lundi 06 avril 2020 01:30:19

Ksar Boussemghou (El Bayadh) : Une histoire millénaire

L’Algérie possède un éventail de richesse patrimonial et culturel qui peut croitreses revenus, en volume et en nombre chaque année. Ils peuvent aussi, être orientés de façon à satisfaire les besoins les plus impérieux des habitants locaux ou étrangers.

PUBLIE LE : 24-03-2020 | 0:00
D.R
De notre envoyée spéciale : 
Kafia Ait Allouache
 
L’Algérie possède un éventail de richesses patrimoniales et culturelles qui peut induire, chaque année, des revenus importants. Pour atteindre ces résultats, la politique de l’Etat doit être orientée, entre autres, vers le développement du secteur du tourisme. Les pouvoirs publics doivent encourager et accompagner toute initiative d’investissement dans ce créneau, qui pourrait constituer un vecteur de croissance économique hors hydrocarbures.  
Le tourisme peut contribuer d’une manière significative au développement économique. Le tourisme saharien représente un réel facteur de promotion, de mise en valeur et de préservation du patrimoine matériel et immatériel. Il peut contribuer également à l’amélioration des conditions de vie des populations locales, notamment par l’absorbation du chômage. 
Parmi les nombreuses richesses du pays dans ce domaine, le ksar de Boussemghoun dans la wilaya d’El Bayadh, qui a su préservé son cachet antique et historique. Situé à cent soixante kilomètres à l’extrême sud d’El Bayadh, il est implanté au milieu d'une chaîne de montagnes formant un décor de pierre, d’où proviennent d’ailleurs les matériaux qui ont servi à sa construction. 
 
Première civilisation humaine de la préhistoire dans le sud-ouest algérien
 
Le ksar fut édifié il y a 17 siècles dans une zone géographique entourée d’une chaîne de montagnes au relief accidenté, à proximité de l’oued, source de vie et de stabilité pour les riverains. Le lieu d’édification n’était pas fortuit mais répondait à des considérations stratégiques et de sécurité, notamment pour les caravanes commerciales et le passage des pèlerins dont il fallait assurer la protection, comme a expliqué Zoulikha Touati, présidente de la circonscription de l’Office national de la gestion et exploitation des biens culturels protégés. 
«L’homme préhistorique a choisi de vivre dans le sud du pays afin de se protéger des animaux sauvages du Nord» a-t-elle dit avant d'ajouter que «c'est la raison pour laquelle les Amazighs de l'époque se sont concentrés à Boussemghoune d'où les nombreuses et très importantes gravures rupestres, les oasis et les nombreux ksour que recèle le village et autres localités avoisinantes». L'objectif des gravures rupestres était de laisser des traces et transmettre des messages au peuple amazigh. 
Cette ville amazighophone à 100% est considérée comme la première civilisation de l'homme de la préhistoire dans la région du sud-ouest.  C'est à Boussemghoun qu'Abderrahmane Ibn Khaldoun a passé plusieurs années d'où l'appellation de la ville. Plusieurs appels sont lancés par les habitants de cette localité pour le classement et la restauration des sites, l'enseignement de la langue amazighe dans les écoles et la mise en valeur des sites touristiques. 
Par ailleurs, le civisme de la population et la propreté irréprochable de la ville de Bousamghoun à longueur d'année révèlent des vérités inédites rapportées par le célèbre savant dans sa Moukaddima, comme a 
expliqué par Mme Touati. 
Le ksar de Boussemghoun, qui attire chaque année entre 1000 à 2000 visiteurs, est constitué d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage, explique M. Belhadji Leghrici, secrétaire général de l’association de promotion et de préservation des ksour et du patrimoine culturel. Il ajoute que par le passé, le rez-de-chassée servait de cuisine et d’écuries situées à son extrémité. Quant au premier étage, il faisait office d’habitation. 
Les personnes qui effectuent des visites à l’intérieur du ksar sans être accompagnées de guide, peuvent s’égarer. M. Leghrici nous fait passer par d'étroites ruelles, nous montrant aussi les petites ouvertures existantes dans les toits et les petites lucarnes qui servent de fenêtres laissant filtrer l’air et la lumière.
Elles ont une magnifique couleur miel. Les toits et l’ossature du ksar sont faits à base de troncs de palmiers. Au milieu du ksar, coule une source limpide et rafraichissante qui incite le visiteur à boire. 
Une medersa pour l’apprentissage du Saint-Coran se trouve aussi au sein de ce sublime ksar qui dispose de toutes les commodités. Et aussi la zaouïa Tidjania où le cheikh Ahmed Tidjani vint pour s’isoler à Boussemghoun de 1199 à1213.
 
