les riverains pressaient les pas et les magasins d’alimentation commençaient à baisser  rideaux.
Au niveau de la Grande-Poste, la circulation des véhicules devenait de plus de plus rare.  «Tous les effectifs de la SW d’Alger sont mobilisés pour l’application des mesures de confinement partiel»,  indique  la chef de la cellule d’écoute à la Sûreté de daïra de Sidi M’Hamed, le lieutenant Djamila Boubaker, notre «guide» dans cette tournée dans la capitale.
Des points de contrôle sont  installés devant les sièges des SU, des patrouilles mobiles de la police judiciaire, ainsi que des éléments des unités de maintien de l’ordre sont déployés sur l’ensemble de la capitale afin d’assurer le respect du confinement mais également la protection des personnes et des biens. En outre, des policiers en civil sont mobilisés au niveau des foyers de la délinquance  afin de déjouer toute tentative criminelle.
A 15h11mn, une patrouille pédestre a repéré une boulangerie ouverte au niveau de la rue Abane Ramdane à Alger-Centre. Des policiers en civil  se   rapprochent du gérant : «Il faut fermer, le confinement est à partir de 15h».
 Le vieux leur explique qu’il attend son ouvrier pour baisser le rideau. «Nous n’étions pas préparés à la situation. La décision a été prise dans la soirée du samedi… ». Il est interrompu par le policier : «C’est dans votre intérêt et celui de la population». «On ne souhaite que le bien pour notre peuple et notre pays. Bon courage à vous, Dieu vous protège»,  déclare le boulanger aux policiers avant de fermer sa boutique.
A la rue Larbi Ben M’hidi, des jeunes se bousculent devant l’entrée d’un immeuble. A la vue des policiers, une femme au balcon, indique aux policiers  que la porte d’entrée est fermée de l’intérieur. «Ce sont des locataires, ils vont rentrer tout de suite», insiste la dame, probablement la mère d’un des jeunes. Une fois les jeunes rentrés, les policiers quittent les lieux.
 La rue Pasteur est quasiment vide, des policiers sont déployés au niveau du jardin de l’Horloge floral. A la Place-Audin, une jeune fille est interpellée, il s’avère qu’elle est réanimatrice au CHU Mustapha Pacha. «Je viens de terminer ma garde. Je rentre chez moi à la Grande-Poste», souligne-t-elle. Plusieurs personnes, dont des femmes fonctionnaires notamment dans des structures hospitalières, rentrent chez-eux à pied. «La sécurité est assurée», soutient le lieutenant Djamila Boubakar.
 En effet, des patrouilles mobiles et des policiers en civil, en patrouilles pédestres, veillent à la sécurisation des lieux et l’identification des personnes et des automobilistes. «Ils doivent justifier leur présence par des autorisations de circulation», explique le Lieutenant Boubakar. A cet égard, elle affirme qu’«il y a eu des cas où les contrevenants ont été présentés à la justice».

Jeu du chat et de la souris dans les quartiers populaires

Dans les quartiers populaires de Belouizdad, Place des Martyrs et Kouba, des éléments de la PJ en patrouilles, mènent des descentes dans le cadre de la prévention de la délinquance urbaine notamment le trafic de stupéfiants et les vols. Des jeunes, repérés devant un immeuble, ont été soumis à la fouille et  à l’identification, avant d’être sommés de rejoindre leurs domiciles. Les descentes ont ciblé également les cages d’escaliers et les terrasses où  se rassemblent les jeunes. «Il s’agit d’attroupement sur la voie publique. Les cages d’escaliers sont considérés comme voie publique», indique  la responsable de la cellule d’écoute.
Des piétons, automobilistes et conducteurs de motos, ont été sommés de rentrer chez-eux parce qu’ils   ne disposaient pas de l’autorisation dérogatoire de déplacement. Des jeunes «taquinaient» les policiers. «C’est bon, rayhine n’hajbou  (nous allons nous confiner). Nous sommes devenus des hommes au foyer», lancent-ils souriants aux policières. Des vieux, postés devant l’entrée des immeubles, répondent aux policiers : «Nous sommes devant chez nous. Nous prenons un peu  l’air. Nous préférons fumer à l’extérieur». «Au début, il y a eu des cas difficiles, mais, jour après jour, la majorité des citoyens  respectent les règles du confinement, surtout ceux des quartiers populaires», s’est-elle félicitée. Pour preuve, dit-elle, «les principales artères sont désertes à partir de 15 h».
A 16h45mn, les routes sont hautement contrôlées. Au niveau du barrage fixe de police à l’entrée de la capitale, tous les véhicules sont filtrés. Il s’agit essentiellement des bus de transport des personnels de la Santé et de la Communication et des camions de nettoyage et collecte d’ordures ainsi que des fourgons de marchandises.
«Aucune complaisance à l’égard de ceux qui ne respectent pas les mesures du confinement sanitaire», assure le chargé de la communication  du  service de wilaya de la sécurité routière, le lieutenant Mehdi Ahbab. «Pour faire respecter les règles du confinement, la SW d’Alger a mis en place des barrages policiers à l’entrée et dans les grands quartiers de la capitale», relève-t-il. Au niveau de ce point stratégique de contrôle, les policiers sont munis de détecteurs de métaux et explosifs. La vigilance est de mise pour déjouer tout plan terroriste. Les médecins étaient nombreux à passer par ce barrage. Vêtus de tenue de prévention, charlottes sur la tête pour certains, ils sont soumis à l’identification en présentant  leur carte professionnelle. Les policiers eux, portaient tous bavettes et gants. Le lieutenant Ahbab souligne que tout fonctionnaire est tenu de prendre les précautions, que ce soit en entrant dans les locaux de police ou en travaillant sur terrain , afin de se protéger et protéger les autres. «Nous avons également exhorté les policiers, dans les points de contrôle, à ne pas toucher les autorisations de circulation et les documents»,  indique,  pour sa part , le lieutenant Djamila Boubakar.
Une scène inédite : des jeunes à la placette   face au port d’Alger  sont en train de charger leurs téléphones portables à partir d’un compteur sous-terrain. Ils sont  interpellés en flagrant délit par des policiers.
Maintenir l’équilibre entre la lutte contre la criminalité et assurer l’application du confinement, est le  défi des services de police. Outre la lutte contre la spéculation, contre la criminalité se poursuit et s’intensifie. «Depuis le début du confinement partiel dans la capitale, 388 spéculateurs ont été interpellés et des quantités importantes de produits alimentaires ont été saisies, dont 33 tonnes de farine ainsi que près de 13.000 gants médicaux et plus de 14.000 bavettes, 158 équipements médicaux ainsi que 7 matériels de café et 6 machines à coudre», souligne la cellule de communication de la SW d’Alger.
En outre, la police d’Alger a réussi à neutraliser une bande criminelle à El Harrach. L’opération s’est soldée par l’arrestation de neuf dealers et la saisie de 15 armes blanches ainsi que 844 comprimés psychotropes et 3,8 millions de centimes des revenus de ce trafic.  A 18h45 mn, Alger «dormait» déjà. Les rues sont  propres et désertes et un calme total règne.  A la place des Martyrs, seuls les pigeons envahissent l’espace, un signe de paix. Pour le lieutenant Boubakar, un seul mot d’ordre, un seul message : «De grâce, restez chez vous!».
N. B.
 


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