mercredi 27 mai 2020 23:19:16

Littérature sud-africaine : André Brink, écrivain de la contestation

C’est un homme de lettres pour qui les mots sont des armes et l’engagement pour des causes justes n’est pas un subterfuge.

PUBLIE LE : 04-04-2020 | 0:00
D.R

Dans une Afrique du Sud soumise aux dures lois de la ségrégation raciale, il a su s’élever dans la tourmente pour dénoncer l’injustice. Réputé mondialement pour un ouvrage fulgurant paru en 1979, Une saison blanche et sèche, André Brink ne fut pas épargné par l’ostracisme. Cet auteur traduit en plusieurs langues a très tôt ressenti une violence excessivement oppressante. Né en 1935 d’un père magistrat, d’une mère enseignante, il écrivit en anglais et en afrikaans, une langue dominante de la minorité blanche. Il a reçu plusieurs distinctions littéraires prestigieuses dans son pays et à l’étranger, notamment le Prix Médicis et le Martin Luther King Memorial Prize pour son roman-symbole Une saison blanche et sèche, adapté au cinéma par la réalisatrice martiniquaise, Euzhan Palcy, en 1989. Une œuvre qui a conquis une audience importante, frappée immédiatement d’interdiction pour son contenu jugé subversif par le pouvoir de l’époque.
   Dans ce roman, André Brink raconte l’histoire d’un Sud-Africain de race blanche qui voulait connaitre le sort de deux amis noirs, morts pour voir rejeté l’apartheid. Ce roman fut suivi d’autres œuvres non moins intéressantes. On peut citer Un instant dans le vent, Rumeurs de pluie, Un turbulent silence et  Etat d’urgence, des récits ancrés sur la réalité de la société sud-africaine qui ont imposé le talent littéraire de cet écrivain. De nature contestataire, durant les révoltes estudiantines de mai 68 qui ont défrayé la chronique par leur brutal surgissement, André Brink a incité les étudiants en rupture de ban avec l’ordre établi à dire non comme la mythique Antigone. «Le seul triomphe dont peut se vanter l’être humain, c’est d’aller à la rencontre des questions afin de trouver des réponses», avait-il déclaré. Promenant le fil de sa vie, André Brink fait défiler mille sujets qui dessinent l’histoire d’un homme,- la sienne-, d’un individu très attaché à sa terre, qu’il n’a jamais quittée, qui condamne les horreurs du système d’apartheid.
Dans Mes bifurcations; une vaste œuvre autobiographique, il relate ses années d’enfance en Afrique du Sud, son éveil précoce  en tant qu’étudiant face au racisme et s’insurge contre sa gravité morale et éthique. 
Dans ce livre, il brise le moule des conventions d’une écriture autobiographique, dans le sens classique du terme, pour confectionner une histoire de l’Afrique du Sud, cherchant à comprendre l’origine du mal et de la violence qui déchiraient ce  pays. «Cela dure depuis des siècles, violence des Blancs contre les Noirs», confesse t-il. Des questionnements lancinants qui ont nourri l’ensemble de sa thématique littéraire   et qui ont fini par faire de lui, un auteur à la conscience politique fortement marquée par un système qu’il jugeait contraire aux droits de l’homme. En cela, il était comme Nadine Gordimer, ennemi des inégalités raciales.  

Sharpeville ou le temps du déclic

En revenant sur le passé, raconte t-il dans Mes Bifurcations, un choc salutaire se produit en Europe. En 1960, il est à Paris quand il apprend le massacre de Sharpeville, un Township dans le Transvaal, où un acte tragique de répression policière s’est soldé, le 21 mars 1960, par la mort de dizaines de Noirs. Il ne supportait plus la violence du régime. «Les assassins étaient mes semblables, le régime qui avait non seulement rendu possible cela, mais l’avait orchestré activement et avec enthousiasme,  était ce même gouvernement auquel à peine quelques mois plutôt, j’avais avec empressement juré allégeance ». La donne change. André Brink devient l’écrivain de la colère. La résistance à l’apartheid s’organise, force que le gouvernement veut réprimer, mettant les instruments de la censure en place. Dans ce silence oppressant, il restait toujours une voix qu’on pouvait entendre, diaboliser, séquestrer, la rendre suspecte, pour un grand nombre : la voix de l’art romanesque demeure, solide comme un roc, pour combattre l’injustice.
Dans cet ultime testament, il rend hommage à Desmond Tutu, archevêque anglican qui a obtenu le Prix Nobel de la paix en 1984, à Nelson Mandela, deux personnalités d’exception qui l’ont particulièrement marqué. C’était son message avant de quitter ce bas monde.
Humaniste dans son esprit et dans ses actions, ses romans sont à méditer. 
      M. Bouraib

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