vendredi 29 mai 2020 22:13:13

«Le livre du fellah - Petit manuel d'agriculture», de Lecq et Rolland

L’âge d’or de l’agriculture arabo-musulmane

PUBLIE LE : 24-03-2020 | 0:00
D.R
Au même titre que d’autres domaines, l’agriculture arabo-musulmane a eu son heure de prospérité et de grandeur dans le monde dit arabo-musulman ; en témoignent ses remarquables ouvrages d’hydraulique agricole au Maghreb, en Andalousie et jusque dans le Midi de la France. En témoignent aussi les nombreux écrits laissés par ses agronomes, précurseurs de ceux des temps modernes.
Le fameux livre d’«Agriculture nabatéenne», recueil de traditions fort anciennes, écrit au Xe siècle, traitait déjà de la question des engrais, de l’effet du marnage, de la fécondation artificielle des plantes et particulièrement du dattier et du figuier, des maladies des végétaux, de la culture du cotonnier, de l’amendement des terrains salés, etc. 
Plus tard, au XIIe siècle, après Ibn-Wahschiah, Abou-Khair, Hadj Ahmed de Grenade et bien d’autres écrivains agricoles, Ibn-Al-Awam rédigeait son «Traité de l’Agriculture», véritable «Maison rustique», qui résume les connaissances alors acquises sur la culture des plantes -canne à sucre, oranger, bananier, végétaux textiles, etc, sur l’emploi des végétaux et particulièrement des légumineuses comme engrais verts, sur le rôle de la jachère cultivée, de l’assolement, etc., toutes questions reprises et étudiées scientifiquement par l’agronomie moderne qui, dans bien des cas, n’a fait qu’expliquer les données de la pratique et de la tradition agricoles, en permettant toutefois une application plus générale et plus féconde de leurs enseignements. Ce n’est pas seulement en Espagne et dans le Midi de la France qu’on trouve des monuments impérissables témoignant de l’activité et de la prospérité agricole des Maures. Dans l’Afrique du Nord les autochtones berbères, avant les Occidentaux, avaient exécuté des ouvrages hydrauliques remarquables. 
 
Dans certaines régions pauvres en eau, ils ont au moyen d’immenses galeries de drainage, capté l’eau du sous-sol pour l’employer pour irriguer, et en creusant des puits artésiens sans le secours de la sonde alors inconnue, ils ont vivifié des terres mortes. 
 
Mais depuis des siècles cette prospérité agricole a disparu
 
C’est aussi à eux que l’on doit ces plantations d’oliviers et de dattiers qui font la richesse de certaines parties de l’Afrique du Nord dont 
l’Algérie fait grandement partie.
Mais depuis des siècles, cette prospérité agricole a disparu. Un état d’anarchie et d’insécurité du à des guerres continuelles et des invasions successives, ainsi qu’à un régime fiscal oppressif et ruineux sont les principales causes de cette situation malheureuse qui, grâce à l’état de paix actuel, pourrait être avantageusement modifié. 
«Est-il téméraire, même après une si longue période de décadence, de tenter la rénovation de l’agriculture des Maures, en régénérant celle-ci au moyen de l’agronomie moderne ? En s’appuyant sur les écrits des agronomes arabo-musulmans, sur les traditions agricoles souvent résumées dans les maximes et les proverbes musulmans, tout en faisant état des prescriptions coraniques, n’est-il pas possible de prendre l’agriculture arabo-musulmane au point où elle est restée depuis son ère de prospérité, pour la faire évoluer dans la voie du progrès où, du reste, elle nous avait précédés ?», s’étaient déjà interrogé Lecq et Rolland au début du XIXe siècle. 
À bien y regarder, la question posée par ces ingénieurs agronomes reste à ce jour posée.
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 D’après Lecq et Rolland, in «Le livre du fellah - Petit manuel d'agriculture», Alger, Avril 1906)
 
Kamel Bouslama
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