Le ministère de la Culture exige le lancement d’appel d’offres pour la restauration du ksar
 
Afin d'éviter les travaux de restauration anarchique qui peuvent conduire à l'effondrement du site historique et archéologique de la zaouia Tidjania, le ministère de la Culture a exigé des autorités locales de procéder au lancement d'un appel d'offres pour choisir une entreprise qualifiée et agréée par l'État,  spécialisée dans le domaine de la restauration des sites historiques.
Elle devra assurer les travaux de restauration sous le contrôle des services de 
l'Office national de la protection des biens culturels. Ce dernier doit assurer à son tour un service technique pour le contrôle des entrepreneurs chargés de ce projet. 
À Boussemghoun, on signale un vide dans la loi 98-04 portant sur la préservation du patrimoine matériel et immatériel, ajoutant également que le texte n'est pas appliqué. La directrice a indiqué que les entreprises profitent de cette situation et travaillent dans l'anarchie. «Si la loi est appliqué, on pourra à ce moment-là parler de préservation de notre mémoire et de notre patrimoine matériel et immatériel», insiste-t-elle.
Elle salue les efforts consentis par le 
Haut conseil à l'amazighité pour l'organisation des différentes rencontres, dont celle portant sur la littérature amazighe, à travers ses variantes locales qui ont pu réunir les actants dans le domaine, venant de Tizi-Ouzou, Bejaia, Bouira, Ouargla et Alger pour la promotion de cette langue et de ce patrimoine. 
«La différence dans le langage (variantes locales) n'empêche pas que nous partagions les mêmes traditions, croyances, coutumes et histoire qui font notre richesse», souligne-t-elle, tout en mettant l'accent sur la nécessité de préserver cette diversité en trouvant un terrain d'entente sur une langue commune qui sera utilisée pour le dialogue, les échanges et l'enseignement. « L'inventaire de la richesse culturelle permettrait d'avoir une base sur tous ces aspects», dit-elle.
 
Une localité attachée à ses racines amazighes
 
Boussemghoun (Aghram ou Bussemɣun en berbère) est une commune à l’accès difficile, mais demeure une contrée très attachée à ses racines amazighes. En témoignent l'usage de la langue amazighe et les traces archéologiques, gravures rupestres et autres inscriptions lybico-berbères (tifinaghs). Par ailleurs, à travers les ksour et les oasis qui l'entourent, la production artisanale offre une source inépuisable de recherche dans les domaines socioculturel, linguistique et touristique.
Très attaché à leur culture et à leurs traditions, les familles préparent pour les occasions, le traditionnel couscous, appelé «outchou», confectionné à base de plantes et de graines. Mme Zoulikha Touati explique que ce plat est partagé en famille. L'«outchou», précise-telle, est un couscous particulier fait de grains de gros calibres, particulièrement apprécié à l'occasion de la célébration des fêtes millénaires comme Yennayer. «Nous vivons toujours sous les auspices des anciennes traditions et coutumes. La population de la région est toujours conservatrice et loin de toute modernité», a-t-elle précisé.
 
Les variantes locales de la langue menacées de disparition 
 
La diversité linguistique, composée des variantes des langues, est de plus en plus menacée de disparition. Chaque langue qui disparait, c’est une tranche d’histoire qui tombe en désuétude, dans l’oubli et, avec elle, disparait un pan du patrimoine mondial de manière générale et surtout en Algérie, connue pour cette richesse et diversité linguistiques. 
Ainsi, 90% des habitants de Boussemghoun sont des Amazighs. La variante locale de cette région est le tachelhit, parlé aussi bien par les adultes que les enfants, et ce dans tous les lieux (maisons, écoles, institutions...). «Nous n'avons aucun complexe à dialoguer en tamazight. C'est un honneur pour nous de préserver notre langue maternelle, notre culture et notre identité », a indiqué Touati, soulignant que cette population ne parle pas la langue française, parce qu’elle démarre toujours du principe que c'est la langue du colonisateur. 
Les langues utilisées sont l'arabe et le tamazight et cette dernière est menacée de disparition et son utilisation dans certaines régions est infime. La directrice cite quelques régions d'El Bayadh, dont la région d'Assela avec un taux d'utilisation qui ne dépasse pas 50% ; à Sfissifa estimé à 40% et dans la région de Mogra à 20%.
« Ces régions sont situées à proximité des grandes villes donc elles sont influencées par leur langue en plus des échanges commerciaux. Elles perdent leurs traditions, leurs coutumes et leur langue initiale», regrette-
t-elle.
 
Appel à  ouvrir des classes d’enseignement de tamazight
 
L’enseignement du tamazight à El Bayadh n'est pas assez développé et souffre du manque d’enseignants spécialisés et le manque de classes, en plus de l'absence de financement nécessaire pour sa promotion. 
Les habitants ne cessent de réclamer l’ouverture de ces classes qui assurent la préservation de cette langue, du patrimoine et de l’identité.
Mme Touati fait savoir que les enfants, à force d'étudier en langue arabe perdent leur langue maternelle et c'est pour cela que «nous lançons un appel aux autorités concernées pour ouvrir des classes d'enseignement de la langue amazighe et préserver cette variante locale menacée de disparition».
Néanmoins, Boussemghoun a su préservée son cachet authentique, ses traditions parce que ses habitants ont toujours vécu dans ces ksour, en plus d’être isolés et coupés du monde extérieur et des autres régions vu l’éloignement. Les principaux métiers de cette population sont la maçonnerie et l'architecture.
«Les filles n'avaient pas le droit de poursuivre leurs études mais certaines ont fréquenté l'école jusqu'à la 9e année (CEM). Dès l'âge de 14 ou 15 ans, elles étaient obligées de se marier», dit-elle. 
C'est seulement à partir des années 1990 que les fille ont été autorisées à poursuivre leurs études, d’ailleurs cette année 5 filles poursuivent des études supérieures.
K. A A. 
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