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Littérature, L’Areopagitica de John Milton : Liberté de pensée au service de la Vérité

Le titre fait à la fois référence à l’aréopage grec, lieu ou siégèrent divers tribunaux réels ou mythiques, et à un discours homonyme d’un orateur athénien.

PUBLIE LE : 07-04-2020 | 0:00
D.R

Le titre fait à la fois référence à l’aréopage grec, lieu ou siégèrent divers tribunaux réels ou mythiques, et à un discours homonyme d’un orateur athénien. 

«Areopagitica, pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure» est le discours d’un poète et pamphlétaire anglais, John Milton, à l’adresse du Parlement de Westminster, publié le 23 novembre 1644. Ce discours conserve toujours son actualité et sa force en ce début du
XXIe siècle. Sans excès, on peut dire qu’il fait partie des livres qui ont changé le monde. Sa postérité est étonnante malgré le fait que cette œuvre porte la marque de son temps. On en retrouve des échos chez John Locke, les Pères fondateurs de la nation américaine, Thomas Jefferson, John Adams ou encore plus tard, chez Ralph Waldo Emerson. On peut lire sur un mur de la bibliothèque publique de New-York, la célèbre phrase : «Un bon livre est un élixir de vie d’un esprit supérieur, embaumé et recueilli dans le but d’avoir un supplément de vie après la vie» ( p.73). Ainsi, à l’époque actuelle où malheureusement les abus perdurent, l’écrit de Milton garde sa pertinence. Le pamphlet arriva à transcender les époques et à attirer l’attention si bien qu’on peut parler d’une modernité miltonienne. L’auteur affirme que diversité et échange sont les conditions nécessaires à l’émergence de la connaissance. Il dénonce tout monopole spirituel ou philosophique. «Verité et entendement ne sont pas marchandises qui puissent être négociées par des certificats des garanties et des étalons (p. 110). C’est à partir du partage et de la complémentarité que la vérité pourra être reconstituée. Milton dénonce l’inquisition. Ces méthodes de suppression des opinions contraires ne peuvent que frustrer, mettre en péril le processus d’acquisition de la connaissance et de la quête de la vérité. Cependant, il recommande une tolérance limitée et pense qu’une tolérance absolue est une aberration. Le texte miltonien a vocation d’être un texte d’action, au sein duquel l’auteur se consacre à la recherche de la vérité par le biais d’une vision dynamique de l’histoire, une pensée en mouvement ou la liberté est une pratique.

 Un précurseur de la pensée libérale

Cette œuvre est un des grands écrits qui ont ouvert la voie au libéralisme occidental. Le refus de l’idolâtrie politique, s’était incarné dans la constitution anglaise (puis britannique) non écrite, dénuée de toute codification, par sa défense de l’individu. A ce titre, le pamphlet avait annoncé aussi bien, John Locke et la tradition libérale anglo-saxonne. Tolérance religieuse, liberté d’expression, droits naturels, certains des thèmes principaux, d’Areopagitica, en sont les pierres d’angle. Les limites des compétences de l’Etat et de ses prérogatives, mais aussi de l’individu, sont en effet clairement définies. «L’Etat sera mon gouverneur, mais pas mon critique (p. 108). Il y a une intériorisation de l’autorité et de la discipline par l’individu, un contrôle sur soi-même qui se traduit dans les actes par une éthique personnelle du mérite. La liberté chez Milton est un devoir, le devoir de connaissance, qui est la seule garantie du Vivre-ensemble. La connaissance est la clé de voûte de la liberté. Il ne sert à rien de s’insurger contre des libertés bafouées ou opprimées, si la pensée est mise à mal. Il en va de l’intégrité des personnes et du devenir de l’humanité.
Certes, le lecteur non averti, peut trouver des difficultés à suivre les arguments de ce pamphlétaire, par l’insuffisance de ses renseignements sur la crise qui faisait rage, au XVIIe siècle en Angleterre, sur la guerre civile opposant le roi Charles à son Parlement, sur certains dogmes de la religion chrétienne, sur des emprunts remarquables à la mythologie gréco-latine et à la philosophie politique. Cela n’enlève rien à la pertinence de ce testament : «Qu’on me donne la liberté de connaître, de m’exprimer et de disputer librement, selon ma conscience avant toute autre liberté » (p. 134). Un aveu qui ne peut être que d’une édifiante actualité.
M. Bouraib
                                                                                                                       
Areopagitica, pour la liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, par John
Milton, Edition Le Monde-Flammarion.

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